La protection de l’environnement, éternelle cinquième roue du carrosse…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Qu’il s’agisse de sites –sensibles ou pas…- ou d’espèces animales –fussent-elles plus ou moins en danger-, on ne peut pas dire que notre pays se distingue par sa volonté et son engagement d’agir dans le sens de leur conservation ! Souvent, bien au contraire même…

Loups gris (Canis lupus). Photo : Jean-Louis Schmitt

Loups gris (Canis lupus). Photo : Jean-Louis Schmitt

Le moins que l’on puisse dire c’est que les femmes et les hommes politiques français (et ce de quelque bord qu’elles ou qu’ils soient) ne sont pas particulièrement préoccupés par les questions environnementales ! Il n’y a qu’à voir de quelle manière sont traités certains dossiers –comme celui du loup ou des oies migratrices qui ont le malheur de traverser notre pays…- pour se faire une opinion assez précise du peu d’intérêt que nos dirigeants accordent aux espèces en question ! Plutôt que d’œuvrer dans le sens de leur protection effective ce qui serait bien le moins que nous leurs devons, il apparaît que, afin de calmer certains esprits toujours prompts à s’échauffer (éleveurs, chasseurs…) on préfère les sacrifier !

Et cela sans le moindre état d’âme et, surtout, sans aucune considération de l’impact écologique que ne manquent pas d’avoir les destructions en question et, bien entendu, en faisant fi des règles et lois internationales !

 

L’exemple symptomatique du loup…

 

La manière dont on traite canis lupus est révélatrice : ainsi, d’année en année, le gouvernement délivre toujours davantage d’autorisations d’abattage et ce y compris –comble de l’ironie- dans les parcs nationaux qui devraient être d’authentiques et d’intouchables sanctuaires de la biodiversité ! On en est loin puisque d’immenses troupeaux de brebis y sont régulièrement lâchés –généralement sans la moindre présence humaine permanente donc sans protection aucune…- !

Les loups –comme l’espèce humaine d’ailleurs- sont des opportunistes et ne se gênent pas pour y prélever ce qu’ils estiment probablement être leur quote-part… au grand dam des éleveurs cela va de soi !

 

Tout le monde n’éprouvant pas l’attirance ni la fascination du canidé d’un certain Jean-Michel Bertrand (voir ‘’La vallée des Loups’’) les condamnations tombent immanquablement… Lorsque certains médias font état de l’avancée de l’espèce qui, malgré les persécutions (ou peut-être aussi un peu à cause d’elles), continue de coloniser le pays, un sentiment proche de la panique semble gagner le territoire tout entier avec le déclanchement de mesures « préventives » que l’on connait… Lorsque l’eurodéputé José Bové lui-même met son grain de sel dans l’affaire et condamne lui aussi à mort l’intrus, les dés sont jetés au prétexte que le loup est un ennemi des troupeaux de plein air qui, eux, auraient un rôle essentiel quant au maintien des paysages ! S’il n’a pas complètement tort, il oublie juste de mentionner que, d’une part, il n’est pas fait grand-chose pour assurer un minimum de sécurité aux troupeaux en question alors que des méthodes de protection ont pourtant fait leurs preuves [1].

 

Par ailleurs, il y aurait de nombreux avantages pour les paysages à ce que des super-prédateurs tels que le loup, régulent de manière efficace et on ne peut plus naturelle les ongulés eux aussi mis à l’index pour les nuisances (véritables ou supposées…) qu’on leur attribue [2] !

Pour résumer, on pourrait donc dire que le retour du loup serait une excellente nouvelle… pour peu qu’on lui accorde la place qu’il mérite ce qui est, hélas et comme on peut le constater quotidiennement, très loin d’être acquis !

 

Chasse aux oies… et aux voix des électeurs !

 

L’affaire a suscité un émoi considérable dans les milieux ornithologiques et, plus généralement, de protection de l’environnement après que la ministre de tutelle ait implicitement autorisé les chasseurs à poursuivre les tirs d’oies sauvages alors même que la chasse de celles-ci étaient officiellement fermée [3] avec, de surcroît, l’assurance que les braconniers ne seraient pas inquiétés !

 

Voilà qui ressemble à s’y méprendre à une incitation au non-respect de la loi par une ministre en personne laquelle cédant honteusement au lobby des chasseurs ! « Pourtant les décisions des Ministres français de l'environnement d'autoriser la chasse aux oies après le 31 janvier sont annulées depuis près de 20 ans par le Conseil d'État. Le Commissaire Européen Vella a répondu clairement aux questions de Madame Royal par courrier en date du 13 mars 2015 que les conditions de dérogation prévues par la Directive Oiseaux pour chasser les oies au-delà de la période légale de chasse n’étaient pas réunies dès lors que les prélèvements s’effectueraient alors sur des populations en migration de retour vers les sites de nidification. Les études scientifiques confirment le début des migrations dès la fin de la deuxième décade de janvier » [4].

