Les handicaps s’accumulent pour les agriculteurs

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La situation des exploitants agricoles du secteur est loin d’être simple. En Alsace Bossue, ils ont dû et vont devoir faire avec des baisses de revenus, la météo capricieuse et diverses contraintes liées au territoire comme le projet de liaison A4-Lorentzen.

Patrick Dietrich, président de la section locale de la FDSEA. Photo : DNA - Thomas Lepoutre

Patrick Dietrich, président de la section locale de la FDSEA. Photo : DNA - Thomas Lepoutre

« L’agriculture ne peut plus être la variable d’ajustement ». Cette réflexion de Patrick Dietrich face aux difficultés rencontrées par les exploitants agricoles à aboutir à des prix de vente viables pour les exploitations résume assez bien l’état d’esprit qui a prévalu vendredi soir à l’assemblée générale de la section cantonale de la FDSEA.

En effet, lors de cette réunion, outre une partie d’informations pratiques à destination des exploitants agricoles, le plus gros de la réunion a porté sur les problèmes rencontrés ces dernières années et ces derniers mois par les agriculteurs du secteur.

Double peine climatique et tarifaire

La principale problématique pour l’avenir de l’agriculture dans le secteur réside avant tout dans la difficulté des filières élevage lait et viande à aboutir à un prix d’achat satisfaisant pour leurs produits, mais aussi la problématique des grandes variations de cours des céréales. Cela a notamment été mis en exergue lors d’une présentation de la situation économique des différentes filières. Ainsi, entre 2011 et 2015, les filières élevage ont vu leur résultat courant être divisé par deux, voire par quatre pour les plus impactées par les baisses de prix. Dans le même temps, les cours des céréales ont plongé. Les filiales tabac, houblon, maraîchage et arboriculture n’ont, elles, pas connu de telles baisses et se présentent comme des alternatives intéressantes pour les exploitants qui souhaiteraient aller vers la diversification, même si toutes ne sont pas implantables sur le plateau lorrain.

La problématique des marges prises par les industriels et par les divers intermédiaires entre producteurs et consommateurs a également été mise en avant. Ce fut le cas par exemple pour le lait UHT qui a vu son prix augmenter de 17 cents entre 2001 et 2015, là où la rémunération des producteurs laitiers n’avait alors augmenté que de 2 cents.

Pour ne rien arranger, la situation météorologique a été catastrophique en 2016, avec beaucoup d’eau au printemps et une quasi-sécheresse en été. Elle a eu un impact important sur l’ensemble des productions. Outre les céréales, les éleveurs n’ont pas eu la possibilité de faire de fauchage précoce pour préparer du fourrage. Or, la sécheresse de l’été a nécessité de nourrir les animaux plus tôt qu’habituellement, créant une tension sur la quantité de fourrage. Mais la production laitière et en viande a également été moins bonne, entraînant une sorte de double peine en ces temps où les prix de vente sont au plus bas.

Le 24 février dernier, Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature, dénonçait les destructions de vergers pâturés, d’arbres fruitiers de haies et d’espèces protégées. Photo : archives DNA - GE

Le 24 février dernier, Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature, dénonçait les destructions de vergers pâturés, d’arbres fruitiers de haies et d’espèces protégées. Photo : archives DNA - GE

Les compensations de l’A4-Lorentzen contestées

Après l’intervention de Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA qui a notamment évoqué les revendications nationales de la FNSEA, le président de la section locale est revenu sur un dossier local sensible : la future liaison A4-Lorentzen. Dans ce dossier qui dure désormais depuis une quarantaine d’années, un APPB (arrêté préfectoral de protection du biotope) a été mis en place, prévoyant « 400 hectares sous cloche pour 36 hectares de route. C’est inacceptable, il faut revoir ce rapport à la baisse », explique Patrick Dietrich. Il ajoute que dans ce dossier, « si l’on veut sauver quelque chose de remarquable, c’est que ce qu’on a fait jusque-là était plutôt positif pour la biodiversité ».

