La discorde chez l’ennemi

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Empruntant ce titre à un livre de Charles de Gaulle, j’observe présentement, à travers la théâtrale chute de François Fillon, la remarquable bassesse de la classe politique. Dans le camp conservateur, au parti les Républicains, allié du parti chasse et traditions, de la FNSEA, des grands travaux inutiles, des pollueurs et exploiteurs, parti du mépris de la nature comme de la solidarité et des avancées compassionnelles, parti de la concurrence, de la compétition, des sacrifices pour les plus humbles, du saccage des services publics et des régressions sociales, nous assistons à un sournois assassinat politique.

La discorde chez l’ennemi

Ce parti offre le navrant spectacle des intrigues, des coups bas, des petites ambitions dont il n’a, bien sûr, pas le monopole. Partons, comme toujours des faits : Lors de la primaire de la droite de l’argent, l’écurie Fillon sortit triomphante. Les ralliements des lieutenants des autres compétiteurs s’effectuèrent normalement, car il faut bien préparer ses aventures ministérielles en serrant de près le futur monarque. Jacques Chirac aurait naguère qualifié François Fillon de « maurrassien pétri par les curés de la Sarthe ».

Ce personnage se propose de supprimer cinq cent mille emplois publics, d’imposer de douloureux sacrifices aux salariés, de favoriser partout et toujours les forces d’argent. Il aime les courses de voitures et la torture des taureaux et s’il ne chasse pas personnellement, il flatte, bien évidemment, le lobby des tueurs agréés. Rien pour me rendre sympathique ce politique et pourtant, je me garderai bien d’accabler cette victime de ses petits camarades.

Voici que la presse exhume une petite turpitude qui expose le grand vainqueur de la primaire de la droite à une mise en examen. L’affaire pouvait en rester là, du moins, jusqu’à la présidentielle. Après tout, la présomption d’innocence s’applique à tous, y compris à ceux dont nous ne partageons pas les valeurs. Mais le présumé président, présumé innocent, se trouve soumis à rude épreuve.

S’agit-il de misères judiciaires ?

Nullement.

Un éventuel jugement de condamnation n’interviendrait que dans de nombreux mois, voire quelques années. Non, le problème de François Fillon tient au fait qu’au sein de son propre camp, les barons du parti se rallient en secret aux encouragements du perdant de la primaire qui reprend l’espoir de devenir monarque, fonction qui lui était promise par les augures, depuis deux ans.

Pour ma part, ne jugeant que des idées, des programmes, des enjeux de fond, il m’est totalement indifférent que Fillon, le chrétien conservateur, ou Alain Juppé, ancien président des villes taurines, grand ami du CPNT, l’emportent l’un sur l’autre. En politique, je ne m’intéresse guère aux personnes, mais seulement aux idées qu’elles portent. Je ne fais ici qu’attirer l’attention de mes amis lecteurs sur le fait que l’écume d’une minable affaire masque la grande turpitude de la vie politique. Ce qui se déroule est une querelle d’ambitions personnelles et nullement une crise de vertu, une opération « mains propres » au sein de la droite de l’argent. C’est du « pousse toi de là que je m’y mette ». La malhonnêteté fondamentale, les collusions les plus graves dépassent largement les « emplois familiaux » et les faveurs lors de décorations, peccadilles très usitées par des élus s'imaginant au-dessus du lot commun. Elles tiennent aux liaisons secrètes et crapuleuses liant le monde politique et la finance, les lobbies, les milieux d’affaires, ces parasites qui détruisent la biodiversité, maltraitent les animaux, exploitent les humains.

La finance confisque les élections en choisissant ses candidats avant le peuple captif de la propagande. Pour une vraie opération « mani pulite » à la française, il faudra attendre encore un peu. Car, au printemps prochain, en toute hypothèse, les destructeurs de nature, les exploiteurs, les négationnistes de la grande mutation écologique, les tenants du libéralisme économique fossoyeur de la biosphère l'emporteront, quel que soit le nom du monarque électif.

Gérard CHAROLLOIS

Publié dans Point de vue

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Jean-Louis 06/03/2017 20:15

Bon, entre-temps Juppé a fait savoir qu'il refusait catégoriquement d'être candidat ! Avec ce qui se passe, on le comprend !
Fillon, quant à lui, droit dans ses bottes, persiste...
Tiendra, tiendra pas ? Les paris sont ouverts !