Agriculteur « pluri performant »

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Éleveur de vaches laitières à Lapoutroie, Ange Loing rêve d’une politique agricole européenne simplifiée, abandonnant les aides indexées sur la surface. Il se dit « surmené, mais heureux ».

Ange Loing est à la tête de la ferme bio des Schalandos, à Hachimette, dans la vallée de la Weiss. Photo l’alsace

Ange Loing est à la tête de la ferme bio des Schalandos, à Hachimette, dans la vallée de la Weiss. Photo l’alsace

Lauréat des Graines d’agriculteurs, Ange Loing a repris en 2014 à Hachimette, dans la vallée de la Weiss, l’exploitation laitière familiale, à l’âge de 30 ans. Il a poussé la diversification un cran plus loin, investissant dans un atelier de transformation (fromages, yaourts, glaces, crèmes desserts) confié à sa compagne, Coraline Boehly. Son père, Clément Loing, a pris l’initiative en 2012 de couvrir la toiture de l’étable de 1 000 m² de panneaux photovoltaïques, de remettre en marche entre 1996 et 2007 trois centrales hydroélectriques en contrebas de la ferme, et développé par ailleurs une activité de production de plaquettes forestières dès 1999, valorisant le bois issu de l’entretien des parcelles.

« Si je n’étais pas vice-président du syndicat national des Jeunes agriculteurs, je pense que je ne comprendrais pas grand-chose à la réforme de la PAC 2015 », admet-il. Au sein de la Politique agricole commune coexistent deux « piliers » : celui de la PAC historique – les aides directes à l’hectare non liées à la production – et un second pilier soutenant notamment la « vitalité » des zones rurales et la « compétitivité » des exploitations. Ange Loing s’est donc confronté, un an après son installation, à sa « première » déclaration PAC, se familiarisant progressivement avec le RPG (Registre parcellaire graphique) et des acronymes barbares… « L’aisance informatique est nécessaire, toutes les déclarations transitent obligatoirement par Telepac. »

Les retards constatés dans le versement des aides 2015 sont devenus l’un des leitmotivs des organisations syndicales. L’État français a consenti des avances de trésorerie remboursables évitant, dans certains cas, la banqueroute. Pour sa ferme bio, les aides publiques représentent 15 % d’un chiffre d’affaires de 150 000 € réalisés en 2015. « Sans ces aides, pas de revenus », souligne le chef d’exploitation qui emploie deux personnes, l’équivalent d’un temps plein. « Notre chance, c’est de produire un lait bio » dont le prix au litre demeure plus ou moins stable, 45 centimes, contre une trentaine de centimes pour le lait conventionnel. La transformation d’une partie de la production (moins de 200 000 litres par an) est davantage une contrainte (risques sanitaires, charge de travail en hausse, démarches commerciales) qu’une liberté supplémentaire.

« Nous exerçons un métier à plusieurs facettes : producteur, transformateur, commercial et secrétaire administratif. Il faut être pluri performant. » Ange Loing souhaite investir au moins dans un véhicule frigorifique et du matériel de fromagerie. « Impossible de nous projeter au-delà de six mois alors que nous aimerions prévoir nos investissements. »

Un système « lourd et complexe »

L’agriculteur reproche à la France de ne « pas soutenir son agriculture » et, surtout, « le manque de réactivité » d’un système jugé « lourd » et « complexe. La réforme 2015 dure cinq ans et, pendant ce laps de temps, le prix des matières premières fluctuent en fonction du marché. Impossible pour les producteurs de s’y adapter.

Le vice-président national des JA défend l’idée de « contrats cycliques », d’une « garantie de revenu », d’une « reconnaissance » de « l’activité agricole » au sein des exploitations ; il verrait d’un bon œil l’abandon des aides à la surface, au moins, « ne plus les rendre majoritaires. Elles deviendraient variables en fonction du cours des matières premières. Elles se déclencheraient quand les prix sont bas. »

Plaidant pour une « Europe forte » qui aurait fait sa révolution « sociale et fiscale », Ange Loing, européen convaincu, a bien conscience que son revenu dépend du bon vouloir de Bruxelles. « Je serais le premier à me passer de subventions, si possible. Pour cela, il faudrait que le prix des produits alimentaires double… »

DNA/Jean Daniel Kientz (22/03/2017)

Publié dans Agriculture-Elevage

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