Or depuis la mise en place de cet APPB, les communes concernées par le tracé de la route ont subi un remembrement, y compris pour les terres agricoles comprises dans cette aire. Et c’est là que les choses sont désormais délicates à gérer. En général, suite à un remembrement, les agriculteurs mettent leurs terres en adéquation avec leurs nouveaux périmètres, enlevant notamment des haies en milieu de parcelle avant d’en replanter en bordure de zone. C’est, selon les représentants de la FDSEA, ce qui s’est passé en ce début d’année et qui a provoqué la colère d’une association de protection de la nature (Voir DNA du 25 février dernier). Selon les propos tenus lors de l’assemblée générale, il semblerait que dans ce dossier, certains des exploitants concernés par ce secteur sous protection n’étaient pas au courant des interdits touchant leurs nouvelles terres.

Reste que pour les représentants de la FDSEA, le ratio entre les terres touchées et les terres « mises sous cloche » est bien trop important. « Les 45 hectares acquis par les collectivités devraient suffire. Là nous avons des exploitants agricoles qui ne peuvent pas faire leur métier sur leurs terres. On ne peut pas ne pas réagir », explique Gérard Lorber, qui annonce qu’il y aura sans doute une action des agriculteurs à propos de ce dossier.

De son côté, Patrick Dietrich pense que dans un contexte de disparition de terres agricoles à l’échelle nationale, « on peut trouver d’autres solutions que des surfaces agricoles pour compenser ce type de projets ». Il s’appuie pour ce point sur l’apport du monde agricole à l’économie locale. « Une exploitation c’est en moyenne six emplois directs et six emplois indirects. Ce n’est pas autant que les grosses entreprises, mais ça doit aussi compter. Vous imaginez que demain on demande à une grande entreprise industrielle de ne plus rien faire dans une partie de son usine sans compensation ? Ce n’est pas possible. Pourquoi ça le serait pour nous ? »

De son côté, Marc Séné, conseiller départemental, s’est également exprimé à propos de ce dossier mettant en avant le fait que celui-ci « avance. Le passage devant la CNPN (commission nationale de protection de la nature) se prépare. La décision de faire cette route ou non devrait définitivement intervenir dans l’été ». Il a dit son désir qu’il n’y ait pas de blocage d’ici là.

Reste désormais à savoir quelle forme prendra la future mobilisation des agriculteurs et si celle-ci aura un impact ou non sur l’avenir de ce dossier.

Patrick Hetzel, Marc Séné, Patrick Sinteff, Patrick Dietrich et Gérard Lorber pendant l’assemblée générale. Photo : DNA - Thomas Lepoutre

Patrick Hetzel, Marc Séné, Patrick Sinteff, Patrick Dietrich et Gérard Lorber pendant l’assemblée générale. Photo : DNA - Thomas Lepoutre

Les Autres interventions

En dehors des deux principaux sujets qu’ont été les problèmes économiques des exploitants agricoles et l’A4-Lorentzen, l’assemblée générale de la FDSEA a également été l’occasion pour le Patrick Sinteff, commandant de la brigade de gendarmerie de Drulingen de faire un peu de prévention concernant la circulation des engins agricoles. Outre un appel à la prudence vis-à-vis de la dimension des tracteurs, il a mis en garde les agriculteurs à propos des dépôts de boues sur les routes.

De son côté, le député Patrick Hetzel est notamment revenu sur les propositions du syndicat concernant l’agriculture de demain et en a profité pour plaider pour son parti politique auprès des personnes présentes.

Les exploitants ont aussi pris connaissance des services qu’ils peuvent solliciter comme l’accompagnement pour leur déclaration PAC, une aide juridique et l’évaluation des risques professionnels notamment.

