Réglementer les cirques pour le bien-être animal

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La venue de certains cirques déclenche régulièrement des réactions épidermiques chez les associations de défense de la cause animale. La Ville se saisit de cette problématique et entend veiller au respect des pratiques. L’adjointe Christel Kohler plaide à terme pour des numéros sans animaux. Quant aux grands cirques traditionnels, ils ne sont pas sourds au dialogue.

Rester dans des cages de trois ou quatre mètres carrés est contraire aux besoins physiologiques de ces animaux, souligne l’adjointe Christel Kohler. Photo : archives DNA

Rester dans des cages de trois ou quatre mètres carrés est contraire aux besoins physiologiques de ces animaux, souligne l’adjointe Christel Kohler. Photo : archives DNA

« Nous sommes systématiquement confrontés à des problèmes lorsque les cirques s’installent à Strasbourg », relève Christel Kohler, mentionnant les manifestations des associations qui sont contre l’utilisation des animaux dans les spectacles. L’adjointe en charge de la nature en ville ne compte plus le nombre de courriers qui lui sont adressés sur le sujet. Tout comme les retours sur le problème de l’enlèvement de « l’affichage sauvage pour leur publicité, dont le coût devrait revenir au cirque et que la collectivité doit prendre en charge », souligne-t-elle.

Pas d’interdiction pour l’instant

La nouveauté, c’est que désormais la municipalité entend se placer au centre de la scène : « Même s’il y a un public important qui se rend au cirque, la Ville ne veut pas rester sourde à la mobilisation citoyenne », résume Christel Kohler. En clair : « Nous devons nous interroger sur la présence de l’industrie circassienne à l’heure où les consciences s’éveillent à la question du bien-être animal », déclare l’élue. Dans son viseur, notamment, « le transport, le dressage et la détention des animaux sauvages pour les spectacles itinérants : ils sont dans des cages de trois ou quatre mètres carrés, ce qui est contraire à leurs besoins physiologiques. Cela génère un stress et des problèmes de santé », appuie-t-elle, causés par le « manque de stimulation », « l’impossibilité de fuir et de former un groupe social équilibré ». Autant de « facteurs de souffrance qui rendent leur existence particulièrement pénible », pointent des défenseurs de la cause animale.

D’un point de vue légal, « les animaux sont des êtres doués de sensibilité, ils ne sont plus considérés par la loi comme des biens meubles », souligne Christel Kohler. Sur le plan éthique, l’élue enfonce le clou : « La question de la soumission à l’homme, de l’anthropomorphisme lorsque les singes sont affublés d’un tutu par exemple, m’interroge aussi… Quel est le message éducatif pour les enfants lorsqu’un animal est arraché à son environnement ? »

Malgré ce réquisitoire contre l’utilisation des animaux dans les cirques, Christel Kohler indique que « la position de la Ville n’est pas d’interdire la présence des cirques avec des animaux. »

Rédaction d’une charte avec les associations et les cirques

En revanche, « il s’agit de garantir le respect des dispositions de protection des animaux. » À savoir : « Tout animal doit être placé dans les conditions compatibles avec les besoins de son espèce, tant sur le plan physiologique que comportemental. »

La proposition posée mardi sur la table des trois grands cirques qui s’installent régulièrement à Strasbourg – et qui se sont fédérés en une association – en présence des services de l’État compétents (en l’occurrence la direction départementale de la protection des populations et l’office national de la chasse et de la faune sauvage), est de rédiger une charte de l’accueil.

Ville pilote et label qualité

Cette proposition a été faite dans la foulée aux associations de défense des animaux (Animalsace, Code Animal, 269 Life France et SPA). L’idée étant le respect scrupuleux des règles de protection animale en vigueur.

Christel Kohler entend faire de Strasbourg « la grande ville » pilote sur le sujet : « La charte doit mettre en évidence l’obligation d’avoir des espaces extérieurs pour se mouvoir, de disposer des espaces permettant aux animaux de sortir, et au public de voir la ménagerie, hors spectacle, sans nuire au bien-être des animaux. »

Interrogé hier sur le sujet, Me Gaston Scheuer, avocat de l’« association de défense du cirque traditionnel avec des animaux », indique que les trois grands cirques qu’il représente (Arlette Gruss, Medrano et Bouglione) ont déjà engagé de leur côté, depuis le mois de novembre, un travail sur un « label qualité ». Il va dans le sens du respect de la réglementation et du bien-être animal.

