Longues oreilles attentives

Publié le par Jean-Louis Schmitt

On les aperçoit le long de la voie express, entre Muhlbach et Russ (Vallée de la Bruche). Leurs longues oreilles ne passent pas inaperçues : les Ânes du Grand Spiess sont là pour animer le quotidien d’enfants et d’adultes. Mais pas seulement. Ils font aussi œuvre d’éducation et de bien-être social.

Lucas prend soin de Pépito et a trouvé chez les Ânes du Grand Spiess matière à faire éclore une vocation d’agriculteur. Photo : DNA

Lucas prend soin de Pépito et a trouvé chez les Ânes du Grand Spiess matière à faire éclore une vocation d’agriculteur. Photo : DNA

Aimé Klein, le président de l’association des Ânes du Grand Spiess est un passionné. Cela se voit dans ses yeux : ils pétillent lorsqu’il parle de ses protégés. Ceux-là ont de grandes oreilles, un regard doux, de beaux sabots et un caractère bien trempé. Ils prennent leur casse-croûte en regardant nonchalamment passer les voitures sur la D1420, de loin, tranquilles. Ces sympathiques bêtes à quatre pattes sont une dizaine d’ânes, qui batifolent dans les prés de la structure née en 2008.

Mettre en avant la médiation animale

Partis de presque rien (deux ânes achetés en 2003 par Aimé Klein), les Ânes du Grand Spiess font désormais partie du paysage alsacien en matière de découverte de ces animaux qu’ont dit, à grand tort, têtus. « L’âne a une manière de fonctionner bien précise. Un âne ne se dresse pas. Il faut aller vers lui, le conquérir, se connecter à lui. Il fait confiance, ou pas, à celui qui l’accompagne », sourit Aimé Klein. Mieux vaut être dans le premier cas. Si on le rassure, l’animal prendra sur lui pour affronter ce qu’il estimera dangereux, en s’appuyant, paradoxe, sur l’humain qui l’accompagne.

L’âne sert de support.

Cette relation de confiance peut s’établir à double sens. Et cela, Aimé Klein l’a bien compris. Peu à peu, l’association s’est tournée vers la médiation animale. C’est d’ailleurs un de points majeurs qui a occupé l’assemblée générale tenue dernièrement : « L’association souhaite mettre en avant la médiation animale, ainsi que son rôle pédagogique », a-t-elle inscrit dans son compte rendu de réunion. Elle a, en ce sens, modifié ses statuts. « Nous avons vite établi un constat, narre le président. Lorsque nous avons accueilli des personnes handicapées, nous avons vu tout de suite que les ânes étaient vraiment bien adaptés pour ce type de contact ».

Marthe Baldauf, qui a intégré officiellement l’association l’été dernier, acquiesce. La dame a encadré des judokas, notamment des enfants. Elle maîtrise nombre d’arcanes des relations en situation de pratique sportive ou de loisirs, et de tout ce qui gravite autour. « L’âne sert ici de support. Il y a une triangulation entre l’enfant, l’âne et la personne qui communique avec l’enfant en difficulté ». Marthe Baldauf explique aussi qu’il faut « négocier avec un âne. Il doit y avoir une prise de responsabilité de la part de l’enfant ».

Contrat sport/santé

Et, petit à petit, l’âne fait son nid, dans son rôle de soignant malgré lui. L’enfant « soigne aussi l’âne ; il s’occupe de lui. Et, en retour, l’âne devient ainsi soignant », poursuit Marthe Baldauf. « L’idée serait aussi de rentrer dans le contrat sport/santé. Pour permettre aux personnes qui le souhaiteraient d’effectuer de la marche avec des ânes, de bouger différemment et de compléter avec une remise en forme ».

Dans l’association, une troisième personne, Christian Corniau, vice-président, travaille également activement sur le volet de la médiation animale.

Aujourd’hui, les Ânes du Grand Spiess sont au nombre de dix. Dont un reproducteur, très attiré par ces demoiselles ânesses : un vrai séducteur, paraît-il (et on peut le constater, effectivement, sur place).

Ce partage de moments simples de vraie vie, c’est un peu ce que viennent aussi chercher ceux qui font appel à l’association. Le Département du Bas-Rhin est en relation avec elle. Il y dirige des jeunes, accueillis en famille d’accueil, comme Lucas, 12 ans. Le jeune garçon présentait « des problèmes de comportement », comme il l’affirme lui-même. Mais cela va beaucoup mieux, depuis qu’il fréquente ses amis de Muhlbach-sur-Bruche. Sa famille n’hésite pas à se rendre sur place depuis la région de Saverne. Et, pour Lucas comme pour Aimé Klein, le même regard : les yeux brillent lorsque le jeune garçon évoque les animaux. Il va même plus loin : « J’aimerais avoir une ferme, des animaux, des champs, plus tard ». Un projet sur lequel il a déjà bien réfléchi, car il en parle avec beaucoup d’assurance. Propos qu’il n’aurait peut-être pas tenus de la même manière, avant d’avoir croisé le chemin des Ânes du Grand Spiess.

L’association accueille les bénévoles qui le souhaiteraient, pour des tâches de tous ordres, en fonction des souhaits et possibilités de chacun. Contact Ânes du Grand Spiess : 06.01.25.57.94.

 

DNA-DNA-Jean-Stéphane Arnold (07/03/2017)

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