Abattoir : le procès de la cruauté et de la pénibilité

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Trois employés de l’abattoir du Vigan (Gard) sont poursuivis pour avoir maltraité des animaux, après la diffusion d’une vidéo par l’association L214.

 L’un des trois prévenus, poursuivi pour avoir donné un coup de pied à un bovin. AFP

L’un des trois prévenus, poursuivi pour avoir donné un coup de pied à un bovin. AFP

« On vit la mort cinq jours sur sept. » Poursuivi avec deux collègues pour avoir maltraité des animaux, un employé de l’abattoir du Vigan (Gard) a décrit hier la dureté de leur travail tout en regrettant sa « brutalité » devant le tribunal correctionnel d’Alès.

Le procès, qui s’est ouvert hier, fait suite à la diffusion, en février 2016, d’une vidéo choc de l’association de défense des animaux L214, tournée en caméra cachée dans l’établissement certifié bio du Vigan. Les images montrent des animaux mal étourdis, égorgés ou recevant des coups répétés à la matraque électrique. Outre les trois employés dont l’un était absent hier au procès, la Communauté de Communes du Pays Viganais, gestionnaire de l’établissement, est également poursuivie.

Ils risquent deux ans de prison

Entré à l’abattoir à 15 ans et demi, en apprentissage pour un CAP de boucher, Marc S., le principal prévenu, a raconté à la barre : « On m’a tout de suite dit, “il te faut tuer” ». Accusé de « sévices graves et d’actes de cruauté » envers des animaux en captivité, des faits passibles de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende, il lui est notamment reproché d’avoir utilisé sans nécessité, à plusieurs reprises, une pince à électronarcose (pour l’étourdissement des bêtes) sur le museau de brebis « pour faire rire » un collègue.

Reconnaissant une « grosse connerie » et regrettant sa « brutalité », l’ex-employé, décrit comme « un fou » par certains collègues, « ne voit pas les animaux comme des égaux de l’homme », poursuit-il. À ses yeux, toutefois, les bêtes « ont de la peur, du ressenti et sentent l’odeur de la mort ».

Pour expliquer son attitude, il met notamment en cause « les cadences » imposées, « les surcharges de travail : il nous arrivait de commencer à 2, à 4h du matin, et de terminer à 17 h ».

Le jeune homme a également commenté les propos des formateurs sur la protection animale : « Ces gens-là, ils sont derrière leur bureau. Si on les mettait dans une écurie, ils ne pourraient pas appliquer eux-mêmes ce qu’ils marquent sur les papiers. »

Un métier dangereux

Autre employé jugé pour « mauvais traitements » - un coup de pied à un bovin -, Gilles E., titulaire d’un CAP de « tueur-dépeceur » depuis 1979, abonde dans son sens : « C’est un métier dangereux, vous savez, les gens qui nous forment n’ont jamais mis les pieds dans un abattoir. »

Selon les deux prévenus, les coups reçus, notamment au visage, dans le cadre du travail sont « réguliers », aussi bien de la part de bêtes qu’avec le matériel. « Cette histoire m’a détruit. J’ai perdu mon emploi, j’ai été obligé de changer de région, mes grands-parents ont reçu des lettres de menaces », a encore ajouté Marc S. en sanglotant.

L’audience a démontré « le drame que sont les abattoirs », a réagi à l’interruption de séance le fondateur de L214, Sébastien Arsac, qui milite pour la non-consommation de produits issus des animaux. La Communauté de Communes du Pays Viganais, représentée par son président, devra répondre de plusieurs infractions à la réglementation sur l’abattage des animaux.

DNA-24/03/2017

Des militants de l'association L214 avant l'ouverture du procès de trois employés d'un abattoir bio, le 23 mars 2017 à Alès / AFP

Des militants de l'association L214 avant l'ouverture du procès de trois employés d'un abattoir bio, le 23 mars 2017 à Alès / AFP

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