Hulot, 10 000 fois hélas

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Pour ceux qui se réjouissent de la nomination de Nicolas Hulot dans le gouvernement d’Edouard Philippe, voici les deux dernières publications de Fabrice Nicolino sur son blog « Planète sans visa » ! Pas de doute : voilà une affaire dont on reparlera… JL

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Fabrice Nicolino

Fabrice Nicolino

Certains d’entre vous savent que je travaille pour Charlie et je dois écrire sur Hulot dans le numéro de mercredi prochain. Je ne m’étendrai donc pas, désolé. Mais je peux vous dire à quel point je suis stupéfait de tant de naïveté de la part de Hulot. Seulement, s’agit-il encore de naïveté ?

 

Il y a cinq ans, j’ai écrit Qui a tué l’écologie ?, livre dans lequel je consacrais un chapitre très critique à Hulot et sa fondation. Laquelle, et ce n’est pas rien, a comme partenaires des industriels aussi marqués que Vinci ou la holding agro-industrielle Avril (ex-Sofiprotéol). Je n’ai évidemment pas changé d’avis. Hulot aura passé des dizaines d’heures en tête-à-tête avec Chirac, sans que rien ne change. Donné une énorme crédibilité à une vulgaire opération politicienne de Sarkozy en 2007, le si funeste Grenelle de l’Environnement. Accepté un poste de Hollande et fait croire aux si nombreux crédules que les Accords de Paris sur le climat étaient une victoire, alors qu’ils sont un désastre.

 

Je ne doute pas qu’en bon communicant, il saura mettre en valeur sa politique. Mais dites-moi ? N’a-t-on pas déjà vu cela ? En 1981, Mitterrand renonçait à l’extension du Larzac et à la centrale nucléaire de Plogoff. Et puis, rien d’autre que la poursuite implacable de la destruction du monde. De même en 1997 avec Jospin, qui avait dealé avec les Verts de Voynet et Cochet l’abandon de Superphénix et du canal Rhin-Rhône.

 

Hulot a déjà, c’est l’évidence, obtenu la fin du projet de Notre-Dame-des-Landes, et gagnera sur quelques autres points symboliques, car tel est l’intérêt de Macron. Mais la machine continuera dans la même direction, car tel est son but. Hulot et ceux qui le suivent dans cette triste aventure oublient tout. Comment est structurée une société. Quel en est l’imaginaire. Comment s’exerce le pouvoir et au profit de qui. Quelles forces sociales, économiques et culturelles défendent quels intérêts, et pourquoi. Quel est le jeu des transnationales et que signifie défendre, comme le fait Macron, le commerce mondial au travers de traités comme le Ceta.

 

Ce gouvernement est farci de lobbyistes si évidents que personne ne les voit plus. Comme dans La Lettre volée, de Poe. Défenseurs militants du nucléaire, des exportations d’armes, des mines d’or en Guyane, du business en général, ils ont en partie réussi à rendre évidents, presque naturels, leurs choix idéologiques au point que personne ne paraît oser le leur reprocher. Le slogan implicite de tous ces gens crève les yeux : c’est celui de Thatcher. There is no alternative. Il n’y a pas d’autre choix.

 

Est-ce que je suis déçu par Hulot ? Oui, je le suis. Il avait la responsabilité de préparer une génération au grand changement. Il préfère un poste d’illusionniste.

 

Fabrice Nicolino (17 mai 2017)

 

Adresse à ceux qui applaudissent tant Hulot

Je vois que la plupart des écolos – attention, je ne suis pas écolo, je suis écologiste – estampillés sont ravis de la nomination de Nicolas Hulot. Comme ils sont partis pour l’applaudir longtemps, il leur faudra, chemin faisant, imaginer des stratagèmes pour se convaincre qu’ils ont malgré tout eu raison. Et que des gens comme moi sont décidément infréquentables. Le jour où ils se réveilleront un peu, s’il arrive, c’est encore de gens comme moi qu’ils se plaindront, car il ne sera jamais question d’admettre, selon les cas, avoir été naïf, ou duplice, ou plus directement con. Je n’ai donc aucune illusion. Ce sont les mêmes qui applaudissaient Mitterrand, et qui vantent aujourd’hui l’abolition de la peine de mort de 1981 – obtenue au Venezuela en 1863 – oubliant commodément le sort fait à Sankara, Tapie, la télé offerte à Berlusconi, la mort des oiseaux et des papillons, le déferlement incroyable de la laideur. Les mêmes qui, à chaque occasion, opposent les gens constructifs et « positifs » – eux – et les noirs personnages de mon espèce.

Moi, je vois surtout qu’ils pensent à leur confort de vie. Encore cinq minutes ou cinq ans, monsieur le bourreau ! Et il est vrai qu’il leur sera plus agréable de vivre avec un Hulot qu’avec un Retailleau. Il est tout aussi vrai qu’en tendant leur sébile de la bonne manière, ils récupéreront des maîtres qu’ils acclament quelque menu fretin. Le monde meurt, mais qu’importe si j’ai un poste au Conseil économique, social et environnemental (CESE). Ou à la direction générale du WWF, qui vient de recevoir le prix de l’écoblanchiment des mains de Survival International, pour ce que cette « association » « écologiste » fait endurer aux Pygmées d’Afrique centrale.

