Médiateurs à quatre pattes

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le centre équestre Equivallée d’Albé n’accueille pas que des chevaux et poneys, il abrite aussi chèvres, cochons d’Inde, lapins, toute une ménagerie de bêtes domestiques. La responsable du site, Isabelle Feltz, s’est lancée dans une activité de médiation animale, avec l’intervenante Florie Savy, en créant l’association Ani’mes sens.

Il n’y a pas que des chevaux qui entrent en contact avec les humains à Equivallée. Photo : DNA - Franck Delhomme

Il n’y a pas que des chevaux qui entrent en contact avec les humains à Equivallée. Photo : DNA - Franck Delhomme

Le visiteur du centre équestre Equivallée d’Albé peut surprendre, à son arrivée, le couinement de cochons d’Inde, autant que le hennissement des chevaux.

Cache-Cache est un cochon nain de trois mois qui fait “groin-groin”, c’est pour l’habituer aux gens qu’il gambade à sa guise dans la pièce à vivre des écuries. En effet, celui-ci devrait être utilisé en médiation animale.

Les animaux capables de « désamorcer les tensions »

La responsable d’Equivallée, Isabelle Feltz, s’est lancée dans cette activité, avec l’intervenante, comportementaliste canin et félin qui est aussi cavalière, Florie Savy. Elles se sont formées et ont créé leur association Ani’mes sens, afin d’emporter leurs petits animaux dans des structures, telles que maison de retraite, foyer spécialisé, école…

Les animaux, ils sont doux, on a envie de les toucher, de les caresser. Ils ont le pouvoir d’apaiser, de « désamorcer les tensions », parce que contrairement aux humains, ils ne jugent pas… Isabelle Feltz avait déjà eu l’occasion de se rendre compte des pouvoirs de médiation des animaux, lors des séances d’équitation adaptée qu’elle propose pour un public handicapé, « où une interaction se crée entre le cheval et la personne ».

Comme « ici, on est fans des animaux », il n’y avait qu’un pas pour accueillir toute une ménagerie domestique. Les cochons d’Inde vivent avec les lapins dans leur maisonnette, l’âne est avec les chevaux, les chèvres ont leur enclos à l’écart. Certains d’entre eux accompagnent l’intervenante dans sa ferme itinérante lors des séances de médiation. Mais d’autres restent aux écuries, ils ont été « réformés »…

Florie Savy stimule les personnes âgées, grâce au lien noué avec l’animal. Un festin pour lapins et cochons d’Inde a été disposé sur la table, mais « vous croyez qu’ils vont manger tout ça ? », se demandent les résidents.

Florie Savy stimule les personnes âgées, grâce au lien noué avec l’animal. Un festin pour lapins et cochons d’Inde a été disposé sur la table, mais « vous croyez qu’ils vont manger tout ça ? », se demandent les résidents.

« Grâce à eux, on fait travailler la mémoire »

« Il y en a qui sont trop stressés et le contact avec l’humain ne leur est pas agréable. Nous recherchons autant le bien-être des gens que des animaux », explique Florie Savy. Les bêtes ne sont pas des boules de poil qu’on pose, sans ménagement, dans les bras de n’importe qui. « Ce sont des partenaires de travail. On ne dit pas : “Tenez, prenez, il est joli”, on attend qu’un lien se mette en place. » C’est tout de même mieux si les bêtes sélectionnées aiment « les gratte-gratte » et les câlins, et se laissent facilement manipuler. Tout dépend de leur caractère !

A l’Ehpad de Villé, cochons d’Inde et lapins visitent une fois par mois les personnes âgées qui sont dans l’unité de vie protégée. Lors de ces séances financées par l’association des Prés du Giessen, celles-ci, plongées dans leur propre monde, s’ouvrent à leur vue et en les touchant. « Ça leur rappelle des souvenirs, comme le fait que les lapins étaient mangés à la ferme… Grâce à eux, on fait travailler la mémoire, mais aussi la motricité. Parfois, je cache un animal et je leur demande de me nommer lequel a disparu », indique Florie Savy, infirmière de formation. Et d’ajouter que s’il y a parfois « une réticence à caresser, il suffit du regard et on voit qu’il se passe quelque chose ».

Les animaux effacent, durant le temps que dure la séance, les maux des résidents qui présentent notamment des troubles de déambulation et de démence. « Si le contact avec les soignants est imposé au quotidien, là, ils choisissent d’aller au contact des animaux, ils ne sont pas forcés. »

Des animaux pour stimuler les personnes âgées. Photo : DNA - Franck Delhomme

Des animaux pour stimuler les personnes âgées. Photo : DNA - Franck Delhomme

Prochaine étape, la ferme pédagogique

Les personnes âgées sont assises autour de la table, protégée par une moquette sur laquelle sont déposés les lapins et cochons d’Inde. Florie ajoute à différents endroits de la nourriture, par exemple des morceaux de pommes et des pousses d’épinards dont raffolent ces petites bêtes. « Les résidents peuvent leur donner à manger. C’est important pour eux qui n’ont pas épluché un légume depuis des années. »

Lors de ses interventions, l’animatrice met en place des petits rituels, en déclinant les noms, souvent rigolos, de chaque animal et propose de les mettre sur les genoux des personnes « aux mouvements réduits, ceux qui ont du mal à déplier les bras ».

Ailleurs, avec les enfants, elle les amuse en installant un parcours avec des tunnels pour des rats et des gerbilles. « Lors de l’accueil d’enfants à Equivallée, on leur demande de s’occuper des animaux. Ça les responsabilise et en extrapolant, ils apprennent à prendre soin de l’autre. On arrive même à mettre en place une complicité avec eux. Ils peuvent aller promener la chèvre, tondre le mouton, etc. »

La prochaine étape pour Ani’mes sens serait de créer une véritable ferme pédagogique aux côtés d’un jardin sensoriel à Equivallée, afin d’accueillir les publics sur place. « Nous sommes des idéalistes, résume Florie Savy, nous avons plaisir à voir tout ce que peuvent apporter les animaux aux êtres humains. » Le bonheur est à la ferme, selon elles.

DNA/DNA/Aurore Bac (22/03/2017)

Les séances d’équitation adaptée à Equivallée, avec l’Association régionale handicap et cheval Alsace (ARHCA), c’est aussi de la médiation animale. Photo : DNA - Franck Delhomme

Les séances d’équitation adaptée à Equivallée, avec l’Association régionale handicap et cheval Alsace (ARHCA), c’est aussi de la médiation animale. Photo : DNA - Franck Delhomme

Publié dans Animaux

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