Mais, qu’importe à la ministre en question plus soucieuse de s’attirer les bonnes grâces des chasseurs que les foudres des protecteurs : il est en effet toujours préférable d’être du côté des premiers qui, on l’a vu à maintes reprises déjà, n’hésitent pas à réagir fort brutalement lorsque leur « droits » -où ce qu’ils jugent l’être- sont remis en cause !

Voilà en fait une lamentable et pitoyable démonstration de l’impuissance d’un Etat de droit à protéger son patrimoine naturel ! Et ce cas n’est, hélas, pas unique… [5]

Abatteuse en forêt... Photo : JLS

Abatteuse en forêt... Photo : JLS

La France ne protège pas non plus les habitats

 

Si beaucoup d’espèces animales sont régulièrement persécutées dans notre pays qui, rappelons-le, détient le triste record du nombre d’espèces chassables (89 dont 38 pour le seul « gibier d’eau ») cela n’est pas dû, comme aiment à le clamer les fédérations de chasseurs, à la « bonne santé » de la faune mais plus exactement aux pressions exercées sur le monde politique qui suit quasi systématiquement les desideratas de leurs influents « amis » chasseurs ! Attitude éminemment scandaleuse puisque, pour satisfaire une infime minorité de la population, on sacrifie tout un pan de notre biodiversité pourtant bien commun !

 

La situation n’est guère plus réjouissante en ce qui concerne les biotopes… Ainsi, favorisant toujours –et contre toute logique- les gigantesques exploitations agricoles de type « mille vaches » -qui, au passage, ruinent inexorablement les petites…-, on favorise dans le même temps une utilisation de plus en plus massive de pesticides et d’engrais « qui continue à polluer lourdement les paysages et les cours d’eau et dont des études confirment l’impact sur les oiseaux, les insectes et les agriculteurs » [6] !

Les paysages, donc les habitats, s’uniformisent perdant progressivement tout intérêt touristique mais, le plus préoccupant demeure bien sûr l’appauvrissement général de la faune et de la flore de notre pays !

 

La liste des projets ineptes et des réalisations calamiteuses pour l’environnement est très, très longue et impossible à lister ici ! Quelques exemples pourtant illustrent parfaitement le sujet : ainsi, à Gardanne (Bouches-du-Rhône), une centrale thermique adaptée pour fonctionner au bois et largement subventionnée par les deniers publics, constitue en fait un véritable non-sens écologique de par sa « colossale consommation de bois qui déstructure les filières locales, multiplie les trajets en camion et les émissions de polluants dans l’atmosphère… » [7] !

En forêt de Fontainebleau, ce sont des centaines d’arbres qui ont été abattus puis découpés ! De jeunes arbres pour la plupart… Officiellement, la coupe sévère visait à « restaurer le chaos rocheux cher aux peintres d’antan » ! Selon plusieurs interlocuteurs de Barbizon, il serait bien plus question de construire un énorme complexe avec restaurants, boutiques de souvenirs et galeries au pied du célèbre site !

 

La marchandisation effrénée de la nature n’est de toute évidence pas réservée à l’Amazonie ou à la Guyane : le drame se joue en permanence là où, par la grâce d’industriels et d’aménageurs insatiables, les chantiers pour d’illusoires aéroports, de couteuses et inutiles autoroutes, d’irréversibles destructions de terres nourricières…, éventrent inlassablement ce qui reste de nature et d’écosystèmes !

Jean-Louis Schmitt

 

 

 

  1. Lire « Bien garder ses moutons », « Défense des troupeaux contre le loup : le coup de gueule de Nicolas Simonet » et « Pierre Rigaux : le loup n’est pas un diable ni un ange ».
  2. « En dehors de l’homme, le loup peut être perçu comme le seul prédateur naturel du sanglier en France » peut-on lire sur le site de l’ONCFS
  3. Lire « Chasse illégale des oies, la chasse aux voix des chasseurs est ouverte » et « Ségolène Royal autorise la chasse aux oies après la date de fermeture officielle »
  4. Ibid. « Ségolène Royal autorise la chasse aux oies après la date de fermeture officielle »
  5. En date du 6 février, la LPO a obtenu une ordonnance du conseil d’Etat fermant la chasse aux oies sans délai !
  6. Reporterre (29 janvier 2017) Lire « La France ne protège pas sa nature »
  7. Reporterre du 4 février 2017 « La centrale à biomasse de Gardanne est un contre-sens écologique, selon les opposants »

Article publié dans le n° de mars 2017 de la revue "Vivre en Harmonie"

Publié dans Point de vue

Commenter cet article

ddelsass 19/03/2017 13:18

Bravo pour cet article plus que très instructif, car nombre d' éléments me manquaient.
Je connais les chasseurs, les groupements de chasseurs c' est bien vrai , qu' ils obtiennent souvent raison ou au moins en partie contre la protection de l' environnement.
Je suis interpellée par la photo des loups que tu as faites! Elle est magnifique, l' as tu prise dans la nature, dans un parc? Ai je le droit de connaître ce détail?
Cordialement