Une centaine d’agriculteurs mobilisés

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Plus de 50 engins agricoles et une centaine de personnes se sont retrouvés hier après-midi à Thal-Drulingen et Lorentzen afin de signifier leur désaccord face à l’arrêté préfectoral de protection du biotope lié au projet de route A4-Lorentzen.

Agriculteurs et élus réunis pour dénoncer l’arrêté de protection du biotope. Photo DNA - Thomas LEPOUTRE

Agriculteurs et élus réunis pour dénoncer l’arrêté de protection du biotope. Photo DNA - Thomas LEPOUTRE

« Oui à la route. Non à la friche agricole ». Le slogan des agriculteurs mobilisés hier après-midi en Alsace Bossue était simple, alors même que la situation que rencontrent certains d’entre eux est des plus complexes.

En effet, depuis le remembrement qui a eu lieu dans les communes concernées par le tracé de la route A4-Lorentzen, les exploitants ont pris possession de nouvelles terres qui n’avaient jusque-là pas toujours la même destination que leurs anciennes parcelles. En temps normal, cela ne pose pas de problème puisque les agriculteurs remanient alors leurs nouvelles terres en fonction de leurs besoins. Or dans ce secteur, le fait de convertir une prairie en terre cultivée, même en agriculture biologique est impossible en raison de l’APPB (arrêté préfectoral de protection du biotope) que dénonce la profession.

Rond-point bloqué quelques minutes

Après un blocage du rond-point pendant quelques minutes, puis un barrage filtrant avec une distribution de tracts en direction des automobilistes, les agriculteurs et les élus locaux venus marquer leur soutien se sont rendus, entre Rimsdorf et Mackwiller, sur une parcelle concernée par ces mesures de protection.

Sur place, après quelques discours, les agriculteurs ont retourné une parcelle auparavant exploitée afin de la préparer à un retour en prairie. Remise à niveau, cette parcelle devrait recevoir ses semences en début de semaine prochaine.

Par ailleurs, quelques jeunes hêtres ou autres charmes ont été plantés en bordure de la nouvelle limite de propriété afin de reconstituer une haie en remplacement d’une autre enlevée il y a quelques semaines.

Ces actions ont notamment pour vocation de montrer au grand public comment se déroule habituellement la reprise d’une parcelle après un remembrement.

C’est d’ailleurs un des points qu’ont tenu à souligner les intervenants lors de cette manifestation. C’est le cas notamment de Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. « J’ai lu qu’il y a onze habitats remarquables. Onze comme une équipe de football. Mais on a oublié l’entraîneur, l’agriculteur. Si ces espèces sont là c’est que l’agriculture pratiquée ici leur a permis d’exister. »

C’est d’ailleurs ce point précis qui donne à de nombreux exploitants agricoles un sentiment d’injustice. Ils se sentent « piégés d’avoir préservé à ce point la biodiversité ».

Après avoir fait un parallèle avec le contournement de Chatenois, Gérard Lorber s’insurge sur la dimension des terres impactées par cet APPB. Selon lui, « les 45 hectares mis en réserve par les collectivités doivent suffire pour compenser cette route ». C’est près de 10 fois moins que les 435 hectares inclus dans l’APPB.

Une ancienne parcelle cultivée va être convertie en prairie. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

Une ancienne parcelle cultivée va être convertie en prairie. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

« On nous a présenté ça comme une mesure provisoire »

D’ailleurs, une certaine confusion derrière ce sigle a de nouveau été mise en avant. « On nous a présenté ça comme une mesure provisoire. C’est pour ça que malgré l’importance de ces compensations, nous avons accepté. Mais elles devaient normalement ne plus être en vigueur après la redistribution foncière ». Or l’arrêté en question reste applicable et empêche donc toute mutation ou réaménagement de ces terres par leurs nouveaux exploitants.

Pour les exploitants concernés, l’impact est également économique. Ainsi, pour un des exploitants qui se trouve dans la zone de l’APPB, ces contraintes et le remembrement lui feraient perdre 16 000 € par an rien qu’en prime à l’herbe.

Le président départemental des Jeunes Agriculteurs, Thomas Gillig, a lui aussi souligné l’apport de l’agriculture pour l’environnement avant de redire « l’importance que le foncier reste bien aux agriculteurs. C’est leur outil de travail ».

