Climat électoral

Publié le par Jean-Louis Schmitt

C’est chaud ! A moins de vivre totalement reclus et coupé du monde, chacun l’aura remarqué : notre pays est en campagne électorale ! Depuis des semaines déjà, nous avons quasiment droit à un scandale quotidien et de nouvelles révélations sur d’aucun(e)s de ceux qui briguent l’Elysée… Tout cela pourrait prêter à sourire si, outre les diverses manigances scandaleuses et autres forfaitures on ne nous prenait pas tout bonnement pour de vulgaires et insignifiantes billes, juste assez bonnes poires pour glisser leur bulletin de vote dans l’urne mais ne méritant pas davantage d’égards !

Climat électoral

J’ai déjà eu l’occasion ici même de dire tout le mal que je pensais du candidat Fillon ! Toutefois, à la demande de certains de mes lecteurs tout aussi déboussolés que je le suis moi-même, je reviens donc sur cette campagne décidemment atypique à plus d’un titre ! Comme précédemment, je me bornerai à évoquer l’aspect essentiellement écologique de certains de nos présidentiables potentiels : pour le reste, nos médias en sont suffisamment remplis journellement… En revanche, pour ce qui est de l’environnement, de la condition animale ou encore du climat -non pas électoral mais celui qui conditionne ni plus ni moins l’avenir de l’humanité- on les évoque à grand peine et toujours trop brièvement !

 

Les promesses n’engageant que ceux qui les écoutent (1), nos divers candidats ne se privent pas d’en faire à tire-larigot quitte à ce qu’elles soient farfelues voire complètement chimériques… Mais, sans même verser dans l’utopisme, nos hommes politiques nous ont habitué depuis belle lurette, à ne pas tenir leurs engagements ! Les exemples sont légion et, sans remonter bien loin, on pourrait en citer quelques-uns du candidat Hollande qui, voulait instamment fermer les quatre centrales à charbon toujours en service dans notre pays ! De même, souvenez-vous de sa promesse d’en finir avec la centrale nucléaire de Fessenheim durant son quinquennat… Pour l’heure, outre (encore !) de vagues serments, rien n’est fait et, inutile de compter sur Fillon ou Le Pen pour clore cet épineux dossier ! Bien au contraire…

Comme il est cependant permis de rêver un peu, voyons certains points du programme de Macron !

 

De belles paroles, quelques promesses et des incohérences…

 

Invité par le WWF afin qu’il détaille son programme écologique, le candidat ex banquier d’affaires chez Rothschild & Cie, s’est notamment engagé à sortir des énergies fossiles (comme Hollande un peu plus tôt…) et à ne plus donner de nouveau permis d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures : voilà pour les gaz et pétroles de schiste ! Il promet par ailleurs de « lutter contre l’orpaillage illégal » en Guyane tout en croyant dur comme fer aux « mines responsables » ! C’est vaguement contraire à de précédentes prises de position mais, passons : accordons à ce jeune loup quelque crédit sur sa sincérité… tout en gardant à l’esprit la citation précédemment évoquée (1) ! Après tout, n’a-t-il pas déclaré récemment « qu’être écologiste aujourd’hui, c’est se préoccuper de l’humanité » et de poursuivre avec le « besoin d’investir dans un nouveau modèle de croissance, dans une autre agriculture et dans les énergies renouvelables » !

A propos du dossier de Notre-Dame-des-Landes, le candidat Macron souhaite manifestement ménager la chèvre et chou ! Ainsi, tout en tenant compte du résultat du référendum local de 2016, il souhaite nommer un médiateur pour qu’on « regarde en parallèle […] le projet Nantes-Atlantique » et l’aéroport existant qui pourrait être modernisé selon lui.

Contrairement à Fillon qui, là encore, semble déterminé à passer en force, Macron « ne veux pas de violences, pas d’évacuation, il n’y aura pas de brutalités ». On ne demande qu’à le croire…

Centrale de Fessenheim...

