Les châteaux d’Ottrott

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Un millier d’années après leur construction, une nouvelle page de l’histoire des châteaux d’Ottrott est en train de s’ouvrir, avec la création d’une association engagée pour sauver les ruines de la disparition.

Pierre Parsy, président des amis des châteaux d’Ottrott. Photo : DNA

Pierre Parsy, président des amis des châteaux d’Ottrott. Photo : DNA

L’histoire millénaire des châteaux d’Ottrott aurait pu s’arrêter en 2001, avec la chute mortelle d’un maçon bénévole qui travaillait à la consolidation de la ruine. L’accident « a refroidi tout le monde » rappelle Jean Schreiber.

Mais cet Ottrottois, dont c’était le terrain de jeu de jeunesse, ne s’y est jamais résolu. L’ancien maire fait partie de ceux à qui l’on doit la renaissance d’un projet de consolidation des ruines, met en avant Patrick Scheidecker, copropriétaire des châteaux. « J’ai commencé par aller voir Mathias Heissler, l’architecte du patrimoine du conseil départemental, raconte-t-il. Je suis à Paris, c’est trop loin pour agir. Il m’a conseillé de commencer par une journée de débroussaillage avec le Club vosgien des amis du Mont Sainte-Odile et m’a dit que j’allais ensuite trouver des gens intéressés. »

« Il réalise un travail épatant »

Leur président est alors Jean Schreiber, et il ne faut pas lui tendre la main deux fois. C’est lui qui présente aux propriétaires Pierre Parsy, un Obernois passionné d’histoire locale, devenu il y a un mois président fondateur de l’association des amis des châteaux d’Ottrott. « Il réalise un travail épatant », loue Patrick Scheidecker.

L’association compte actuellement une quinzaine de membres actifs qui défrichent le site en vue de le rouvrir au public, uniquement dans le cadre de visites guidées. Elles pourraient démarrer dès avril. En attendant, l’association cherche à se faire connaître et à mobiliser. C’est dans ce but qu’elle organise une réunion publique vendredi à 19 h à la salle des fêtes d’Ottrott.

Contact : amchott@orange.fr , 03 88 95 29 34, www.amchott.fr . Vice-président : Jean Schreiber. Sécrétaire : Martine Bourgis. Trésorier : Léon Halter.

DNA/Guillaume Muller (18/03/2017)

Le donjon du Rathsamhausen présente une fissure en V qui le menace. C’est la priorité.

Le donjon du Rathsamhausen présente une fissure en V qui le menace. C’est la priorité.

Il y a encore quelques semaines, le Rathsamhausen était invisible de cet endroit, caché par des arbres, presque tous abattus. Quelques-uns ont été gardés pour avoir de l’ombre l’été.

Il y a encore quelques semaines, le Rathsamhausen était invisible de cet endroit, caché par des arbres, presque tous abattus. Quelques-uns ont été gardés pour avoir de l’ombre l’été.

Le Lutzelbourg présente encore un très joli mur crénelé.

Le Lutzelbourg présente encore un très joli mur crénelé.

Le château de Rathsamhausen. DR

Le château de Rathsamhausen. DR

Histoire

Vers l’an mil. À l’origine, selon Charles-Laurent Salch, qui a beaucoup travaillé sur les châteaux d’Ottrott, il existait une forteresse qui occupait l’ensemble du site, appelée Lutzelburg. Construite peu après l’an mil, sa vocation était de protéger les couvents de Hohenbourg (l’actuel Mont Sainte-Odile) et de Niedermunster. Elle était protégée par des palissades en bois, avec seulement des fondations en pierre.

1114. En l’an 1114, Frédéric de Hohenstaufen dévaste le Mont-Sainte-Odile. C’est vraisemblablement à cette occasion que le Lutzelburg primitif est livré aux flammes. Le premier château en pierre est construit quelques années après, entre les deux châteaux actuels. Doté d’un donjon circulaire aux murs de plus d’un mètre d’épaisseur, il est propriété du représentant de l’empereur auprès du couvent. Depuis le débroussaillage, les vestiges sont réapparus entre les deux châteaux.

1197. Le Lutzelburg primitif aurait à nouveau été brûlé, lors d’un soulèvement contre les Hohenstaufen. Le calme revenu, un nouveau château aurait été construit juste à côté : le Rathsamhausen. Originalité : il est doté d’un donjon-palais roman, de forme carrée, qui reprend l’architecture italienne. Explication avancée par Salch : le seigneur de Lutzelburg aurait participé aux campagnes siciliennes de Henri VI et aurait apprécié les donjons-palais de Sicile. Jusqu’à vouloir s’en offrir un, au début du XIIIè siècle.

Vers 1250. La période est troublée et un second château pousse à 100 mètres à peine du Rathsamhausen, construit par des ennemis. C’est l’actuel Lutzelbourg. Il s’agrandit jusqu’en 1360. En parallèle, le Rathsamhausen se dote d’un donjon cylindrique.

Vers 1400. Ajout d’une barbacane et d’autres compléments de défense suite à l’apparition de l’artillerie et des premières armes à feu.