Du côté des élus, Les maires de Mackwiller, Rauwiller, Thal-Drulingen, Lorentzen, Goerlingen et de bien d’autres commues étaient présents pour afficher leur soutien aux agriculteurs.

Des jeunes arbres ont été plantés en bordure du terrain agricole. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

Des jeunes arbres ont été plantés en bordure du terrain agricole. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

Béatrice Beck, maire de Mackwiller, rappelle notamment que « les communes et la communauté de communes ont acquis plus de 40 hectares pour créer une zone compensatoire pour préserver les terres agricoles et pour que les exploitations puissent survivre ».

Le conseiller départemental Marc Séné, qui fait partie de ceux qui plaident pour la construction de cette route au Département, était également présent à Thal-Drulingen. Il se dit « solidaire de la situation difficile que rencontre la profession agricole » et explique par ailleurs qu’une réunion à propos de cet APPB est prévue début avril entre les services du conseil départemental, les agriculteurs et les services de l’État.

Le député Patrick Hetzel était également sur place. « Il est important que cette route puisse se faire. Il faut que toutes les parties prenantes soient entendues », disait-il sans pour autant dire s’il soutenait ou non une éventuelle révision de ce fameux APPB qui fait tant grincer les dents des exploitants agricoles.

DNA-Thomas Lepoutre (26/03/2017)

 

Alsace Bossue - Manifestation

Les agriculteurs mobilisés contre un arrêté préfectoral

Une grosse centaine d’agriculteurs et quelques élus d’Alsace bossue se sont mobilisés hier après-midi pour dénoncer un arrêté préfectoral de protection du biotope (APPB) pris dans le cadre d’un projet de liaison routière.

Une manifestation des agriculteurs pour dénoncer l’arrêté de protection du biotope. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

Une manifestation des agriculteurs pour dénoncer l’arrêté de protection du biotope. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

Réunis autour de deux ronds-points de part et d’autre de la zone concernée par cet arrêté, les agriculteurs réunis à l’appel de la FDSEA et des JA ont un temps bloqué les deux routes départementales puis mis en place des barrages filtrants afin de communiquer aux automobilistes la raison de leur colère.

Ce qui les a incités à se mobiliser, c’est le sentiment de ne plus être maîtres de leurs propres terres agricoles et donc de leur destin économique.

Après ces distributions de tracts, ils se sont retrouvés sur une des terres agricoles concernée par cet arrêté. Ils ont replanté 200 m de haies et travaillé la terre sur une parcelle précédemment cultivée afin de la reconvertir en prairie.

Par cet après-midi de mobilisation, ils espèrent surtout que le dialogue pourra être renoué avec différentes parties impliquées dans ce dossier afin de revoir à la baisse les surfaces touchées par cet APPB. Celui-ci concerne pour l’heure 400 hectares de terres avec des restrictions environnementales, pour environ 35 hectares d’emprise de la route.

Pour les exploitants locaux, c’est beaucoup trop d’autant plus que ces restrictions ne seraient, d’après leurs dires, même pas compatibles avec les pratiques de l’agriculture biologique fortement présente en Alsace Bossue.

DNA/T.L. (26/03/2017)

Photos : DNA - Thomas LEPOUTRE
Photos : DNA - Thomas LEPOUTRE

Photos : DNA - Thomas LEPOUTRE

Publié dans Agriculture-Elevage

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Charles 26/03/2017 20:53

le vrai problème est le syndicat FNSEA .......

Jean-Louis 26/03/2017 07:57

Ahhhhh ! Si les élus -qui se sont une fois de plus pressés pour être sur la photo- pouvaient se mobiliser un peu plus pour l'environnement !
Voilà un vœu pieux car, ils ne sont en réalité pas nombreux ceux qui se sont opposés à cette fameuse "Liaison A4" destructrice de la nature et, dans le cas présent, d'un site magnifique et d'une richesse rare au point de vue environnemental !
Pourquoi les routes doivent-elles toujours passer là ou la nature est encore telle qu'elle devrait être ? Pourquoi ajouter encore des routes à un réseau déjà très dense ?
L'ère de la bagnole finira un jour comme tout le reste... Celui de l'agriculteur-destructeur de haies et de biotopes rares aussi ! En attendant, on a l'impression qu'ils se battent pour pouvoir détruire le peu qui reste !