Le seul menu problème pour tous ces Assis – « Oh ! ne les faites pas lever ! C’est le naufrage…» -, c’est la guerre qui pointe, déjà là pour tant d’autres que nous aux portes de nos privilèges. Dans le pays imaginaire où ils prennent si avantageusement la pose, il ne faut surtout pas se montrer méchant. Ni même tranchant. C’est déplacé, c’est mal élevé. Il ne faut pas dire que le duo Le Maire-Darmanin mènera une politique économique favorable à la destruction du monde, pour la raison simple que c’est sa nature, tout comme c’est celle du scorpion de la fable. Ni attaquer de front les transnationales, amorales par définition, et criminelles par obligation. Ni celles du tabac, ni celles de la chimie, ni celles qui fourrent du sel, du gras, du sucre dans toute leur bouffe de malheur, pour mieux tuer le pauvre monde d’obésité, de cancer, de diabète, et du reste. Ni celles du pétrole, du gaz, du charbon, du nucléaire. Ni celle de la bagnole. Ni celles du numérique, qui représentent si bien l’avenir qu’ils nous promettent.

Ce qu’ils veulent, c’est mourir dans leur lit, et si possible décorés de leur Légion d’Honneur. Ils me font penser à ceux qui voulaient à toute force l’accommodement avec le fascisme hitlérien, refusant jusqu’au déshonneur le devoir de combattre. J’y ajoute pour faire bon poids l’aveuglement total de certaine gauche face à la barbarie stalinienne. Mais voilà que tout recommence sous nos yeux. Ils y a ceux qui se couchent devant la puissance des vainqueurs provisoires du monde. Et il y a les autres. On les moque et on les moquera encore, mais ils sont là. Nous n’avons perdu qu’une petite bataille de plus.

Fabrice Nicolino (18 mai 2017)

Publié dans Point de vue

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Frédéric Wolf 21/05/2017 05:27

Il y a bien des façons d’échapper à la réalité. Le déni, l’amnésie, le virtuel, la falsification, l’idéologie positive, la pensée magique, la négation du clivage, le primat de l’action sur la pensée… Tout, sauf le réel, surtout quand il est porteur de tragédies. Il faut croire que le besoin d’illusion est plus fort que tout.
Rien de bien nouveau, sans doute. On pourrait en sourire, dans une société qui se prétend rationnelle, exempte d’obscurantisme.
On pourrait aussi s’en inquiéter pour au moins deux raisons.
La première, c’est qu’on n’échappe jamais à la réalité. On peut la congédier, mais ce n’est qu’une éclipse. Le réel finit toujours par nous rattraper avec, en prime, un effet boomerang.
La deuxième raison tient en un mot : l’urgence. La dévastation du climat et des écosystèmes, le cataclysme nucléaire, pour ne citer que trois périls, sont à nos portes. Imaginer qu’un homme, aussi sincère et lucide soit-il – admettons –, pourra un tant soit peu les combattre du cœur même du système qui les provoque, c’est proprement désespérant. C’est se contenter d’une miette ou deux d’un gâteau empoisonné, c’est prendre la destruction de la nature pour sa protection et ses fossoyeurs pour ses défenseurs, c’est donner les pleins pouvoirs à ses tortionnaires.
Hulot ou un autre, qu’importe. Il n’est qu’un rouage dans la machine à détruire, pour la rendre plus acceptable, plus efficace encore, pour satisfaire notre besoin d’illusion à tout prix, pour continuer à vivre à crédit sur le dos des autres, pour ne pas combattre vraiment ce qui anéantit le monde, de la chimie au nucléaire, en passant par le commerce globalisé, l’ivresse numérique, la démesure prométhéenne…
Que nous soyons raillés ou moqués pour dire cela, que nous soyons rendus responsables en cas d’échec du dernier espoir incarné par Hulot pour ne pas l’avoir soutenu, c’est un nouveau combat perdu, oui, celui de la pensée.

Martine 21/05/2017 05:26

Un peu hors-sujet puisque cela ne concerne pas Nicolas Hulot mais la candidature de la torera. Un choix macronien de plus qui me reste en travers de la gorge :
http://altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article34603
Regardez le visage de cette femme en train de tuer. Elle fait froid dans le dos.

Signez la pétition de la Convention Vie et Nature dont le lien se trouve au bas de l´article. Et diffusez largement.

François 21/05/2017 05:24

« Vous avez été une ministre exceptionnelle car vous avez compris le combat que nous défendons, cette cause magnifique, qui nous dépasse. » (N. Hulot, à S. Royal, lors de la passation du ministère)

Les mânes des loups, et des autres animaux flingués pendant le mandat de cette (biiip) apprécieront.