Centrale de Fessenheim...

Ecologie : que dit le Front national ?

 

En 1996 déjà, Bruno Mégret l’affirmait haut et fort : « le Front national est le seul mouvement authentiquement écologiste de France » ! Rien que cela. Cela dit, en 2010, le président historique du FN, associait quant à lui l’écologie à quelques lubies de « bobos-gogos » occidentaux !

Marine Le Pen qui ne cesse de vouloir faire oublier les propos souvent outranciers de son paternel, tente là-encore de se démarquer et remet l’écologie en bonne place dans son programme… Le productivisme n’étant pour autant pas balayé d’un revers de manche, bien au contraire : « L’écologie ne doit en aucun cas être synonyme de décroissance… Il convient au contraire de ne jamais négliger les implications des mesures écologiques sur la croissance économique, en visant systématiquement les décisions écologiques les plus favorables au développement de l’économie nationale. A cet égard, toute création d’impôt au nom de l’écologie doit être refusée. »

Pour le nucléaire non plus, inutile d’attendre un miracle du côté du FN puisque les grands projets comme Flamanville sont encouragés et la durée de vie de Fessenheim serait largement prolongée en cas de victoire de Le Pen ! Enfin, notons qu’au niveau international, le FN est « opposé à la conclusion d’un accord de réduction des gaz à effet de serre » !

 

Hamon et Mélenchon

 

On peut d’emblée regretter que les deux candidats n’aient pas réussi à s’entendre car, d’un point de vue environnemental, ils partagent manifestement de nombreux points et pas des moindres !

Ainsi, concernant le nucléaire et la transition énergétique, Benoît Hamon appelle de ses vœux une « sortie progressive et intégrale du nucléaire avec objectif d’y parvenir à l’horizon d’une génération, soit 25 ans ». Selon le magazine Reporterre, « cette transition énergétique se ferait notamment par un grand plan d’efficacité et de sobriété énergétique ».

D’autre part, Hamon ne semble pas favorable à la poursuite du projet d’enfouissement profond de Bure ! Jean-Luc Mélenchon souhaite de son côté s’orienter vers un mix électrique 100% renouvelable et ce à l’horizon 2050 ! Transition qui commencerait par « l’arrêt de la centrale de Fessenheim, l’abandon du projet d’EPR de Flamanville et l’abandon de l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure » !

Autre point de convergence des deux candidats : l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes même si Hamon n’exclut pas la recherche d’un autre site plus favorable…

Pour ce qui est de l’agriculture, là encore, les deux candidats ont une vision relativement proche des problématiques actuelles avec un calendrier de transition sur dix ans et « la nécessité de réorienter la politique agricole commune (PAC) vers l’agroécologie. Ils se sont tous deux engagés à interdire les pesticides les plus dangereux (néonicotinoïdes, glyphosate) et à améliorer les conditions de vie des animaux d’élevage »… même si les stratégies de l’un divergent par rapport à l’autre !

Climat électoral

Enfin, si tous deux sont opposés aux accords de libre-échange (CETA-TAFTA), ils ne sont en revanche pas sur la même longueur d’ondes pour ce qui est de la place de l’Union Européenne dans la transition énergétique ! Pour Benoît Hamon : « Je proposerai un plan d’investissement de 1.000 milliards d’euros centré sur la transition écologique et à destination prioritaire des zones de l’Europe les plus défavorisées », indique-t-il sur son site. La plate-forme d’accord insiste également sur la nécessaire convergence fiscale et la lutte contre l’évasion fiscale, ainsi que sur « une mutualisation de tout ou partie des dettes ».

