Autoroutes des villes et des champs

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Opposants et promoteurs du Contournement ouest de Strasbourg se sont retrouvés jeudi à Breuschwickersheim. Au cœur des débats, le GCO mais aussi l’A35.

Plus de 300 personnes dans la salle polyvalente de Breuschwickersheim jeudi soir pour la réunion sur le GCO. Photo : DNA - Jean-Christophe Dorn

Plus de 300 personnes dans la salle polyvalente de Breuschwickersheim jeudi soir pour la réunion sur le GCO. Photo : DNA - Jean-Christophe Dorn

Les dirigeants d’Arcos, le concessionnaire de la future autoroute A355, avaient annoncé qu’ils ne participeraient plus à des réunions publiques, trop malmenés par les opposants qu’ils n’arrivent pas à convaincre. C’est d’ailleurs pourquoi ils ont ouvert un cycle de permanences dans les communes du tracé.

Mais ils ont finalement participé à la réunion de jeudi à Breuschwickersheim, où le président de l’Eurométropole Robert Herrmann, partisan du contournement autoroutier, est venu porter la contradiction et défendre le projet sur les terres des anti.

La réunion a été organisée par les maires de Kolbsheim et Breuschwickersheim, des communes qui ont récemment intégré l’Eurométropole. Plus de 300 personnes ont assisté et participé à trois heures de débat plutôt « punchy » où les uns et les autres se sont dit quelques vérités dans la salle polyvalente.

« Si la métropole est moins accueillante, les entreprises feront le choix de s’installer en lisière, ou pire, considéreront que la Pologne a vraiment des charmes »

Le débat a d’ailleurs porté à la fois sur le contournement, mais aussi sur le projet de requalification de l’A35, tant les deux dossiers sont présentés comme irrémédiablement liés.

Ce projet, c’est bien simple, a dit un intervenant, « c’est une aubaine pour le concessionnaire et l’industrie du bâtiment (BTP, N.D.L.R.) qui, grâce au lobbying de la Chambre de commerce et d‘industrie, trouvent le moyen de s’enrichir ».

Un des responsables des Bishnoïs venu rappeler les préparatifs du week-end, a même traité les dirigeants de Vinci de « lobotomisés depuis leurs grandes études », et d’accuser Robert Herrmann « de se prostituer pour le BTP ».

« Je ne suis pas dans la prostitution, a répondu Robert Herrmann qui a largement défendu à la fois le GCO et la requalification de l’A35. Fustigeant le « non absolu », mais aussi, « le privilège des petits territoires », parlant de l’intérêt d’une métropole facilement accessible : « Si la métropole est moins accueillante, les entreprises feront le choix de s’installer en lisière, ou pire, considéreront que la Pologne a vraiment des charmes. » Huées dans la salle. Car les opposants au GCO ne veulent pas que leur qualité de vie se dégrade certes, mais pensent aussi que le projet d’autoroute n’améliorera pas la situation. « En empruntant l’autoroute, vous pourrez choisir le bouchon pour entrer dans Strasbourg, mais en payant un péage, a dit le maire de Kolbsheim Dany Karcher. Nos craintes, c’est qu’on nous cache dans un kit de solutions vertueuses un grand projet inutile. »

«Quel est l’intérêt économique d’un camion qui ne fait que passer ?»

« Il vaut mieux être corridor qu’isolé du reste du monde. Il a fait notre richesse », dit encore Herrmann sur l’existence de flux de véhicules en Alsace allant du Nord au Sud de l’Europe. « Mais quel est l’intérêt économique d’un camion qui ne fait que passer ? » a rétorqué la salle.

« Le réchauffement climatique n’est pas une vue de l’esprit », a lancé Maurice Wintz, le président d’Alsace Nature qui s’est attiré un retour sarcastique du président de l’Eurométropole. « C’est pourquoi nous avons confiance en vous et qu’on continue à vous subventionner, ce qui vous permet de faire des recours contre les projets. »

Nouvelles huées dans la salle. « Est-ce que quelqu’un a une solution a-t-il encore lancé et la salle de scander d’une seule voix puissante et spectaculaire « écotaxe, écotaxe, écotaxe ».

De son côté, Marc Bouron, président de la société concessionaire, a semblé gêné pour répondre à la question d’un habitant qui lui demandait, pourquoi, si l’objectif de la nouvelle autoroute est de soulager l’A35, des tarifs de péage plus élevés aux heures de pointe sont-ils prévus.

Pour ce qui est du trafic poids lourds en transit, celui-là même qui a vocation à emprunter la future A355, le responsable du service mobilité de l’Eurométropole, Bruno Jansem, interpellé par la salle, a annoncé qu’il serait réalisé grâce à la signalisation, mais aussi « un contrôle automatique de caméras qui vont flasher les poids lourds ». Pas de quoi convaincre la salle qui est restée sur sa faim.

Il est peu probable qu’une nouvelle réunion rassemblant à la fois anti et pro GCO, Eurométropole et Arcos compris, ne soit organisée avant le lancement des travaux, début 2018.

DNA/Olivier Claudon (29/04/2017)

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