Ces frênes qu’on abat…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Après l’orme, le frêne : une maladie parasitaire attaque cette essence en Alsace, comme dans tout le nord de la France. Branches mortes et feuilles perdues abondent dans les parcelles et conduisent à des coupes parfois drastiques, comme récemment dans le secteur de Haguenau. Le paysage et les propriétaires en sont marqués.

Les dernières coupes pratiquées dans la région sur les frênes malades l’ont été au nord de Haguenau, ce qui a nécessité près de deux semaines de travail. Photo : DNA – Franck Kobi

Les dernières coupes pratiquées dans la région sur les frênes malades l’ont été au nord de Haguenau, ce qui a nécessité près de deux semaines de travail. Photo : DNA – Franck Kobi

La menace avance, silencieuse : apparu dans la région il y a moins d’une décennie, un champignon parasitaire mine les frênes, les déplume et mène sans bruit à leur dépérissement. Mais le traitement, lui, s’avère extrêmement bruyant, et totalement radical. Place aux tronçonneuses, comme encore tout récemment entre Schweighouse et Mertzwiller ou entre Haguenau et Surbourg. Routes coupées et bûcherons à l’ouvrage : les frênes malades ont été découpés par centaines. Au total, quelque 1 200 sujets tombés par la faute d’une maladie introduite en France il y a quelques années à peine et qui n’a pas fini de faire des dégâts dans la plaine du Rhin, l’une des premières régions contaminées en France.

Rameaux desséchés, feuilles disparues, branches cassées : pour Florence Bucher, responsable de l’unité de Haguenau pour l’ONF (Office national des forêts), lorsque le diagnostic de la maladie est posé, il n’y a plus grand-chose à faire. Si ce n’est retirer les arbres atteints de la forêt. Il y a danger pour les voitures lorsque les frênes touchés sont situés au bord des routes. Le risque n’est pas négligeable non plus pour les promeneurs et les forestiers de se prendre du bois mort sur la tête.

Dans le Nord, des forêts de frênes ont été carrément fermées au public, par précaution. Pour l’instant, on n’en est pas tout à fait là en Alsace. Les peuplements sont surveillés de près et lorsque la situation le réclame, les tronçonneuses sont appelées à faire le tri. Elles ne laissent que les sujets sains et, bien sûr, les autres espèces à l’abri de la chalarose, nom de ce cancer arboricole.

Pas de traitement

L’an passé, l’ONF est ainsi intervenu dans la forêt de Soufflenheim dans un périmètre d’une centaine d’hectares, pour les mêmes raisons, avec les mêmes moyens. Aucun traitement qui permettrait de sauver les arbres n’est connu pour l’instant.

Pour Claude Hoh, conseiller spécialisé en forêt à la chambre d’agriculture du Bas-Rhin, il ne faut pas commettre l’erreur de vouloir faire table rase aux premiers signes de la maladie. « En laissant les arbres bien portants, on sélectionne des frênes potentiellement résistants, mais on aide aussi les autres essences », l’éclaircissement contribuant à assainir ce milieu forestier.

Ainsi, rappelle-t-il, lorsqu’a été pratiquée une sylviculture dynamique des feuillus en Alsace, les propriétaires forestiers se rendent compte que ce choix est gagnant : dans un secteur comme l’Ischwald, près du plateau lorrain, l’impact de la maladie des rameaux du frêne est moindre parce qu’ont été effectués un cloisonnement des parcelles, des éclaircies régulières et une multiplication des essences. La maladie du frêne n’était pas encore connue, mais on avait déjà trouvé son remède préventif.

Le problème est que l’atteinte progresse trop vite pour laisser le temps à de telles initiatives d’être payantes désormais. Dans le secteur d’Erstein, d’Osthouse, en Alsace Bossue les dégâts se mesurent à l’œil nu. Il est alors trop tard pour ralentir la chalarose par un autre moyen que la tronçonneuse.

La perte en rendement forestier est patente. L’avenir du frêne s’annonce sombre. « L’atteinte est grave », constate Florence Bucher à l’ONF. Dans la forêt de Haguenau, les peuplements de frênes sur la partie indivise ne dépasseraient pas 300 hectares, soit 2 % de la superficie. Mais entre Strasbourg et Colmar, l’essence reste extrêmement répandue. À Sélestat, un tiers de la forêt communale en est constitué. Ce qui augure encore de pas mal de chantiers de coupe un peu partout dans la région.

Éviter la panique

Les spécialistes de la chambre d’agriculture déconseillent néanmoins de se précipiter dès les premiers signes d’altération. Le processus est lent, peut même prendre plusieurs dizaines d’années et la qualité de la grume peut s’avérer intacte, en l’absence de phénomène de nécrose des fibres.

En n’intervenant que par touches, ou dans les endroits les plus sinistrés, on évite aussi une saturation du marché du bois. « Les cours du frêne se maintiennent pour l’instant, explique Claude Hoh. Les propriétaires n’ont pas de raison de céder à la panique, la demande est constante en Europe pour ce bois apprécié pour ses propriétés. » Engager des coupes en masse enverrait de grosses quantités de frêne dans les chaudières à des fins de chauffage, alors que les arbres pris par la chalarose peuvent aussi végéter, sur pied. Affaiblis mais pas dans les proportions qu’a connues l’orme, vaincu par un champignon autre virulent, responsable de la sinistre graphiose.

DNA/DIR (06/05/2017)

Publié dans Environnement

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