Hêtre ou avoir été

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le vieux hêtre de Sparsbach a vécu. Classé arbre remarquable du Bas-Rhin, il était l’un des plus anciens de France. Son piètre état le rendant dangereux, il a été préservé sous une autre forme. Le maire Françoise Bourjat raconte à sa manière.

Le grand hêtre, vieux de 400 ans, laisse son empreinte dans le paysage de Sparsbach. Photo : DNA

Le grand hêtre, vieux de 400 ans, laisse son empreinte dans le paysage de Sparsbach. Photo : DNA

« Vous vous souvenez sans doute de l’article paru dans les DNA (voir ici) où je m’épanchais sur mon passé, ma splendeur. Depuis les choses ont bien changé. Un beau matin du mois d’avril, dans les brumes du printemps, j’ai entendu du bruit autour de mon tronc. À mon âge avancé, je suis un peu dur de la feuille… et n’ai pas compris tout de suite ce qui se tramait.

Donc ce matin-là, j’ai senti quelque chose qui grimpait le long de mon tronc. Je pensais avoir fait un mauvais rêve et croyais être en Afrique où d’habiles singes escaladaient mon tronc. Mais en y regardant d’un peu plus près, j’ai constaté que ces grimpeurs étaient des hommes habillés d’orange que je n’avais jamais vus auparavant. Je ne me suis pas affolé, l’escalade faisant partie de ces sports à la mode.

Mais quand j’ai senti que ces hommes équipés d’un grand peigne (ils disent « tronçonneuse ») ont commencé à me couper les cheveux, enfin je veux dire ma ramure, j’ai commencé à me poser des questions et à m’inquiéter. Et ces coups de ciseaux ont fait tomber mes branches, surtout celles, magnifiques, qui me donnaient de l’allure.

Des nichoirs fabriqués par les enfants

Au bout de deux jours, je n’osais plus me regarder. Toute ma superbe avait disparu et, vous le constaterez vous-même sur la photo, je ressemble plus à une chandelle qu’à un hêtre digne de ce nom. J’étais nu et décharné, je ne mesure plus qu’un quart de l’envergure que j’occupais auparavant.

J’étais complètement anéanti, désespéré. Mes confrères aux alentours n’arrêtaient pas de se moquer de moi, moi le Phénix de ces bois, moi qui si souvent les avais taquinés à cause de leur rachitisme et de leur manque d’envergure.

Mais soudain, par la brise matinale vint à mes oreilles (dégagées de toutes feuilles) une nouvelle qui me réjouit et m’alla droit au cœur. Je compris que dorénavant je porterais un chapeau pour me protéger de la pluie et que les enfants de la commune allaient fabriquer des nichoirs qui seront installés le long de mon tronc. Les oiseaux, par leurs chants, vont ainsi pouvoir faire revivre ce vieux hêtre tant aimé de tous. Une plaque commémorative sera apposée pour que chacun se souvienne qu’un hêtre de plus de 400 ans a vécu et grandi à cette place, et même un banc sera installé. Je pourrai entendre les anciens raconter aux enfants la longue vie de cet arbre majestueux. »

DNA/07/05/2017

Publié dans Disparition

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François Koenig 08/05/2017 15:20

Oh
Le pauvre
Si seulement il avait pu parler

Il emmènera ses secrets

On devrait créer des objets sculpture avec ce type de bois
Et donner le bénéfice des ventes
Aux associations qui défendent
La nature
Là il va certainement finir dans une chaudière
Triste sort

Kasia Zamojduk 08/05/2017 15:18

Je l'aimais cet arbre ,j'en aie fait des photos de lui ...