Voyage en Antarctique

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Alsacien d’origine et ancien étudiant strasbourgeois, Didier Schmitt est parti en décembre dernier en Antarctique avec l’institut polaire français. Récit d’une expédition pleine de rebondissements.

Didier Schmitt, sur la banquise. Document remis

Didier Schmitt, sur la banquise. Document remis

Aujourd’hui, Didier Schmitt vit à Bruxelles où il occupe la fonction d’analyste et stratège en politique spatiale pour l’Union européenne. Autrefois professeur à l’Université spatiale internationale (ISU) basée à Illkirch-Graffenstaden, ce docteur en médecine et en pharmacie, ancien étudiant strasbourgeois, sélectionné en 1994 par la Nasa comme candidat astronaute, connaît bien l’Antarctique. Au cours de sa riche carrière, il a déjà monté plusieurs projets d’expériences spatiales sur la base de recherche scientifique franco-italienne Concordia, la plus isolée du monde. Mais il ne s’y était encore jamais rendu.

Dix jours pour rejoindre le départ de l’expédition

C’est chose faite depuis sa participation en décembre dernier au raid de l’institut polaire français. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce fut une aventure.

Parti de Paris le 9 décembre avec une vingtaine de personnes direction la Tasmanie, au sud-est de l’Australie, Didier Schmitt a ensuite embarqué sur le navire polaire l’Astrolabe, pour une traversée de six jours. Non seulement « ça tanguait pas mal » mais la banquise n’ayant pas cassé, le bateau n’a pas pu accoster à la base française Dumont d’Urville. C’est grâce à un hélicoptère embarqué à bord de l’Astrolabe et au terme de 100 km de vol au-dessus de la banquise, que l’équipage a pu rejoindre la base, le 21 décembre.

Et c’est seulement au bout de ce périple que l’expédition à proprement parler a commencé pour notre aventurier alsacien. Car une chose est de rejoindre l’Antarctique et la Terre-Adélie.

Rejoindre la base Concordia en est une autre. Ardue. Une quinzaine de personnes y vivent, en totale autonomie pendant neuf mois d’hiver. Trois raids sont organisés chaque année pour leur acheminer denrées, matériel et carburant. Didier Schmitt a pris part au deuxième. Et ça n’avait rien d’une promenade de santé.

L’analogie d’une station martienne

Pendant dix jours, le scientifique a pris le volant douze heures par jour d’un des cinq tracteurs à chenilles de 22 tonnes, tractant, 150 tonnes de matériel. Le tout avec un oxygène raréfié, par des températures proches de -30 °C, dans un attirail de 10 kg destiné à protéger du froid. Pour le nouvel an, l’équipage a royalement eu droit à une heure de sommeil supplémentaire : réveil à 7 h 30, au lieu des 6 h 30 habituels.

Arrivé sur Concordia, Didier Schmitt a obtenu de passer quatre jours sur le site, dans « cette analogie extrêmement intéressante d’une station martienne ».

De retour, par avion, à la station Dumont d’Urville où il a encore passé une dizaine de jours, Didier Schmitt a été aux premières loges du réchauffement climatique. « Un morceau du glacier a fondu en quinze jours, raconte-t-il. C’est la première fois que ça arrive. »

« J’ai mis quinze jours à me réadapter »

Rares sont ceux comme Didier Schmitt à avoir eu un aperçu aussi complet de l’Antarctique. Aux expériences scientifiques se sont ajoutées le temps de cette expédition des défis physiques et psychologiques qui ne sont pas sans risques. Pourtant, « c’est le retour qui est le plus difficile », confie l’homme, conquis par cette « fantastique expérience ».

« J’ai mis quinze jours à me réadapter, raconte-t-il. Quand vous êtes là-bas, vous êtes complètement détaché de la vie d’avant. Psychologiquement, on se coupe », retrace Didier Schmitt qui, comme on le lui avait prédit avant son départ, avait oublié code de carte bleue et numéro de téléphone à son retour du pôle.

 

Une mission d’intérêt scientifique

Pour ce spécialiste des questions spatiales, la station Concordia présente le gros avantage d’être au plus près de la réalité d’une future station sur la planète Mars. En plus du confinement, du manque d’oxygène, et du nombre restreint de résidents (14 sur Concordia, 6 sur une station martienne), une réalité comparable à une mission sur Mars s’impose sur Concordia : « Pendant neuf mois de l’année, on ne peut pas venir vous chercher », résume Didier Schmitt, pour qui le lieu a de fait un intérêt tout particulier. Des expériences concernant le recyclage des eaux grises sont par exemple menées sur Concordia, et trouveront une application immédiate dans le cadre d’une mission sur Mars.

Si cette expédition a étanché sa soif d’aventure et de curiosité, l’homme de 54 ans a aussi profité du voyage pour apporter quelques améliorations scientifiques à ses confrères. Il a notamment activé un nouveau programme satellite permettant d’améliorer la navigation de l’Astrolabe. « La qualité de l’image est plus que 10 fois meilleure », précise le scientifique. Un second programme a permis de suivre à la trace le raid par satellite et d’obtenir ainsi des images inédites de cette épopée.

Didier Schmitt, enfin, a ramené des images radar des alentours de la base. Images destinées à des glaciologues et ornithologues qui pourront ainsi étudier les conséquences de la non-fragmentation de la glace. Le phénomène, lié notamment à un anticyclone, a conduit cette année à la mort de l’ensemble de la progéniture des manchots.

DNA/Hélène David (11/04/2017)

Publié dans Portrait

Commenter cet article