Salon de l'agriculture : ces animaux qui vont mourir vous saluent

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Lucie, 5 ans, regarde d'un air extatique Fontaine, une magnifique vache charolaise de 6 ans. Elle tend la main pour la toucher. Mais l'animal, qui est couché et rumine avec application, n'a pas un coup d'œil pour la gamine. « Lucie, sais-tu que, dans trois semaines, tu pourrais manger Fontaine ? » La gosse a une grimace qu'elle cache dans le manteau de sa mère « Nonnnn… » Lucie doit se dire que cet énorme adulte qui lui tend un micro plaisante probablement. Malheureusement, non ! Les dix bœufs charolais qui mâchonnent tristement une herbe sèche dans leur stalle ont été, la veille, les vedettes d'une vente aux enchères qui s'est déroulée au Salon de l'agriculture.

Salon de l'agriculture : ces animaux qui vont mourir vous saluent

Cela fait maintenant onze ans que les plus belles bêtes d'engraissement font un baroud d'honneur au salon avant d'être envoyées à la boucherie. Fontaine a décroché le record cette année, avec une enchère de 13 000 euros. Quatre fois le prix ordinaire. « Après le salon, elle retournera trois semaines à la ferme pour évacuer son stress, puis elle sera menée à l'abattoir par son nouveau propriétaire », explique l'éleveur. Avis aux admirateurs de Fontaine qui pourront la manger d'ici un mois ou deux au restaurant Hall West de Limoges. En revanche, sa copine Exubérante, qui n'a atteint que 8 000 euros, sera débitée en bifteck dans les Franprix de Combs-la-Ville et de Lagny-sur-Marne.

Au salon, ce sont ainsi dix-neuf bêtes qui fileront quasi immédiatement à l'abattoir. Ce mercredi, c'est au tour de cinq blondes d'Aquitaines d'être mises aux enchères, et demain à celui de quatre porcs cul noir. En attendant, les deux cochonnes Josie (15 mois) et Jessica (20 mois), 360 kilos à elles deux, dorment dans les bras l'une de l'autre, sous l'œil humide des visiteurs ignorant tout de leur triste destin. Dans des enclos séparés, les deux jeunes mâles Juste et Junior ronflent à qui mieux mieux. Ces quatre bêtes d'exception ont été distinguées parmi plusieurs dizaines de candidats, en raison de leur état d'engraissement, de leur développement musculaire et de la régularité des pièces de boucherie.

 

Le Point.fr/Frédéric Lewino (02/03/2016)

 

Vidéo : Après les avoir admirés, vous pourrez les manger : dès le salon fermé, 19 vaches et cochons vendus aux enchères rejoindront l'abattoir.

Publié dans Agriculture-Elevage

Commenter cet article

Denis 01/03/2017 20:32

Partie 1:
En mangeant de la viande j'ai souvent éprouvé de la culpabilité, parfois de la gourmandise, mais jamais de sentiment de supériorité (morale ou physique) par rapport à l'animal mangé.
Si supériorité il pourrait y avoir dans certains esprits, elle résiderait probablement dans le fait que, dans la plupart des cas, l'humain a la possibilité matérielle et légale de tuer l'animal et rarement l'inverse.
Pour la plupart d'entre nous, la distance est aujourd'hui trop grande entre le cri de l'animal qui ne veut pas mourir, du sang qui coule, des spasmes de l'agonie et l'assiette joliment dressée pour être dissuasive.
Le problème actuel de la consommation de la viande réside peut-être moins dans l'opposition végétarien / carnivore que dans la quantité de viande mondialement réclamée pour remplir les assiettes et la manière barbare employée pour la produire…
Quand j'étais jeune, la viande ne figurait pas au menu plusieurs fois par semaine et certainement pas en portions aussi généreuses qu'aujourd'hui.
En 1960, nous étions 3 milliards d'habitants sur terre et consommions 60 millions de tonnes de viande.
En 2017 nous sommes plus de 7 milliards et consommons plus de 300 millions de tonnes de viande.
Un rapide calcul nous montre immédiatement une partie du problème:
- population multipliée par 2
- consommation de viande multipliée par 5
Pour faire "simple" nos nouvelles habitudes alimentaires sont responsables du presque triplement de notre consommation de viande.
Donc deux "solutions":
- arrêtons de nous reproduire comme si de rien n'était
- allons-y mollo sur la gamelle !

Partie 2:
L'hypocrisie des hommes n'a décidément pas de limites qui si elle "s’accommode" des meurtres, tortures, viols, esclavage, emprisonnements arbitraires, crimes de sang, s'offusque devant des actes de cannibalisme.
J'ai toujours présent à l'esprit en images noir et blanc des survivants d'un crash d'avion dans les Andes.
Les quelque rares rescapés se sont longuement entendus doctement reprocher d'avoir consommé les muscles prélevés sur leurs compagnons d'infortune. Cannibalisme de dernier recours, longuement débattu, pratiqué avec humilité et déférence, sans violence, sans vice, sans brutalité, mais surtout pas choisi…

Kasia Zamojduk 01/03/2017 20:15

Je suis contre ce salon...

Agnès Robert 01/03/2017 20:14

Je suis contre l'assassinat horrible et multiple des abattoirs, laboratoires etc. Le marchandisage du vivant est une monstrueuse aberration ( bien lucrative pour certains...) qui devrait être illégale et punie ( or elle est subventionnée...grassement !!!). Toute consommation d'un morceau du cadavre de ces animaux sous quelque forme que ce soit est une complicité injustifiable..

Francois Rogier 01/03/2017 12:01

On aime tellement les animaux... Des mammifères mangent des mammifères !

Michele Enault 01/03/2017 10:32

J'ai pense la même chose : voir Paris et mourir... dans un abattoir !!!

Jean-Louis 01/03/2017 06:56

Les coulisses du "Salon"… Il n’y a vraiment que les naïfs qui ignorent ce qui se passe "après" ! Le pognon, toujours lui, voilà ce qui régente cet univers impitoyable ! "La plus grande ferme de France" n’est qu’une vaste farce pour citadins totalement déconnectés de la réalité et, cette réalité, elle est tout sauf tendre avec ces bêtes… qui vont mourir ! Vous en doutiez ?