Un étalon aux allures de prince

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Avec ses 35 ans, le pur-sang anglais Sandaucourt avait atteint un âge aussi honorable qu’exceptionnel. Deux jours avant qu’il ne quitte brusquement ce monde, nous avions pu le rencontrer et échanger avec sa propriétaire, Béatrice Fischer, au sujet de la brillante carrière de cet étalon.

Né en 1982 dans les Vosges, Sandau avait rejoint sa maîtresse à l’âge de 7 ans. Photo : DNA

Né en 1982 dans les Vosges, Sandau avait rejoint sa maîtresse à l’âge de 7 ans. Photo : DNA

Lorsque nous le découvrons, Sandaucourt, dit « Sandau », alterne entre repos au box et détente dans les prés du haras du Mont Saint-Odile situé aux abords d’Obernai. « Ce sont ses quartiers d’hiver. Et dès la semaine prochaine, je le ramène dans ma propriété de Boersch où Sandau a également ses habitudes », commente alors Béatrice Fischer, licol à la main alors qu’elle accompagne son étalon vers les vertes étendues du haras.

« C’est une véritable histoire d’amour qui s’est achevée »

Hélas, Sandau ne retournera jamais à Boersch et ne verra plus son arbre fétiche sous lequel chaque soir d’été, il allait trouver calme et repos. Au téléphone, une voix tremblotante et grave nous fait part de la nouvelle : « Sandau est mort ce dimanche soir. Nous l’avons trouvé couché dans son box et nous ne sommes pas parvenus à le relever. » À l’autre bout du fil, Béatrice Fischer, la gorge serrée, est bouleversée et meurtrie par la perte de celui avec qui elle a passé un pan de sa vie. « Vingt-huit ans de vie commune, insiste-t-elle. C’est une véritable histoire d’amour qui s’est achevée ».

Rien ne semblait pourtant présager une aussi soudaine disparition.

Ce vendredi-là, l’œil vif, le regard enjôleur et pétillant, l’étalon de 35 ans n’avait en rien perdu son port altier. Certes, sa robe bai grisonnait et son pas se faisait plus lent mais sa fougue d’antan était encore bien perceptible. « C’était un pur-sang exceptionnel. Très tendre mais incroyablement puissant et volontaire lorsqu’il était jeune. Il m’a donné beaucoup de fil à retordre », se souvient Béatrice Fischer.

Né en 1982 dans les Vosges, Sandau avait rejoint sa maîtresse à l’âge de 7 ans. Dès lors, cavalière et monture ne faisaient qu’un et enchaînaient les concours de saut d’obstacles. « Sandau était un sauteur sans pareil. Nous franchissions pour ainsi dire les obstacles en vol plané. 1,80 mètre en barre sèche ne lui posait aucun problème », poursuit la passionnée non sans émotion.

Séances de stretching, régime adapté

Avec ses 1,73 m au garrot et ses prédispositions hors pair, Sandaucourt avait séduit les plus grands cavaliers. Il s’agit là d’un autre point culminant de la carrière de l’étalon. « Sandau avait séjourné à Saumur », reprend non sans fierté la Bœrschoise en faisant référence ici au Cadre noir, l’École nationale française d’équitation. De renommée mondiale de par la qualité son enseignement, cette école militaire d’excellence forme la crème des cavaliers instructeurs. « Sandau avait alors des allures de prince », poursuit Béatrice Fischer. Sandaucourt se situait avec ses 35 ans bien au-delà des 28 ans correspondant à la moyenne d’âge d’un pur-sang.

L’architecte à la retraite, originaire de Boersch se consacrait exclusivement au bien-être de son cheval. Soins en tous genres, séances de stretching, régime adapté… Sandaucourt était pour elle une priorité.

Ses rhumatismes, déformations articulaires et dents manquantes nécessitaient toutes sortes d’ajustements. « Je râpais huit kilos de carotte par jour. Et chaque soir, je lui préparais sa soupe chaude. Il aura eu une véritable vie de prince ! »

DNA/ML (22 avril 2017)

Publié dans Insolite

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