Une perle discrète

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Fleur blanche qui brave les premiers frimas, le crocus blanc signe l’arrivée du printemps. Comme les hivers neigeux se font rares, la belle blanche disparaît des prairies alsaciennes, comme celles de la Vallée de Villé.

Plante protégée et sur liste rouge, le crocus blanc fleurit au lendemain de l’hiver. Photo : CSA

Plante protégée et sur liste rouge, le crocus blanc fleurit au lendemain de l’hiver. Photo : CSA

Alors que le printemps approche, la nature va révéler, le temps de quelques semaines, ses perles blanches. Si la plaine a ses perce-neige, les prés d’altitude, notamment dans le val de Villé, ont leurs crocus blancs.

Boutons de neige annonçant la fin des grands froids, le crocus albiflorus va parer le sol de sa fleur immaculée haute de 5 à 15 centimètres et composée de six tépales (pétales et sépales similaires).

« Une des premières plantes à fleurir »

« La période de floraison est assez courte, de la mi-mars à la fin avril tout au plus », explique Patrick Foltzer, conservateur bénévole au CSA (Conservatoire des sites alsaciens) et en charge d’une des dernières stations alsaciennes.

Plante caractéristique de sa famille où le safran et le colchique occupent une plus grande place médiatique, le crocus blanc est doté d’un bulbe, réservoir alimentaire dans lequel il puise en attendant le retour des beaux jours.

« Le crocus albiflorus est une des premières plantes à fleurir, ainsi elle évite la concurrence pour la lumière avec les autres espèces dont les graminées », note Gaëlle Grandet, responsable du pôle scientifique au Conservatoire des sites alsaciens. De fait, sur sa zone d’implantation, elle constitue aussi le premier garde-manger pour les insectes affamés.

Véritable bio-indicateur de la qualité du sol, elle bénéficie d’une attention particulière des acteurs de l’environnement tant elle est malmenée depuis des décennies. « Aujourd’hui, elle est inscrite sur la liste rouge des espèces menacées et fait également l’objet de mesures légales de protection, car elle est constitutive du Massif Vosgien et sa conservation est un enjeu pour la biodiversité », souligne d’emblée Julie Nguefack, chargée de mission scientifique au Conservatoire botanique d’Alsace.

Un double honneur, dont elle se serait passée et qui implique surtout de ne pas la prélever. Si jadis, elle était relativement répandue en Alsace, la modernité s’est chargée de son sort : il ne restait plus quelques stations en 1982. « Le pasteur Gonthier Ochsenbein, grand botaniste alsacien, avait dénoncé la disparition de la plus belle station de crocus blancs, lors de la construction, en 1963, du lac artificiel de Kruth dans le Haut-Rhin », rappelle Patrick Foltzer, bénévole au CSA.

Puis les techniques de culture intensive des prairies et le retour en jachère de prés ont très largement réduit ses zones d’implantation. Enfin, le réchauffement climatique s’est invité dans la danse macabre. « La plante a besoin d’une période de froidure pour croître et fleurir. Les récents épisodes d’hiver doux lui ont été préjudiciables », rappelle Gaëlle Grandet, scientifique au CSA.

Les comptages réalisés régulièrement par le Conservatoire ne sont malheureusement pas très engageants. Alors la rencontre de crocus blancs dans une prairie, le long d’un chemin sur les hauteurs du Val de Villé, a toujours le parfum d’une renaissance…

Pour en savoir davantage : www.conservatoire-sites-alsaciens.eu et le site de l’ARIENA pour connaître tous les chantiers nature et les balades au fil de l’année en Alsace

DNA/F.M. (18/03/2017)

 

Cousinage – Sélestat

« Antidépresseur ou calmant dentaire »

Le crocus savitus produit le safran. Photo : Olivier Chauvel

Le crocus savitus produit le safran. Photo : Olivier Chauvel

Plante cousine du crocus albiflorus, le crocus sativus de couleur mauve est davantage connu pour son épice : le safran. Paré de mille vertus, cet « or rouge » est exploité depuis 2006 en Alsace. « Le crocus sativus est une plante à bulbe exigeante et il a fallu beaucoup d’essais pour trouver une terre compatible. Son cycle végétatif est différent du crocus blanc puisqu’elle entre en repos de la fin du printemps jusqu’à l’automne où elle fleurit », explique Olivier Chauvel, exploitant safranier à Battenheim, dans le Haut-Rhin. Si le safran est récupéré depuis l’Antiquité, c’est grâce à l’obstination de l’homme qui a sélectionné la souche méditerranéenne, le crocus cartwrightianus.

« Aujourd’hui encore, la culture du crocus sativus demande beaucoup d’interventions manuelles lors de la récolte de la fleur puis de l’extraction du safran », poursuit le cultivateur. Et l’épice en vaut la peine : « Plus d’une vingtaine de molécules identifiées sont bonnes pour la cuisine, mais aussi pour la médecine comme antidépresseur ou calmant de douleurs dentaires », rappelle Olivier Chauvel. Longtemps, les pigments du safran ont été utilisés pour faire les jaunes d’or en peinture. Ainsi, le précieux trésor du crocus sativus n’a pas usurpé son titre de « Roi des Épices ».

Pour en savoir davantage : Safran d’Alsace, produit par Olivier Chauvel. 06 72 12 18 11. olivier.chauvel@gmail.com

DNA/F.M. (18/03/2017)

Publié dans Environnement

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