Sur un arbre perché

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L’association le Bonheur est dans le pré organisait son premier forum « Du Grain à moudre ». Un vrai succès vu l’affluence du public et la variété des actions.

Le public a apprécié la rencontre avec Francis Hallé (à droite sur la photo) Photo : DNA

Le public a apprécié la rencontre avec Francis Hallé (à droite sur la photo) Photo : DNA

Durant tout un week-end, il y en avait du grain à moudre ! Le public a pu assister au vernissage d’une exposition, à la projection du film « Il était une forêt », à une balade, à la plantation d’un arbre à Marmoutier, à un atelier de dessin botanique, et à la rencontre de Francis Hallé, botaniste français de renommée internationale.

Les artistes Pierre Malo, Martin Nussbaum, Céline Wiedemann et Iwona Chardel ont travaillé sur le thème de l’arbre et la forêt. L’une lance un cri là où les autres évoquent le tissage des fibres ou l’architecture des troncs inondés de lumières forestières. Francis Hallé a ajouté ses dessins de botaniste où le végétal est séparé du contexte en vue d’isoler une idée. Comme le Guzmania, plante vivant sur les arbres et dont les feuilles forment des aquariums intégrant faune et flore aquatiques !

L’arbre est une île

Le film de Luc Jacquet a plongé le spectateur dans l’océan de la canopée. Sur les cimes des maobis, arbres emblématiques de la forêt tropicale de 60 mètres, se tient donc, très haut perché, le botaniste Francis Hallé. En bas ce ne sont pas les paroles fielleuses du renard qui l’attendent mais bien les crocs des tronçonneuses qui massacrent ces mastodontes vieux de sept siècles.

Mais le botaniste ne porte pas les habits d’un corbeau de malheur. Il ne veut pas d’une écologie moralisante même s’il a du mal à cacher sa colère « le film montre la beauté de cette forêt. Ces arbres sont comme des îles, sur chacun vivent des plantes, des animaux. Quand on est fixe et comestible comme un arbre il faut se défendre pour ne pas mourir ». Il veut montrer la beauté des végétaux, démontrer leur intelligence et plaider pour une agriculture menée en entente avec les espaces arborés.

Les arbres se parlent : ils se préviennent en cas d’attaques de prédateurs. Ils savent aussi lancer des molécules capables de faire germer la vapeur d’eau en gouttes de pluie juste au-dessus des cimes. Ils emploient sciemment les animaux, le vent et l’eau pour transporter leurs graines !

Méconnus dans la ville

La balade dominicale menée par Jean Braud auprès des arbres remarquables a attiré bien du monde. Saverne peut s’enorgueillir d’avoir de beaux spécimens : là un séquoia, ici un araucaria, ou encore un phellodendron du fleuve Amour, un cyprès jaune, un pin napoléon, un tulipier, un chêne pédonculé… Beaucoup doivent leur existence au fondateur du jardin botanique de Saverne Émile Walter qui les semait comme des petits cailloux le long de la Zorn.

Jean Braud a mis en avant les particularités et les soins de ces arbres. « L’objectif est de recenser ces arbres pour sensibiliser leurs propriétaires. Il faudrait aussi concrétiser un projet avec la Ville qui consisterait à étiqueter les arbres. » Ainsi de remarquables ils deviendraient visibles et lisibles ce qui augmenterait encore leur beauté.

DNA/07/04/2017

Une belle procession en l’honneur du chêne près de la synagogue. Photo : DNA

Une belle procession en l’honneur du chêne près de la synagogue. Photo : DNA

Marmoutier - Francis Hallé de passage

Un tilleul en souvenir

À l’occasion de la venue du botaniste Francis Hallé, la mairie de Marmoutier, la Forge et Le Bonheur est dans le pré ont planté un tilleul au Koppberg.

Jean Braud, bénévole du Bonheur est dans le pré, Francis Hallé, botaniste, et Jean-Louis Muller, adjoint au maire, s’affairant autour du tilleul, sur la Kopp. Photo : DNA

Jean Braud, bénévole du Bonheur est dans le pré, Francis Hallé, botaniste, et Jean-Louis Muller, adjoint au maire, s’affairant autour du tilleul, sur la Kopp. Photo : DNA

Du chemin de croix du Koppberg, le petit groupe domine le piémont vosgien et ses vergers fleuris d’un côté et de l’autre le Kochersberg dénudé, avec la Forêt-Noire en toile de fond. Un point hautement symbolique de ce que les acteurs présents veulent pérenniser d’un côté et de ce qu’ils ne veulent pas voir se produire sur les collines calcaires sous-vosgiennes de l’autre côté.

En ce dimanche matin, ils sont une vingtaine à avoir suivi Francis Hallé, botaniste et dessinateur spécialiste des forêts tropicales, venu parler de son amour des arbres à l’occasion du premier forum « Du Grain à moudre » de l’association Le Bonheur est dans le pré. Pour marquer l’événement, la Forge et Le Bonheur est dans le pré ont proposé à Jean-Claude Weil, le maire de Marmoutier, de planter un tilleul.

« C’est l’arbre de la santé ! »

« Cette essence est un arbre mythique et plein de symboles, explique Jean Braud, bénévole du Bonheur est dans le pré et forestier à la retraite. C’est l’arbre de la santé ! » Le plant semble mené en espalier : Francis Hallé explique alors que certaines essences d’arbre poussent selon un seul plan, ce qui est le cas du tilleul ; ce n’est que plus tard qu’il adopte une forme plus circulaire.

Après quelques coups de pelle, c’est Iwona Chardel, présidente de La Forge, qui a remis à l’invité le livre « Capture d’une longue balade » réalisé avec les œuvres des enfants artistes du centre d’art : des dessins, des papiers faits main à partir d’écorces ou de fleurs glanées sous un arbre, des poèmes et même une boîte à souvenir !

DNA/08/04/2017

Francis Hallé au cloître des Récollets à Saverne. Photo : Jean-Louis Schmitt

Francis Hallé au cloître des Récollets à Saverne. Photo : Jean-Louis Schmitt

Publié dans Environnement

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René Michaud 09/04/2017 08:25

Bonjour à tous,
Pour prolonger cette très belle rencontre et pour tous les amoureux des plantes et des arbres je peux vous recommander la lecture de ¨Éloge de la plante par Francis Hallé Editions Points S161¨qui date de 1999 et doit toujours être en librairie.
Ce grand scientifique y fait une analyse qui m'a beaucoup intéressé dans un paragraphe intitulé ¨Des êtres vivants potentiellement immortels¨ page 123.
D' une manière générale je n' avais jamais lu des analyses et des descriptions aussi claires sur
l' évolution des plantes dans un langage accessible au plus grand nombre.
Au dos de l'ouvrage, la conclusion sur le contenu du livre est:
¨Une remarquable leçon de biologie incitant à remettre d'urgence la plante à la place, primordiale, qui est la sienne¨
L' ouvrage est abondamment illustré par des dessins au trait, sans doute de l' auteur, ce qui est rare dans les éditions de poche.
Bref vous l' aurez compris ce livre est en bonne place dans ma bibliothèque naturaliste.
Un grand bravo à Jean-Louis pour ces articles toujours aussi intéressant et couvrant un large panel des sujet de la nature.
René