Rétablir la vérité sur les arguments des chasseurs

Publié le par Jean-Louis Schmitt

A l’approche des élections, comme d’habitude, les candidats répondent positivement aux revendications des chasseurs. Le président de la république reçoit le président des chasseurs de France alors qu’il n’a jamais reçu les présidents des associations de protection de la nature.

Cerf élaphe (Cervus elaphus). Photo : Jean-Louis Schmitt

Cerf élaphe (Cervus elaphus). Photo : Jean-Louis Schmitt

Plusieurs exécutifs de Conseil régionaux (Nord Pas de Calais, Auvergne Rhône alpes) ont confié la responsabilité du domaine de la nature et de l’environnement à des chasseurs tout en leur accordant d’importantes subventions qu’ils ont supprimées aux associations environnementales. C’est un mauvais calcul car le nombre d’électeurs chasseurs diminue de 2% chaque année alors que celui des protecteurs augmente. C’est aussi rabaisser la politique à un marchandage grossier pour échanger des voix contre des facilités pour un loisir qui reste secondaire dans notre société.

Possesseur du permis de chasse et piégeur agrée non pratiquant, je ne suis pas opposé au principe de la chasse mais hostile à ses excès. Je voudrais ici démonter quelques arguments énoncés par les chasseurs pour se justifier qui me paraissent totalement infondés.

Le premier argument, servi à toutes les sauces, consiste à valoriser le rôle de « régulation » des chasseurs concernant les espèces de gibier qui posent problème aux activités humaines. Le dictionnaire nous apprend que « réguler » consiste, à partir d’une quantité connue au départ, à agir pour la maintenir à l’arrivée. Honnêtement personne peut, sans se ridiculiser, prétendre connaître avec précision le nombre et la densité de la plupart des 81 espèces classées gibier en France. Ce nombre fluctue en fonction de la météorologie, des maladies, des ressources en nourriture et de l’impact des activités humaines. La vérité consiste à affirmer que, dans le cas de quelques espèces de grand gibier en France, on estime approximativement les populations avec une grande marge d’erreurs et qu’on tente de gérer ces espèces au pifomètre avec des indices d’abondance. Cela n’a rien d’une régulation. En effet les populations de ces espèces de grand gibier augmentent généralement en France ce qui énerve les forestiers et les agriculteurs qui protestent contre les dégâts de ces espèces.

Examinons le cas des espèces de gibier responsables de dégâts avérés sur les activités agricoles, aquacoles ou forestières qui sont classées « nuisibles » par le ministère et les préfets après consultation des chasseurs. Là encore, on cherchera vainement quelle est l’impact de la « régulation » des chasseurs et piégeurs qui peuvent détruire ces espèces quasiment toute l’année, au fusil, de jour et de nuit, à l’arc ou par piégeage même en période de reproduction. On serait bien en difficulté de donner un seul nom d’espèce « nuisible » dont les effectifs ont baissé depuis 30 ans de destructions. Pire certaines continuent d’augmenter tels que ragondin, rat musqué, vison d’Amérique etc.

Pire encore, le sanglier, l’espèce qui commet le plus de dégâts, n’arrête pas d’augmenter et les chasseurs refusent de la faire classer « nuisible » car ils veulent pouvoir en tirer de plus en plus.

Prenons un autre exemple parmi les 81 espèces gibier en France. Le Muséum National d’Histoire Naturelle, l’Union Internationale de Conservation de la Nature, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage viennent de publier la liste rouge des espèces menacées en France. Et bien 17 espèces classées gibier sont actuellement menacées à des niveaux divers : 2 sont en danger critique (Bécassine des marais et eider à duvet), 7 sont vulnérables (Grand tétras, tourterelle des bois, Oie des moissons, sarcelle d’été, sarcelle d’hiver, barge à queue noire et courlis cendré) et 8 sont quasi menacées (lapin, lièvre variable, tétras lyre, lagopède, bartavelle, alouette des champs, bécasseau maubèche et vanneau huppé) Voulez-vous savoir combien d’alouettes des champs ont été officiellement tirées lors de la saison cynégétique 2013 /2014 ?

Voilà le chiffre donné par l’Office National de la Chasse : 179 606. Pas mal comme « régulation » pour une espèce qui disparaît de nos campagnes. Idem pour la tourterelle des bois dont 91 704 ont été liquidées.

Enfin, par pure charité chrétienne, je n’insisterai pas sur la disparition totale de certaines espèces gibier telles que lapin de garenne, perdrix grise de montagne, perdrix rouge, grand tétras, pigeon colombin dans une grande partie du pays.

Il est donc prouvé que les chasseurs ne « régulent » rien.

Le second argument pour les chasseurs à se considérer comme les défenseurs de la santé et la sécurité publique. Là encore il faut vraiment relativiser. Bien sûr quelques chasseurs gestionnaires se sont intéressés aux réflexions engagées par les protecteurs de la nature sur les corridors biologiques et c’est tant mieux. On les comprend car c’est « leur gibier » qui est écrasé sur les routes causant plusieurs dizaines de morts en France dans les collisions. On remarquera cependant leur absence régulière dans les enquêtes publiques, les Plans Locaux d’Urbanismes, les études d’impact où les questions de trames vertes et bleues sont abordées concrètement. Ce serait vraiment utile qu’ils rejoignent les protecteurs de la nature dans ces domaines.

Je vous épargnerai les maladies transmises à la faune sauvage par les lâchers de gibier d’élevage de mauvaise qualité, consanguin ou parasité. De même pour les chasseurs et leurs chiens susceptibles de répandre et de se contaminer avec quelques maladies telles qu’échinococcose ou trichinose du sanglier. On pourrait aussi évoquer la contamination des étangs par les plombs de chasse qui entraine le saturnisme des canards

Il faut ici rappeler l’histoire de la lutte contre la rage en France. Les chasseurs étaient bien contents de pouvoir justifier l’éradication du renard, concurrent direct, en prétendant nous protéger contre la rage en tuant l’animal. Les destructions massives n’ont fait que répandre la maladie et il a fallu l’intervention des protecteurs pour obtenir la vaccination des renards qui a eu raison de cette épidémie

Enfin 146 accidents de chasse ont été recensés en France par l’Office National de la Chasse lors de la saison 2015/2016 dont 10 mortels (8 chasseurs et 2 non chasseurs). Peut mieux faire, dirons-nous, pour des défenseurs de la sécurité publique

Conclusion :

Je comprendrai assez volontiers que l’on justifie la chasse parce que c’est une activité de plein air, un loisir rural, une occasion de convivialité. Cela ne me gênerai pas qu’un chasseur aime la viande sauvage gratuite, qu’il jouisse d’être plus fort et plus rusé qu’un animal, ce que ressent également un chasseur photographe. Mais de grâce, réfutons avec la plus grande vigueur les faux arguments de « régulation » et de défense de la santé et de la sécurité des citoyens et de la nature.

Jean-François Noblet (24 octobre 2016)

Publié dans Chasse

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Iris Vdc 09/04/2017 15:01

Intéressant, il faut ajouter le braconnage, les pesticides, l'impacte négatif de l'énergie artificiel de certaines technologie....