Le bonheur est au vert

Publié le par Jean-Louis Schmitt

C’est un carré de verdure qui résiste à un océan de béton. Le jardin, bien plus qu’une pratique, est l’étendard d’un lendemain chantant dans les assiettes.

Entre plantations légumières et fleurs, Céline et Romuald cultivent le bonheur du jardin. Photo : DNA

Entre plantations légumières et fleurs, Céline et Romuald cultivent le bonheur du jardin. Photo : DNA

Jeune couple installé à Sélestat, Céline et Romuald parlent de leurs tomates et de leurs courgettes récoltées l’année passée comme d’une conquête sur un continent nouveau.

« C’est vrai qu’il y a une certaine satisfaction à manger sa production », racontent-ils. Pour eux qui vivent dans un appartement, ces quelques mètres carrés de terrain obtenus auprès de l’association des Jardins ouvriers de Sélestat constituent une soupape.

« Pas de revendication “écolo”. Juste le plaisir du goût »

« Dans notre famille, nous avons toujours eu un jardin. Il n’y a pas de revendication “écolo”. Juste le plaisir du goût du légume et de savoir ce que nous mangeons », assène le couple.

Chaque année, ils sont plusieurs dizaines à poser leur candidature de néo-jardiniers auprès de l’Association des jardins ouvriers de Sélestat (AJOS), qui rassemble plus de 195 jardins et 250 membres.

Née en 1925, elle avait pour objectif de sortir l’ouvrier du bistrot. Aujourd’hui, elle renoue l’humain hyperconnecté avec la terre. « C’est clair qu’il y a un regain d’intérêt depuis une quinzaine d’années. Alors que nous avons connu une période avec plus de parcelles que de jardiniers. Maintenant, nous avons une liste d’attente », confirme Didier Couchevellou, président de l’association.

Une vague de fond qui repose sur une crise « Elle est d’ordre sociale, culturelle et sanitaire, directement influencée par l’urbanisation. Elle a été le déclic d’une prise de conscience pour cultiver des variétés goûteuses de manière bio, locale et en phase avec les saisons », précise Frédérick Guyon, docteur en sociologie à l’université Marc-Bloch de Strasbourg, auteur d’une étude sur les jardins familiaux.

« Les jeunes jardiniers choisissent le bio»

Un esprit en rupture avec les générations d’après-guerre où l’engrais, les insecticides, les désherbants et les semences sélectionnées faisaient des “miracles”. « Les jeunes jardiniers choisissent le bio et de multiples variétés. Rien que pour les tomates, il y en a plus de 200 qui sont cultivées ici », reprend le président des AJOS.

Délaissant les plants hybrides et stériles pour des variétés rustiques à descendance, le jardinier du XXIe siècle est confronté à un nouveau défi : l’accès aux bons plants. Si Internet ne peut pas tout, le lien entre jardiniers pallie. « Ce n’est pas évident de trouver des graines “saines” alors nous organisons des échanges entre jardiniers », confie à demi-mot Didier Couchevellou.

Car, dans un monde où tout est breveté, l’utilisation de semences « hors circuits » peut tutoyer la contrefaçon. « Notre société va très vite et a coupé le lien avec ce que l’on mange. Cela s’est vu avec les scandales des conditions d’abattage des animaux ».

«Tout est transformé, préparé, dénaturé. Le jardin nous relie avec la terre, traduit notre rapport à la nature et s’inscrit alors comme une contre-culture », analyse le sociologue Frédérick Guyon.

Pour en savoir davantage sur les jardins de Sélestat : www.ajos.fr

DNA/F.M (29/04/2017)

Publié dans Initiative

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