Et pousse la causette…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Une quinzaine de bénévoles fait vivre le jardin partagé de Sainte-Croix-aux-Mines. Le site va vivre sa quatrième saison où les techniques de permaculture se pratiquent autour de la convivialité.

Enzo, 12 ans, est l’un des plus jeunes bénévoles. Il benne sa brouette de broyat avec l’aide de Sonia Hartweg. Photo : DNA

Enzo, 12 ans, est l’un des plus jeunes bénévoles. Il benne sa brouette de broyat avec l’aide de Sonia Hartweg. Photo : DNA

Silence, ça pousse ! Le titre d’une célèbre émission de télévision sur le jardinage ne pourrait pas donner son nom au jardin partagé de Sainte-Croix-aux-Mines. Parce qu’ici, ça “tartaille”, ça discute, ça parlotte, ça bavarde, ça taille un bout de bavette… Bref, ça cause à tout va et… ça pousse quand même !

En cette fin de lundi après-midi ensoleillée, ils sont à peine une poignée de bénévoles à inaugurer la quatrième saison de cet espace de plantation géré en permaculture.

« Prolonger le vivre ensemble »

Habitant le Val d’argent depuis une dizaine d’années, Eric Mailliot s’active autour de quelques plantations. Cet instituteur enseignant à Sainte-Marie-aux-Mines s’est immédiatement laissé séduire par le projet dès sa présentation par l’association « Un jardin passionnément ».

« Ce qui m’a fait venir au jardin partagé, c’est surtout l’idée de partage. C’est le côté utopique du truc. Le fait de vouloir intégrer les riverains proches, d’aller à la rencontre des jeunes générations, de prolonger le vivre ensemble. »

Eric Mailliot n’a pas encore vu se développer la graine que l’association a semée pour motiver le voisinage du jardin partagé. Mais il ne désespère pas : « Dans ce genre de projet, il ne faut pas être trop ambitieux. Je dirais même qu’il faut ne s’attendre à rien. Il s’agit de laisser faire le temps. »

Apprendre les techniques de permaculture

En revanche, l’instituteur a beaucoup appris sur les techniques de permaculture. « J’avais gardé l’image du jardin à papa tel qu’il a évolué dans les années 1970 jusque dans les années 1990. De cette terre nue qu’il fallait bêcher et labourer. Lorsque je suis arrivé ici, j’étais complètement débutant dans le domaine de la permaculture. J’ai adhéré à cette pratique du jardinage plus respectueuse de l’environnement. Où l’on revient de l’usage des produits pesticides ou des engrais chimiques. Mais cela n’empêche pas de conserver une vision productiviste ! J’aime pouvoir récolter de beaux fruits et légumes ! »

Pas question de trimer toute la journée. « Ici, on n’est pas à l’usine. Chacun fait à son rythme, selon ses envies. Et si on a envie de papoter comme aujourd’hui et bien on prend le temps de discuter », sourit Eric Mailliot.

Après une vie professionnelle bien remplie, Jean-Claude Deiss et son épouse Marie-Jo sont venus s’installer à Sainte-Marie-aux-Mines, il y a une quinzaine d’années.

Le couple suit l’évolution du jardin partagé depuis ses débuts. « Le terrain était complètement en friche. Une barre d’immeubles avait été démolie quelques années auparavant. Il restait beaucoup de gravats sur place. Il a d’abord fallu apporter de la terre », rappelle Jean-Claude.

Jacqueline Meunier d’Echery est attentive aux pratiques vertueuses de jardinage. Photo : DNA - Vivien Montag

Jacqueline Meunier d’Echery est attentive aux pratiques vertueuses de jardinage. Photo : DNA - Vivien Montag

L’arbre des palabres

Il est bien difficile d’imaginer dans quel état était ce lieu auparavant. Aujourd’hui, trois espaces de culture sont distincts sur le site. Un jardin colimaçon pleine terre, un autre en planche et un dernier réalisé “en big bag”. Des toilettes sèches ont été aménagées.

Des bancs et une table ont été installés en espace détente. Un tilleul a été planté à proximité. Il a bien vite été surnommé “l’arbre des palabres”. Quand on vous disait qu’ici se cultivait la causette…

Si le voisinage se désintéresse du jardin partagé pour le moment, une adolescente vivant non loin s’y est pourtant bien vite intéressée.

Arborant un T-shirt de l’équipe de France de football, Laura Muller, 14 ans, a suivi le début de l’aventure. Elle est l’une des plus fidèles bénévoles. L’adolescente ne cache d’ailleurs pas son rêve : devenir aide fleuriste. « Ici, j’apprends à planter. Et puis je partage des moments avec les autres. » La demoiselle est volontaire. La jeune fille ne rechigne pas à la tâche. Même s’il faut pelleter du broyat, pousser la brouette bien remplie et disperser cette terre autour des pieds des arbres. Au passage, Laura apprend de la bouche de Sonia Hartweg toutes les vertus de ce substrat.

« Le broyat sert à nourrir l’arbre et à le protéger du chaud et du froid. Cela garde aussi l’humidité. », lui indique la Sainte-Creuzienne, qui s’est aussi impliquée au sein de l’association des Amis du compostage et du jardin en Centre-Alsace.

Un enthousiasme vert et vertueux

À ses côtés, Jacqueline Meunier s’enthousiasme pour une pratique de jardinage vertueuse. « C’est plus malin d’utiliser les auxiliaires. (Comprendre les petits animaux régulant les populations de ravageurs). Cela donne une planète plus propre. C’est aussi bénéfique pour nous. Cela fait aussi moins mal au dos. Les auxiliaires permettent d’enrichir naturellement le sol. »

Ce lundi-là, les bénévoles ont été fort bavards. Ils n’auront pas le temps de prolonger encore l’instant autour d’un verre. Mais c’est certain, lundi prochain, ils seront là. En vert et contre tout…

Les bénévoles du jardin partagé de Sainte-Croix-aux-Mines se retrouvent tous les lundis vers 17h. Tout le monde est le bienvenu.

DNA/V.M. (30/04/2017)

Publié dans Jardin

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