Réentendre les oiseaux

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Une trentaine de nichoirs ont été installés sur le ban viticole de Ribeauvillé. Cette initiative s’inscrit dans un projet de développement de la biodiversité.

L’installation de nichoirs pour une nidification plus aisée de la faune dans le secteur de Ribeauvillé s’effectue sous l’impulsion du syndicat viticole, de la commune et de la Chambre d’agriculture. Photos : L’Alsace - Vanessa Meyer

L’installation de nichoirs pour une nidification plus aisée de la faune dans le secteur de Ribeauvillé s’effectue sous l’impulsion du syndicat viticole, de la commune et de la Chambre d’agriculture. Photos : L’Alsace - Vanessa Meyer

Naturalistes, écologistes , habitants sensibles à la cause environnementale et même certains touristes nomment volontiers le piémont alsacien le « désert vert », colonisé par une seule et même culture, celle de la vigne. Mais Francis Fischer, président du Syndicat de Ribeauvillé, veut croire que « son » ban viticole de 330 ha (dont « au moins 40 % est traité biologiquement ») serait une exception alsacienne.

« Depuis 20 ou 25 ans, nous pratiquons la confusion sexuelle [une technique de perturbation de la phase de rapprochement des papillons mâles et femelles en émettant massivement des phéromones synthétiques, NDLR] pour lutter contre le ver de la grappe. Depuis 2008, 80 % du vignoble de Ribeauvillé est confusé et donc exempt d’insecticides. »

Une trentaine de nichoirs

C’est « pour aller encore plus loin », selon Frédéric Schwaerzler, technicien à la Chambre d’agriculture, qu’un projet plus vaste a été mis au point dans un secteur viticole à la sensibilité environnementale affirmée. Une trentaine de nichoirs ont été dispersés depuis la mi-février dans des endroits jugés « propices ». « On va bien voir ce que ça va donner, commente Charles Metz, naturaliste. Il y a 30 ans, il n’y avait rien dans la vigne, mais la biodiversité revient ; les oiseaux sont là, ils trouvent de la nourriture car le traitement de la vigne est raisonné. Un exploitant m’a dit qu’il avait trouvé dans ses parcelles une trentaine de nids de linottes, de chardonnerets, etc. Le gros problème, c’est qu’il n’y a plus d’arbres creux » capables de les accueillir.

Pour Joël Brunn, vice-président de la SNA (Sentinelle nature Alsace), « les oiseaux se répartissent les territoires selon leur instinct de reproduction. L’oiseau va tomber sur un nichoir, le visiter, le rendre habitable. Il va commencer sa parade pour attirer la femelle. Elle s’occupera du nid, tandis que le mâle continuera à chanter. Plus il chante fort, plus il a de chances de bien défendre son territoire. »

Des nichoirs de différents formats ont été conçus, dotés d’un diamètre d’ouverture (le « trou d’envol ») variant de 28 à 32 mm ; ils sont réservés aux espèces cavernicoles : mésanges charbonnières, nonnettes ou bleues, sittelles torchepots, torcols, etc. Installés dans les arbres, ces nichoirs sont orientés sud, sud-est, abrités des vents dominants. Il est également prévu d’installer trois perchoirs à rapaces supplémentaires, en plus des deux déjà implantés dans les grands crus Kirchberg et Osterberg.

Réentendre les oiseaux

Le rôle des auxiliaires

« On travaille sur les traitements de la vigne pour privilégier la présence d’auxiliaires, ces acariens qui se nourrissent des parasites de la vigne », souligne Frédéric Schwaerzler. D’autres actions sont programmées comme « la fauche alternée un rang sur quatre » (pour préserver les habitats faune, flore), la création d’une aire de lavage dédiée aux effluents phytosanitaire et l’aménagement d’une « zone tampon » entre forêts et vignes, « pour ralentir la sortie du gibier », complète Francis Fischer ; le président du syndicat viticole estime en effet que « la sensibilité environnementale de [son] territoire doit se voir ».

DNA-Jean Daniel Kientz (10/03/2017)

Publié dans Biodiversité, Initiative

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