DNA-DNA-Thomas Lepoutre (05/03/2017)

Publié dans Agriculture-Elevage

Commenter cet article

cengiarotti 19/04/2017 08:43

pa des s d.hesitation reguler au plus vite les loups qui emmerde tout le monde cest un carnivore nee seul lHOMME predateur des LOUPS alors pas d.autre solution en enlever 50 pour cent tout ira bien ne pas attendre quil mange toute la faune SAUVAGE

Gérard Lavaupot 10/03/2017 07:13

« Tout d’abord en tant que “protecteur de la nature “depuis toujours, je suis d’accord avec M. Dietrich (président de la section locale de la FDSEA, NDLR ) sur le fait que la situation actuelle (sur les zones impactées par le projet) est plutôt positive pour la biodiversité ! Et qu’on doive la mettre au crédit de nombreuses générations de paysans qui ont su jusqu’à présent préserver des biotopes favorables à une flore et une faune sauvage exceptionnelles à l’échelle de l’Alsace toute entière !
Seulement voilà, il y a un projet de route contre lequel je me suis toujours battu (depuis 1976), et dont la surveillance incombe désormais à l’Anab qui fait un travail remarquable. Ce projet n’est pas de la responsabilité de ceux que l’on appelle écolo, ou des habitants de la vallée de l’Eichel, amateurs de beaux paysages, de nature préservée et d’agriculture respectueuse. Il faudra donc, si la route se fait, supporter une saignée monstrueuse sur les terres agricoles de ces magnifiques collines et il faut déjà, avant même que la route soit faite, s’indigner de destructions irrémédiables et bien sûr illégales liées au remembrement.
S’il y a des compensations à la hauteur de 400 ha – il ne s’agit pas une mise sous cloche d’un territoire qui serait interdit aux paysans –, c’est qu’il y a enfin reconnaissance par les pouvoirs publics d’un patrimoine exceptionnel qui se traduit par une forte mesure légale de protection. Cet APPB (arrêté préfectoral de protection de biotope) n’interdit nullement aux agriculteurs de gérer leurs parcelles “en bon père de famille “mais il est censé préserver ces sites d’interventions destructrices des espaces et des espèces comme on le voit trop souvent avec l’agriculture productiviste moderne.
MM. Lorber (secrétaire général de la FDSEA) et Dietrich ne se sont sans doute pas rendus sur place : ils auraient alors – en bons agriculteurs compétents qu’ils sont – déploré ces retournements de prairies et ces destructions de haies, pratiques agronomiquement indéfendables sur ce terroir.
Selon moi, les vrais problèmes de l’agriculture en Alsace Bossue sont à chercher ailleurs que sur les compensations de la liaison A4 - Lorentzen qui s’avèrent plutôt une chance et une vitrine pour les labels bio et sur lesquelles les agriculteurs et les écologistes auraient milles bonnes raisons de s’entendre. Je désire ardemment comme beaucoup de citoyens que se développe en Alsace Bossue une agriculture innovante, diversifiée, de qualité et ancrée dans notre territoire avec des agriculteurs fiers de leur métier et assurés d’en tirer un revenu décent sans avoir à copier la plaine d’Alsace. »

Mireille Furchhauser 05/03/2017 09:58

Agriculteurs ou agritueurs ? Là est la question !

Georges C. 05/03/2017 09:56

Agriculteurs, ne vous trompez pas de cible : c’est contre la liaison A4 qu’il aurait fallu se battre plutôt que de laisser les associations de protection de l’environnement se dépatouiller avec ce dossier !

Jean-Louis 05/03/2017 08:10

Allez : pleurons un petit coup sur le sort de ces malheureux agriculteurs... Pour autant, n'oublions pas l'essentiel ! La nature doit être protégé et ce ne sont, hélas, pas ceux qui l'exploitent (à outrance) qui s'en chargent !
Il y a fort à parier que les actions annoncées par le syndicat agricole, ne soient pas POUR la nature mais CONTRE elle... Nature qui, pourtant fait vivre ces ingrats !
Inutile par ailleurs d'évoquer le "rôle" des politiques qui ne sont que de vils opportunistes et, comme on le dit vulgairement, "bouffent à tous les râteliers"...