Les arbres ont la parole

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les opposants au GCO ne manquent pas d’énergie, et encore moins d’imagination. Pour la seconde édition de leur festival des Bishnoïs intitulé « La révolte des arbres », ils invitent à une mise au vert militante dans… l’univers de Tolkien.

En 2016, le festival avait rassemblé 2000 visiteurs. Photo : DNA - David GEISS

En 2016, le festival avait rassemblé 2000 visiteurs. Photo : DNA - David GEISS

Les Bishnoïs sont encore dans le coup. Du côté du Rajasthan où cette communauté diffuse depuis le XVe siècle son esprit pacifiste et écologiste. Et jusqu’aux confins de la vallée de la Bruche et du Kochersberg, avec cette association de riverains qui voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une autoroute à camions entre Ernolsheim et Kolbsheim.

Ces opposants ont donc décidé de sanctuariser ce bout de forêt situé en contrebas du château de Kolbsheim et jouxtant le canal de la Bruche. Ils ont baptisé ce poumon vert, bientôt surplomber par un viaduc autoroutier, « la réserve du Bishnoï ».

Une dimension artistique et onirique

Le couper de ruban s’est fait l’an passé. Mais entre-temps, le promoteur Vinci a lancé ses foreuses et pelleteuses pour sonder les alentours. Et quelques tronçonneuses ont déjà dénudé la forêt locale. Des études préalables et travaux préparatoires au GCO qui ont d’abord plombé un peu le moral des troupes. Sauf que les opposants, contrairement à certains arbres, ne se sont pas laissés abattre et nos Bishnoïs ont fait appel aux gardiens des esprits de la forêt, plus connus sous le nom de Ents dans le Seigneur des Anneaux. Ces personnages de fiction seront donc de la partie ce week-end. Charge à la compagnie Sapistrelle de tirer dimanche après-midi les ficelles pour les faire apparaître sous forme de marionnettes.

Comme l’an passé, l’événement aura, on le voit, une réelle dimension onirique et artistique : divers ateliers ludiques sont prévus pour les enfants, tandis que côté scène, de nombreux groupes (*) défileront samedi soir et dimanche après-midi, avec pas mal de compositions spécialement liées au Grand Contournement Ouest.

Un dossier du GCO, qui bien qu’avancé, n’en continue pas moins de faire débat. On connaît le point de vue des organisateurs de ce festival : les Bishnoïs, mais aussi les Amis de la confédération paysanne représentés par Bruno Dalpra ou encore l’ADQV Duttlenheim de Sylvain Metz. Un avis très appuyé par Alsace Nature, qui tiendra à cette occasion son assemblée générale à Kolbsheim. Un avis sans doute partagé par les nombreuses associations qui tiendront un stand pendant ces deux jours : Stop Fessenheim, Bufo, Gepma, LPO Alsace…

Mais pour ouvrir ce débat, ce festival des Bishnoïs prévoit en sus plusieurs projections de films suivies d’échanges.

Avec Luther aussi

Une affaire de convictions et de… religions. Car, hasard du calendrier, ce même week-end les onze églises du consistoire d’Ittenheim, dont celle de Kolbsheim, ouvrent leurs portes au public. L’événement s’inscrit dans le cadre des festivités des 500 ans de la Réforme protestante.

Rien à voir avec le GCO ? Pas sûr, car on connaît la fibre écologique du pasteur Caroline Ingrand-Hoffet, qui n’a pas hésité à prendre position sur ce sujet. Et puis, comme le rappelle l’organisateur Guillaume Bourlier, « Luther ruait également en son temps dans les brancards ». Si après les Bishnoïs et Tolkien, le père de la Réforme s’y met également…..  

(*) Boddy Dunn, René Egles, Daniel Muringer, Tartine Reverdy et les Dangobishnoïs, COS’Toujours, Joy and Glory, Caracole, Unberkandt Orkestar, La Bande à Barzotti, Utopia, Numéro Blitz, etc.

Trois questions à… Guillaume Bourlier

Guillaume Bourlier Président de la Réserve du Bishnoï

Guillaume Bourlier Président de la Réserve du Bishnoï

Quel bilan tirez-vous de la première édition du festival des Bishnoïs ?

« Cela s’était fait dans l’urgence avec pas mal de contraintes. C’était un peu un ovni. Mais on a quand même attiré 2 000 visiteurs et on a eu des bonnes retombées médiatiques, et notamment un passage dans le Petit Journal sur Canal +. Ce qui a marqué cette édition 2016, c’est l’ambiance. Enfin, financièrement, on est retombé sur nos pattes. »

Quelles sont les nouveautés pour cette nouvelle édition ?

« Il y a déjà l’assemblée générale d’Alsace Nature, organisée samedi à 14 h dans la salle polyvalente de Kolbsheim. Sinon, il y a aussi plus de programmations musicales, avec notamment René Egles et Tartine Reverdy, qui ont des chansons axées sur la lutte contre le GCO. Et pour ce qui est du nombre de stands d’associations militantes, on passe du simple au double. »

Le GCO est presque sur les rails. Quel intérêt alors de relancer votre festival ? Le combat n’est pas déjà perdu ?

« À Notre-Dame-des-Landes [NDLR : projet d’aéroport près de Nantes], les travaux préparatoires ont aussi été réalisés. Et pourtant la lutte continue. Nous, on est dans la même logique avec pour objectif maintenant de fédérer les oppositions dans différents villages et d’y associer aussi les Strasbourgeois. Ce festival doit y contribuer. »

Le festival démarrera le samedi 29 à 12 h. Jusqu’au dimanche 30 avril, 16h. Le site situé sur le ban d’Ernolsheim, en contrebas du parc du château de Kolbsheim, sera accessible via la D93 qui relie ces deux communes, puis en empruntant le chemin forestier du Moulin. Buvette, possibilité de restauration et de camping sur place.

Pour plus d’informations : gcononmerci.org

DNA/D.G. (27/04/2017)

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