Liaison A 4 – Lorentzen : Destructions illégales de milieux naturels

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Alsace Nature, la Ligue pour la protection des oiseaux et l’association Nature Alsace Bossue constatent « des destructions illégales » de la nature en marge du projet de connexion routière entre Lorentzen et l’autoroute A4, dans le nord de l’Alsace.

Ce champ retourné était encore récemment un verger pâturé délimité par une haie, s’exaspère Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature. Photo : DNA - G.E.

Ce champ retourné était encore récemment un verger pâturé délimité par une haie, s’exaspère Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature. Photo : DNA - G.E.

La construction de cette liaison de 6 km, initiée par le conseil départemental du Bas-Rhin pour soulager les traversées de villages et pour renforcer les liaisons avec le pays de Bitche, en Moselle, n’a pas encore commencé – rien n’assure d’ailleurs que cette liaison se fera – « mais on a déjà tous les dégâts connexes relatifs au démembrement », s’insurge Daniel Reininger, président d’Alsace Nature.

Depuis 2013, « six parcelles » de vergers, prairies et haies, pour « un total de 50 000 m2 », accordées à des propriétaires fonciers pour compenser la perte de terres cédées pour permettre la construction de cette liaison routière ont été « illégalement détruites », dénoncent les associations de protection de la nature.

« 50 000 m2 » de vergers, prairies et haies détruits

Malgré l’entrée en vigueur, le 4 août 2016, d’un arrêté préfectoral de protection du biotope concernant les zones à enjeux dans ce secteur, « les destructions sauvages persistent », soutiennent les associations. Elles prendraient même une « autre dimension » ce mois-ci « avec l’arrachage de haies et le retournement de prairies dans des secteurs où ces pratiques sont totalement interdites », souligne Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature.

De tels faits auraient, selon les associations, des conséquences dramatiques sur la biodiversité, le paysage et la faune. Notamment pour trois espaces parmi les plus menacés d’Alsace et de France. Sur le secteur concerné par l’arrêté préfectoral de protection du biotope, « une trentaine d’espèces protégées d’oiseaux ont été recensées dont trois font partie du plan national d’actions : la pie-grièche à tête rousse, la pie-grièche grise, dont il ne reste plus que quatre couples en Alsace Bossue, et le milan royal qui avait l’habitude de chasser ici », témoigne Cathy Zell, chargée de mission vie associative-communication à la Ligue pour la protection des oiseaux.

Par ailleurs, « sur la colline du Morsberg se trouvent 65 espèces de papillons sur les 130 possibles en Alsace dont 13 figurent sur liste rouge », fait savoir Roland Gissinger, président de l’association Nature Alsace Bossue. « Ce site est d’une richesse exceptionnelle », ajoute-t-il.

Le maire de Sarre-Union et conseiller départemental Marc Séné met en avant le travail du Département pour éviter ces destructions. « On sensibilise les maires et demande régulièrement aux agriculteurs de respecter l’arrêté préfectoral de protection du biotope », explique l’élu.

Face à ces « destructions illégales », les associations de protection de la nature demandent aux partenaires du projet (État, collectivités régionale et départementale, monde agricole) « de respecter les textes de loi et les engagements signés » afin de protéger « la rareté des paysages et la richesse de la biodiversité » d’Alsace Bossue, espère Daniel Reininger.

DNA-DNA-Guillaume Erckert (25/02/2017)

Courrier - Alsace Bossue

À propos des compensations de l’A4 - Lorentzen

Suite à l’article sur les agriculteurs en Alsace Bossue (DNA dimanche 5 mars), Gérard Lavaupot, militant pour la protection de la nature a souhaité réagir aux positions exprimées lors de l’assemblée générale de la section locale de la FDSEA.

« Tout d’abord en tant que “protecteur de la nature “depuis toujours, je suis d’accord avec M. Dietrich (président de la section locale de la FDSEA, NDLR ) sur le fait que la situation actuelle (sur les zones impactées par le projet) est plutôt positive pour la biodiversité ! Et qu’on doive la mettre au crédit de nombreuses générations de paysans qui ont su jusqu’à présent préserver des biotopes favorables à une flore et une faune sauvage exceptionnelles à l’échelle de l’Alsace toute entière !

Seulement voilà, il y a un projet de route contre lequel je me suis toujours battu (depuis 1976), et dont la surveillance incombe désormais à l’Anab qui fait un travail remarquable. Ce projet n’est pas de la responsabilité de ceux que l’on appelle écolo, ou des habitants de la vallée de l’Eichel, amateurs de beaux paysages, de nature préservée et d’agriculture respectueuse. Il faudra donc, si la route se fait, supporter une saignée monstrueuse sur les terres agricoles de ces magnifiques collines et il faut déjà, avant même que la route soit faite, s’indigner de destructions irrémédiables et bien sûr illégales liées au remembrement.

S’il y a des compensations à la hauteur de 400 ha – il ne s’agit pas une mise sous cloche d’un territoire qui serait interdit aux paysans –, c’est qu’il y a enfin reconnaissance par les pouvoirs publics d’un patrimoine exceptionnel qui se traduit par une forte mesure légale de protection. Cet APPB (arrêté préfectoral de protection de biotope) n’interdit nullement aux agriculteurs de gérer leurs parcelles “en bon père de famille “mais il est censé préserver ces sites d’interventions destructrices des espaces et des espèces comme on le voit trop souvent avec l’agriculture productiviste moderne.

MM. Lorber (secrétaire général de la FDSEA) et Dietrich ne se sont sans doute pas rendus sur place : ils auraient alors – en bons agriculteurs compétents qu’ils sont – déploré ces retournements de prairies et ces destructions de haies, pratiques agronomiquement indéfendables sur ce terroir.

Selon moi, les vrais problèmes de l’agriculture en Alsace Bossue sont à chercher ailleurs que sur les compensations de la liaison A4 - Lorentzen qui s’avèrent plutôt une chance et une vitrine pour les labels bio et sur lesquelles les agriculteurs et les écologistes auraient milles bonnes raisons de s’entendre. Je désire ardemment comme beaucoup de citoyens que se développe en Alsace Bossue une agriculture innovante, diversifiée, de qualité et ancrée dans notre territoire avec des agriculteurs fiers de leur métier et assurés d’en tirer un revenu décent sans avoir à copier la plaine d’Alsace. »

DNA-DNA-10/03/2017

Publié dans Environnement

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