Du côté de Jean-Luc Mélenchon on part « au contraire du constat d’une « UE contre les peuples », et il propose de sortir si besoin est des traités européens. Le plan A de Mélenchon prévoit une refonte de l’Union, fondée sur la fin de l’indépendance de la BCE, une conférence sur des annulations de dette, et la mise en place d’un protectionnisme solidaire, défini ainsi par le candidat dans nos colonnes : « Cela veut dire empêcher des choses de rentrer et d’autres de sortir. Par exemple, les productions agricoles à vil prix déversées sur des marchés qu’on impose d’ouvrir par la voie européenne et qui ont tué toutes les productions locales qui n’étaient pas monétisées. » En cas d’échec de la renégociation, le plan B, comme « bye bye », prévoit une sortie de l’Union européenne (2).

 

Pour ce qui est de la protection animale, voici la réponse de Jean-Luc Mélenchon au questionnaire de L214 et Néoplanète adressé aux candidats : « Les courses d'animaux seront mieux contrôlées et la mise à mort interdite. De la même manière, la maltraitance des animaux de compagnie sera très fortement sanctionnée et les conditions d'accueil des animaux abandonnés revues: construction de nouveaux refuges notamment (dont des spécifiques pour les animaux sauvages), interdiction des ventes par petites annonces. Les refuges et les fourrières débordent aujourd'hui. Nous proposons de remettre à plat l'organisation des élevages et d'interdire la création de nouveaux centres si, effectivement, l'offre d'animaux est supérieure aux foyers pouvant les accueillir. Les ventes qui sont aujourd'hui interdites seront contrôlées plus sévèrement et les forces de l'ordre formées en conséquences. »

 

Alors : Fillon, Hamon, Le Pen, Macron, Mélenchon ? Le 23 avril et le 7 mai ce sera à nous de jouer et de trancher ! Pour certains, ces tricheurs impénitents, ces voyous toujours prompts à s’en mettre plein les poches, ceux qui se placent d’emblée au-dessus de la loi… il sera facile de « leur tailler une veste » !

 

Ne nous laissons pas influencer par les sondages et votons ! Votons mais faisons-le en notre âme et conscience !

JLS

  1. Henri Queuille, plusieurs fois président du conseil, ministre des finances et de l’intérieur sous la 3ème république…
  2. Lorène Lavocat (Reporterre) 14 mars 2017
Climat électoral

Publié dans Point de vue

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Gérard CHAROLLOIS 16/04/2017 06:49

Pourquoi je voterai Jean-Luc MELENCHON

En 1981, les femmes et hommes de mieux annonçaient qu’ils allaient « changer la vie ». François CAVANNA avait déjà compris que la vraie révolution allait bien au-delà et que la valeur première était la vie. Aujourd’hui, notre aspiration est de la sauver, de protéger l’arbre, l’animal et l’homme, de substituer la solidarité à la concurrence, l’empathie à la course au profit, la croissance purement qualitative au productivisme forcené, le progrès qui nourrit la légitime quête du bonheur aux expansions qui alimentent les spéculations des oligarques.

Or, tout ceci est du concret, de l’effectif et non un énoncé de concepts généreux. Il faut en finir avec les grands travaux inutiles, avec la dévastation de l’espace par les mafieux de la finance et des firmes, commanditaires de certains politiques dont ils financent les campagnes électorales pour en retour recevoir des prébendes, en finir avec la financiarisation de l’économie, le culte de la compétition, le creusement des écarts sociaux, en finir avec la chasse, la torture tauromachique, les élevages concentrationnaires, la danse des
pesticides.

Dès lors, il faut traduire en choix électoral cette éthique de la prévalence du vivant sur le Système totalitaire et sournois qui putréfie la démocratie par l’argent. Beaucoup de candidats dénoncent, à juste titre, le « Système », cependant que ses agents feignent d’ignorer son existence pour mieux le préserver. Je le définirai donc, ci-dessous. Mais examinons les candidatures en présence lors du scrutin du 23 avril. Toutes les sensibilités politiques sont représentées ce dont il faut se féliciter.

