Un élevage hors normes

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La ferme Humbert, à Urbeis, pratique une agriculture qui ne rentre pas dans les standards.

La race vosgienne est adaptée à la montagne. Photo : DNA - Laura Hendrikx

La race vosgienne est adaptée à la montagne. Photo : DNA - Laura Hendrikx

« C’est le moment que je préfère : entrer dans l’étable le matin. » Nicolas Humbert referme doucement la porte, pour ne pas brusquer les vaches endormies. Une bonne odeur de foin flotte dans l’air. Tout est paisible, à l’image du bétail. « Le vétérinaire est toujours impressionné quand il voit nos vaches, car elles sont très tranquilles. » Le secret de la famille Humbert ? Passer du temps avec les animaux. Une habitude qui demande quelques précautions car ici, les vaches ont encore leurs cornes. « En stabulation libre, ce serait dangereux pour elles comme pour nous. Comme elles sont attachées, on peut passer du temps auprès d’elles. Le reste du temps, elles pâturent en extensif, elles ont de la place donc ça ne risque rien. »

Un fonctionnement atypique

Malgré ces intentions louables, le fait d’attacher les vaches choque les associations de défense du bien-être animal. Un comble pour la famille Humbert, qui place le respect des bêtes au centre de ses préoccupations.

La ferme Humbert n’a en effet pas pour habitude de se conformer aux standards. Après le bien-être animal, un autre exemple fort est celui du syndicalisme agricole, auquel les exploitants n’adhèrent pas. « Ils défendent des choses dans lesquelles on ne se reconnaît pas », explique Nicolas Humbert en faisant référence à l’agriculture intensive. Il y a le fond, mais aussi la forme : « déverser du fumier, asperger de lait… Pour nous, c’est de l’or ! », s’offusque sa fille, Julie Humbert. Pourtant, ils ne blâment pas ces agriculteurs : « Beaucoup s’intensifient pour survivre et sont pieds et poings liés par des contrats. » Baisse des prix des matières premières, solitude…

La ferme Humbert est préservée d’un grand nombre de problèmes que rencontrent la plupart des agriculteurs, notamment car elle transforme le lait sur place et, comme 20 % des producteurs français, pratique la vente en circuits courts. « On livre dans les 80 kilomètres et on n’a pas besoin d’aller plus loin. Le problème n’est pas d’écouler la production, ni le prix de vente : ce sont les contraintes pour produire. » En effet, elle n’échappe pas à la lourdeur administrative qui touche toutes les exploitations : « On est six sur la ferme. Parfois, on est trois dehors, trois dans le bureau. »

Nicolas Humbert déplore l’absence de réglementation adaptée aux petites fermes, car les standards de l’agriculture industrielle ne sont pas compatibles avec leurs pratiques. « En Alsace, on est les seuls à élever des poules sur paille. Nos pratiques ne sont pas reconnues. On nous menace de fermer le poulailler pour des raisons sanitaires alors que les distributeurs et transformateurs se mettent à boycotter les œufs en batterie ! » Il souligne un décalage entre les valeurs qui sont mises en avant et la réglementation : « L’image qu’on véhicule est très appréciée, mais administrativement, on ne rentre pas dans les cases. On ne sait pas trop où se mettre, car si on veut continuer dans notre éthique et sur le bien-être animal, ça ne colle pas avec la demande d’aseptisation des bâtiments d’élevage. »

Si la ferme Humbert n’arrive pas à se conformer aux exigences administratives, elle répond pleinement à la demande des clients : « Ils veulent que les poules sortent, ils veulent pouvoir boire du lait cru ! Il y en a même un qui m’a dit qu’il avait écrit au député » s’exclame fièrement Nicolas Humbert. Pour lui, ce sont avant tout les consommateurs qui ont le pouvoir de faire changer les choses.

DNA-DNA-Laura Hendrikx (04/03/2017)

Vache de race Vosgienne. Photo : JLS

Vache de race Vosgienne. Photo : JLS

Les Vosgiennes

Depuis plus de 35 ans, la ferme Humbert élève des vaches de race Vosgienne. Il y a 40 ans, il n’en restait que 3 000 en France. Une poignée de passionnés ont fait revivre cette race particulièrement adaptée aux rudes conditions de vie en montagne. Si elle est de plus en plus valorisée, ceux qui l’élèvent restent minoritaires. Au 1er janvier 2014, dans le Haut-Rhin, il y avait 2 432 femelles de race Vosgienne, contre 23 826 femelles bovines.

DNA-DNA-04/03/2017

Publié dans Agriculture-Elevage

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