1732. « À cette date les derniers Rathsamhausen d’Ottrott n’habitent plus les châteaux trop inconfortables, mais la maison moderne sise à proximité », indique Pierre Parsy. Après la Révolution, les châteaux sont vendus comme biens nationaux.

1857. Travaux de l’architecte Ringeisen, suivis, en 1898, des travaux de l’architecte Salomon. C’est à cette occasion que les donjons du Rathsamhausen sont consolidés et sauvés de la ruine.

1970. Début d’un chantier de sauvegarde des ruines et de fouilles du site par l’équipe de Charles-Laurent Salch, « dans une forêt vierge, avec des murs mangés par le lierre ». Ce chantier s’achève en 2001. Depuis le site est fermé au public. La nature reprend ses droits.

2017. Création des Amis des châteaux d’Ottrott.

DNA-18/03/2017

Le château de Rathsamhausen à la fin du XIV e siècle. Reconstitution de Jérôme Michel

Le château de Rathsamhausen à la fin du XIV e siècle. Reconstitution de Jérôme Michel

Un espoir pour deux ruines d’exception

À l’abandon depuis un accident mortel survenu en 2001, les châteaux d’Ottrott, au pied du Mont Sainte-Odile, pourraient être sauvés de la ruine grâce à des bénévoles.

La priorité est de consolider le donjon (à droite). Une réunion publique présentera les enjeux vendredi 24 mars. Photo : DNA

La priorité est de consolider le donjon (à droite). Une réunion publique présentera les enjeux vendredi 24 mars. Photo : DNA

L’association des amis des châteaux d’Ottrott est née il y a un mois, redonnant l’espoir que ces ruines remarquables ne s’effondrent pas. Même si le défi s’annonce colossal : deux millions d’euros seront nécessaires juste pour consolider les deux ruines, afin qu’elles ne se dégradent pas davantage.

« Vu l’ampleur des travaux, cela se fera sur dix ou quinze ans »

La priorité ? Le donjon du Rathsamhausen, le plus remarquable des deux châteaux. « Deux fissures en V qui se rejoignent présentent un risque d’effondrement à long terme », commente Lætitia Basso, de l’atelier d’architecture d & b de Strasbourg, qui a réalisé une étude fouillée commandée par le groupement forestier de la Serva, propriétaire du site.

Pierre Parsy, le président de l’association des amis des châteaux d’Ottrott, espère mener ce chantier en 2018 et 2019. D’abord, il doit réussir à rétablir l’accès à l’intérieur du château, le pont étant effondré. Cette première étape est prévue cette année encore.

Rapidement va toutefois se poser la question du financement. La consolidation du donjon a été chiffrée à 180 000 €, l’association n’a pas encore un sou, le propriétaire reste prudent et le conseil départemental vient d’annoncer qu’il arrêtait de subventionner les travaux sur les châteaux. « Vu l’ampleur des travaux, cela se fera sur dix ou quinze ans, imagine Patrick Scheidecker, un des huit membres du groupement forestier. On mettra un peu la main à la poche, mais c’est l’association qui s’occupera du montage financier. » Un appel aux dons privés devrait bientôt être lancé.

L’entretien assuré par le Club vosgien

En attendant, les bénévoles n’ont pas chômé, via le Club vosgien des amis du Mont Sainte-Odile. Son ancien président, Jean Schreiber, a joué un rôle déterminant, ainsi que Mathias Heissler, l’architecte du patrimoine du conseil départemental.

Cela fait deux ans que des membres de cette section du Club vosgien mènent de petites opérations d’entretien. Et depuis novembre, deux fois par semaine, ses membres montent aux châteaux pour dévégétaliser le site, envahi de ronces et d’arbres depuis les derniers travaux, qui remontent à 2001. La chute mortelle d’un bénévole avait alors tout gelé. Depuis, le site est fermé au public.

Le résultat saute déjà aux yeux : les châteaux ont resurgi de la forêt dans laquelle ils étaient prisonniers. Cela va permettre d’organiser des visites guidées dès avril, « peut-être deux fois par mois et selon les demandes qu’on aura », indique Pierre Parsy. Le propriétaire lui a donné carte blanche : « Il a toute notre confiance, on souhaite juste que ça ne devienne pas un endroit trop animé, parce que l’activité forestière continue. »

DNA/Guillaume Muller (19/03/2017)

 

Réunion publique

La toute nouvelle association des amis des châteaux d’Ottrott a besoin de mobiliser pour sauver les deux ruines. Cela commence par une réunion publique de présentation de son projet vendredi 24 mars à 19 h à la salle des fêtes d’Ottrott. Un diaporama avec des photos aériennes permettra de comprendre les enjeux et de voir en quoi le château de Rathsamhausen est exceptionnel. L’édifice serait le seul à disposer d’un donjon-palais, inspiré de l’architecture italienne.

Contact : amchott@orange.fr , 03 88 95 29 34.

Publié dans Initiative

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PiP 20/03/2017 13:12

Merci d'avoir reproduit ces deux articles !

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