Avec le daim de l’Illwald…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Bel animal, le daim peuple la réserve naturelle de l’Illwald depuis des décennies. Mais sa présence interroge les équilibres naturels, une fois bouleversés par l’homme.

Les daims de l’Illwald, fort appréciés des promeneurs et naturalistes. Photo : Jean-Philippe Bletterer

Les daims de l’Illwald, fort appréciés des promeneurs et naturalistes. Photo : Jean-Philippe Bletterer

Cela fait plus d’un siècle que les daims ont élu domicile sur les 1 500 hectares du domaine forestier de la réserve naturelle régionale de l’Illwald, au sud de Sélestat. Si l’animal demeure sauvage, il est facilement observable dans la partie sud de la réserve. Et, comme chaque année, les jeunes faons vont naître au mois de juin, pour le plus grand ravissement des promeneurs.

C’est au XVIIIe siècle qu’il est chassé du côté de Saverne, d’après Arnould Schaal, biologiste et grand spécialiste du daim européen.

« En 1854, cet ongulé est introduit sur les terres de l’Illwald comme gibier pour les chasseurs »

« En 1854, cet ongulé est introduit sur les terres de l’Illwald comme gibier pour les chasseurs », rappelle Christine Saint-Andrieux de l’ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage). Heureuse coïncidence pour lui, il a été relâché peu après que le dernier loup du Ried fut tué.

Si son implantation n’a rien de romanesque, son apparence convoque les imaginaires. Avec sa robe fauve tachetée et, pour les mâles, une ramure majestueuse formée de bois palmés, il réunit les icônes de Bambi et des rennes du père Noël.

« Il est de la famille des cervidés, originaire des contrées turques. Il a une longueur d’1,50 mètre en moyenne et une hauteur au garrot d’un mètre et vit en harde, autrement dit en troupeau sexué. »

Entre le cerf et le chevreuil

« Il a une morphologie qui le place entre le cerf, plus gros et plus farouche, et le chevreuil, plus petit mais surtout il occupe la même niche écologique que ses “cousins” cervidés », explique Julien Hoffmann, expert naturaliste chez Defi-Ecologique.

Dénué de tout prédateur, excepté le chasseur, il s’est adapté à la présence de l’homme et s’est multiplié au gré des décennies, occasionnant des dommages importants sur la forêt. « Il se nourrit d’écorces et de jeunes pousses. C’est simple : sans les 55km de clôture pour protéger les nouvelles plantations, la régénération du domaine de l’Illwald ne serait pas assurée », explique Jean-Marie Clussmann, forestier de l’ONF (Office national des forêts).

Et pour réguler cette population, il faut faire appel aux chasseurs. En creux, le destin de la forêt peut se lire à l’aune de la présence de l’animal : est-ce une zone de production de bois, un espace d’agrément, un sanctuaire naturel ou un champ de tir ?

« La population la plus importante de France »

« Cette population sauvage, la plus importante de France, fait partie de notre patrimoine local au sein de la réserve naturelle de l’Illwald et toute intervention de chasseurs se fait dans un cadre très réglementé », assure d’emblée Marylène Cacaud, technicienne au service de l’environnement à la Ville de Sélestat.

Un loup ou un lynx…

Daim de l'Illwald Photo : DNA - Jean-Philippe Blette

Daim de l'Illwald Photo : DNA - Jean-Philippe Blette

« C’est clair qu’un loup ou un lynx arrangerait bien la situation », lâche Jean-Marie Clussmann, le technicien de l’ONF. Loin des querelles idéologiques, la venue opportune d’un prédateur naturel sur un territoire a fait ses preuves, notamment dans le parc naturel de Yellow Stone, aux États-Unis, où les loups endiguent l’épuisement de la forêt.

« Un prédateur naturel, c’est un chasseur 365 jours par an »

« Les hordes sont naturellement moins nombreuses et plus mobiles, ce qui limite les phénomènes d’abroutissement des jeunes pousses et les dégâts répétés d’écorçage sur les arbres sur une zone restreinte », remarque Julien Hoffmann.

Depuis l’introduction du daim, l’homme est en charge de sa régulation. « Des plans de chasse sont établis chaque année pour la réserve naturelle », explique Christine Saint-Andrieux, de l’ONCFS. « Mais le dispositif a ses limites : coût de la chasse, vieillissement des adhérents et, pour tout dire, une pratique passée de mode. »

« Un prédateur naturel, c’est un chasseur 365 jours par an », note le naturaliste qui suit le programme de réintroduction du lynx dans le Palatinat. Et pourquoi pas ? Une richesse de plus à inscrire au patrimoine naturel de la réserve.

DNA/F.M. (01/04/2017)

Publié dans Biodiversité

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