Trois candidats se réclament du nationalisme, prônent le dégagement de l’Europe et célèbrent la patrie. Deux candidats, soutenus par les milieux d’affaires, représentent le Système : François FILLON et Emmanuel MACRON. Deux candidats portent les valeurs révolutionnaires du trotskysme. Deux candidats écologisent une vieille gauche qui avait perdu son âme avec les reniemements du mitterrandisme à partir de 1983 : Benoît HAMON et Jean-luc MELENCHON.

Indéniablement, le talentueux Jean-Luc MELENCHON permet d’ajouter une dimension éthique élevée, une préoccupation pour la nature et l’animal à la traditionnelle aspiration à la justice sociale de ce courant de pensée. C’est un héritier qui sait faire fructifier l’héritage du socialisme pour en conserver le socle tout en le dépassant et en y introduisant des éléments de biocentrisme.

Les fascistes de la chasse ne s’y sont pas trompés et sur certains de leurs sites dénoncent l’insoumission de ce candidat qui contraste avec les génuflexions des pusillanimes qui s’inclinent respectueusement devant les tueurs agréés. Il est regrettable que par suite d’une dispersion des forces de mieux, la qualification pour le second tour demeure difficile, malgré une remarquable progression de cet orateur brillant, penseur plus profond que nombre de ses adversaires. Sans ces divisions, nous pouvions espérer l’élimination des deux candidats du « Système », dont l’élection paraissait assurée aux oligarques.

Y a-t-il un Système ?
Il règne sur la planète entière et se traduit par une exploitation frénétique de toutes les ressources, une artificialisation de tous les milieux, par un écrasement des êtres, par une extinction d’espèces, par un avilissement de l’humain intoxiqué par le culte de l’argent. Ce Système s’est enraciné durant le précédent siècle et son totalitarisme a été assumé par Mme THATCHER lorsqu’elle énonça ce que radote ses successeurs : « There is not alternative ». Ces zélés propagandistes disent : "vous n’avez plus le choix et tout ce qui nous conteste n’est que radicalisme extrémiste et dangereux, utopie funeste et errements idéologiques". Le Système n’offre aucune autre issue que sa perpétuation. Il suscite des diversions, multiplie des candidatures illusoires, en veillant à conserver la réalité du pouvoir.

La religion du Marché constitue un néototalitarisme tout aussi intolérant que ceux du siècle passé, mais infiniment plus rusé et efficace. Par un habile conditionnement culturel, par une atomisation de la société, par l’insinuation d’oppositions entre chômeurs, salariés du privé et du public, assistés et auto-entrepreneurs, le Système anesthésie les peuples et perpétue son règne létal. Car à terme, le Marché fera disparaître la nature et compromettra la survie de l’humanité sur une terre empoisonnée, polluée, enlaidie. Le Système ne voit dans « l’environnement » qu’une occasion de profits, dans l’animal une marchandise, dans l’humain un agent économique. Le Système veille à ce que les exclus du premier cercle, soit 98% de la population, ne prennent pas conscience du processus à l’œuvre. Pour pérenniser la religion du Marché, les oligarques propriétaires des journaux et des chaînes de télévisions privées financent des candidatures de pures leurres. Les peuples sont abusés et croient à des changements, là où il n’y a que maintien des mêmes intérêts, des mêmes options se résumant à ceci : « tout pour le profit ». Il y a ceux qui déploreront l’absence d’une candidature estampillée biocentriste.

N’oubliez pas que la sélection des candidats s’obtient par le parrainage de cinq cents élus. Or, parmi ces cinq cents élus, vous trouvez une majorité de très petits maires ne représentant que quelques dizaines ou centaines de personnes, dans des milieux sociaux et culturels définis, à savoir, une France FNSEA/CPNT. Voilà qui ne permet guère aux écologistes, aux animalistes, aux naturalistes d’intervenir dans le débat public.

Insoumis, réfractaire à la société de marché, militant pour sauver la Vie, je voterai pour Jean-Luc MELENCHON, au premier tour de la présidentielle et au second, en toute hypothèse.

Gérard CHAROLLOIS