En lutte pour les haies

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Un chasseur d’Oermingen s’insurge face au recul des haies dans les plaines. Il n’est pas le seul à déplorer que ces milieux riches en biodiversité soient en recul dans le secteur.

Les haies sont en recul dans certains secteurs d’Alsace Bossue. Photo : DNA - Thomas Lepoutre

Les haies sont en recul dans certains secteurs d’Alsace Bossue. Photo : DNA - Thomas Lepoutre

« Depuis 20 ans où je suis adjudicataire d’une chasse communale à Oermingen, les haies sont en recul constant », déplore Marc Waechter. « À mon niveau, j’essaie depuis plusieurs années de faire remonter le nombre de perdrix. Mais à cause de ce recul des haies, leur nombre est en baisse », regrette-t-il.

Il dénonce aussi d’autres agissements comme la disparition de certains fossés ou encore la dégradation de huit de ses miradors, actes qui se multiplient ces derniers temps dans le secteur. Dans le prolongement de la disparition des haies où peut grandir le gibier, il regrette aussi la modification du paysage. « C’est dommage, parce que ce sont de belles plaines ».

« Les haies étaient considérées comme en dehors des zones aidées. Ce n’est plus le cas aujourd’hui »

Reste que ces pratiques n’ont pas court uniquement à Oermingen. En effet, comme l’explique Roland Gissinger de l’association ANAB (Association nature Alsace Bossue), « les signalements de haies détruites sont fréquents un peu partout en Alsace Bossue. J’en constate moi-même régulièrement lors de sorties natures. Mais légalement, souvent on ne peut rien faire, sauf à ce que l’arrachage ait eu lieu pendant une période de reproduction et de nidification ». S’il déplore le recul des surfaces dédiées aux haies en Alsace Bossue, il regrette surtout que cela soit en partie lié aux subventions agricoles. « On incite les exploitants agricoles à arracher les haies », dénonce-t-il. « Alors qu’ils n’avaient pas droit à une subvention, certains exploitants se sont vus répondre qu’il fallait qu’ils arrachent des haies pour en bénéficier. Au final, c’est l’environnement qui en pâtit ».

Selon Guy Dierbach, vice-président de la section locale de la FDSEA dément. « À un moment donné les exploitants étaient pénalisés s’ils avaient des haies sur leurs terres. Les haies étaient considérées comme en dehors des zones aidées. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ». Il met d’ailleurs en avant l’importance des haies « pour éviter le dessèchement des sols » et ajoute que le grignotage des haies par les exploitations agricoles « ça n’apporte pas grand-chose et en plus on risque de dégrader le matériel ». Il précise que la profession se tourne désormais « de plus en plus vers la préservation de ces haies », et travaille la plupart du temps en bons termes avec les chasseurs. « On a tous besoin les uns des autres ».

Roland Gissinger explique aussi que les pratiques de fauche le long des chemins sont trop intensives dans certains villages. « L’an dernier, il y a eu une seule fauche sur 50 cm de large jusqu’au mois de juin le long de la départementale qui va de Sarre-Union en direction de Phalsbourg. Dans le même temps, les abords de certains chemins ruraux ont été fauchés deux ou trois fois sur deux mètres de large. Et des fossés ont aussi été trop nettoyés. Tout cela a un impact important sur la biodiversité. À ce niveau-là, c’est aussi inquiétant que l’arrachage de haies ».

Du côté de la Fédération de chasse du Bas-Rhin, qui est propriétaire de quelques terrains dans le département, y compris en Alsace Bossue, cette situation inquiète également. Comme l’indique Nicolas Braconnier, technicien de la fédération, « sur tout le département des haies disparaissent. Une de nos propriétés est concernée. Il s’agit d’une réserve du fonds alsacien pour la restauration des biotopes. Une parcelle agricole voisine s’est étendue sur nos terres. Il y a entre 8,5 et 9 ares de haies qui ont été détruites. Nous avons eu un premier échange de courrier à ce sujet avec l’exploitant et un rebornage des limites de propriété a été fait. Nous lui avons proposé de financer le replantage de la haie concernée ». Une estimation sera faite avec un professionnel afin de chiffrer le coût d’une replantation à l’identique.

C’est d’ailleurs un des seuls moyens de chiffrer de manière notable les dégâts liés à la destruction de haies. Le préjudice sur la chasse est en effet plus difficile à chiffrer puisque son résultat dépend avant tout d’un plan de chasse défini en amont de la saison et que, dans la plupart des cas, les adjudicataires des chasses les remplissent ou s’en approchent. Sans compter que la plupart des lots de chasse ont vu leur loyer baisser lors des dernières adjudications.

Quelques associations foncières sont également concernées par cette problématique de disparition des haies. Simon Schmidt, maire d’Oermingen et président de l’association foncière du village, ne cache pas que c’est un point délicat. « L’entretien des chemins et de leurs abords est de notre responsabilité. Nous faisons notre possible pour préserver les haies, mais il faut aussi que nous tenions compte des évolutions du matériel agricole, qui est plus large et plus imposant aujourd’hui qu’il y a quelques années. Lorsqu’on nous signale que des haies ont été arrachées, on se rapproche de celui qui est mis en cause et on lui demande de replanter ».

Toujours est-il que les paysages d’Alsace Bossue changent petit à petit de visage. « Sur des photos aériennes, on le voit de manière flagrante », explique Roland Gissinger. Le recul est là ces dernières années, même si, selon un ancien du village, « certains secteurs aujourd’hui préservés étaient autrefois cultivés » et ne comportaient alors pas de haies.

DNA/Thomas Lepoutre (05/05/2017)

Marc Waechter a vu huit de ses miradors dégradés depuis l’été dernier. Photo : DNA

Marc Waechter a vu huit de ses miradors dégradés depuis l’été dernier. Photo : DNA

Publié dans Agriculture-Elevage, Chasse

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Jean-Louis 05/05/2017 06:54

Les chasseurs aiment les haies ! Dommage que ce soit uniquement par intérêt personnel (pour permettre « au gibier d’y grandir »…) et non pas parce qu’il s’agit d’un élément indispensable pour le maintien de la biodiversité (dont le fameux « gibier » n’est qu’un petit maillon…) !

Partout, les haies sont régulièrement et constamment massacrées, arrachées, incendiées parfois aussi sans le moindre égard pour tous ceux qui y vivent ! Lorsqu’elles ne sont pas purement et simplement « rayées de la carte », elles servent aussi de dépotoir : des gravats y côtoient des bidons et autres merveilles de notre époque qui, décidément, est formidable !