DNA-Philippe Dossmann (02/02/2017)

 

La phrase :

Idéalement, le cirque doit évoluer vers les numéros sans animaux, comme le Cirque du Soleil

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« Idéalement, le cirque doit évoluer vers les numéros sans animaux, comme le Cirque du Soleil. C’est déjà le cas dans de petites villes comme La Ciotat, Roquebrune ou Thaon-les-Vosges, mais aussi à Madrid ou en Autriche ».

Christel Kohler, adjointe à la nature en ville

Les trois grands cirques traditionnels qui se produisent à Strasbourg sont ouverts au dialogue et à la rédaction d’une charte.

Les trois grands cirques traditionnels qui se produisent à Strasbourg sont ouverts au dialogue et à la rédaction d’une charte.

Le dispositif dans le détail

 

  • CONDITIONS DE DÉTENTION ET D’UTILISATION. - L’idée est de faire appliquer l’arrêté du 18 mars 2011 fixant les conditions de détention et d’utilisation des animaux vivants, d’espèces non domestiques dans les établissements de spectacles itinérants. Depuis le 16 février 2015, les animaux sont considérés par le Code civil comme des êtres vivants doués de sensibilité, et donc capables de ressentir la souffrance.​​​​​​​
  • UN LIEU UNIQUE À STRASBOURG. - La recherche d’un emplacement unique d’accueil des cirques de manière optimisée avec des espaces extérieurs pour les animaux est en cours. Ce pourrait être sur le parking du Zénith.
  • VISITES SYSTÉMATIQUES DE VÉTÉRINAIRES. - Une visite de vétérinaires pourra être systématisée, indique Christel Kohler. Il s’agit notamment de vérifier qu’il n’y a pas d’utilisation d’animaux en retraite, qui doivent être laissés à un emplacement fixe, c’est-à-dire ne plus être itinérants.
  • ÉTENDRE LA CHARTE AUX COMMUNES DE L’EUROMÉTROPOLE. - La Ville entend sensibiliser à cette problématique d’accueil les acteurs privés (centres commerciaux en dehors de Strasbourg), ainsi que les autres communes de l’Eurométropole pour les inviter à signer cette charte.
  • AFFICHAGE SAUVAGE. - Pour que cesse l’affichage sauvage, dont l’enlèvement est pris en charge par la collectivité, l’élue propose de verbaliser les contrevenants.
  • GROUPE DE TRAVAIL. - Autre visée : créer un groupe de travail (avec la Ville, le Zénith et les associations de défense des animaux) pour recueillir des conseils avisés sur l’accueil des animaux.

DNA-Ph.D. (02/02/2017)

Réglementer les cirques pour le bien-être animal

Futur Zoo de l’Orangerie, une large concertation

Une réflexion sur le devenir du zoo de l’Orangerie est en cours. Une réunion du groupe de travail de l’animal en ville et de la commission du zoo est prévue ce mois-ci. Photo DNA

Une réflexion sur le devenir du zoo de l’Orangerie est en cours. Une réunion du groupe de travail de l’animal en ville et de la commission du zoo est prévue ce mois-ci. Photo DNA

Une étude d’assistance à maîtrise d’ouvrage est en cours pour affiner le contenu du projet du futur zoo de l’Orangerie et élaborer ainsi différents scénarios selon les espèces, exotiques ou sauvages, qui peupleront à terme le zoo.

Une réunion du groupe de travail de l’animal en ville se tiendra fin février, ainsi que la commission du zoo : « L’idée est d’aller vers une concertation sur le thème “quel zoo et quelles espèces ?” et d’y associer un panel plus large, à savoir le grand public : car c’est le zoo de tous les Strasbourgeois », considère Christel Kohler. Le but est aussi de « trouver de nouveaux modes de financement, avec des parrainages d’animaux et par le crowdfunding pour réussir à boucler le budget. » L’ambition étant, là aussi, de devenir « une ville pilote dans le respect des animaux».

DNA- Ph.D.(02/02/2017)

Publié dans Animaux

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