La saison des anoures

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Tous les ans entre février et avril, anoures (crapauds et grenouilles) et urodèles (tritons et salamandres) quittent les forêts où ils ont passé l’hiver à l’abri du froid, terrés au fond d’un trou ou d’une mare. Des dizaines de milliers d’amphibiens rejoignent ainsi en cette saison les zones humides qui les ont vus naître pour s’y reproduire à leur tour – une migration risquée.

La saison des anoures

Au sortir de l’hiver, lorsqu’il s’agit de rejoindre leur lieu de reproduction, les amphibiens doivent très souvent traverser des routes à grande fréquentation. Et sans l’aide de bénévoles, ils y laissent régulièrement la vie.

Enfant de Lembach où elle s’est installée avec sa petite famille, Catherine Attali compte s’investir dans l’environnement, spécialité dont elle est titulaire d’un Master. Elle a déjà rejoint le conseil d’administration des producteurs de fruits Apfle, et depuis de nombreuses années elle s’investit également dans la protection de la faune et de la flore. Avec l’équipe locale déjà constituée — l’adjointe au maire Annie Deschler, Frédérique Weber, chargée de mission Environnement de la communauté de communes Sauer-Pechelbronn, Michel Muller et Gilbert Brucker de l’ONF, Claude Weber, Pascal Burcker du camping et la famille Georges et Charles Attali, entre autres — elle lance une invitation à d’autres bénévoles pour rejoindre l’équipe des ramasseurs : « Nous recherchons des volontaires pour nous aider dans ces opérations partout dans le Bas-Rhin, pour le sauvetage des amphibiens et le montage des dispositifs. À Lembach, nous comptons déjà une dizaine de ramasseurs, dont la moitié vient des communes des environs » — mais d’autres mains seraient bienvenues.

60 véhicules par heure peuvent éliminer jusqu’à 90 % des amphibiens traversant la chaussée

« Grâce à ses milieux naturels forestiers riches et nombreux, Lembach compte d’importants couloirs de migration, indique Catherine Attali. D’après les derniers comptages, la commune fait partie des plus importantes du département en termes d’individus recensés. Sous l’impulsion de Lembàcher sensibles aux écrasements répétés, les pouvoirs publics ont été alertés et des solutions ont pu être mises en place. Depuis quatre ans maintenant, trois sites routiers sont équipés de filets de protection et de seaux permettant la récupération et le comptage de ces migrateurs. Ils sont situés rue de Mattstall, au niveau de l’étang du Fleckenstein et de l’étang en aval du lieu-dit Ziegelhütte sur la route du Pfaffenbronn. »

Les crapauds et grenouilles (les anoures), les tritons et salamandres (les urodèles) sont des espèces classées sur liste rouge et strictement protégées au niveau national mais aussi international par la convention de Berne. Les facteurs de déclin des amphibiens sont divers et l’homme n’en est que trop souvent responsable : fragmentation et destruction de leurs habitats, pollution, pesticides, braconnage, mortalité sur les routes… L’utilité écologique des amphibiens, grands consommateurs d’insectes, est reconnue : ils sont des indicateurs précieux de la qualité des écosystèmes naturels et de la biodiversité en général. Les amphibiens rejoignent leur site de reproduction durant un laps de temps réduit et empruntent le même trajet — le « couloir de migration ». Parmi les obstacles qu’ils doivent franchir, la route reste pour eux le lieu le plus dangereux. « D’après une étude néerlandaise, illustre Catherine Attali, un crapaud peut mettre vingt minutes pour franchir sept mètres bitumés, et à peine soixante véhicules par heure peuvent éliminer jusqu’à 90 % des amphibiens traversant la chaussée. Il s’agit donc, pour enrayer ces hécatombes, de recenser les points noirs du réseau routier et de poser des protections temporaires le long de ces axes. »

20 000 individus collectés à Lembach en quatre ans

Depuis une vingtaine d’années, le Département du Bas-Rhin, avec l’aide de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), œuvre à la protection de ces migrations sur les routes départementales. Une cinquantaine de sites bas-rhinois sont ainsi suivis et équipés de filets permettant de canaliser les animaux avant leur traversée de la route. Sur les trois sites de Lembach, ce sont ainsi plus de 20 000 individus qui ont pu être collectés et identifiés ces quatre dernières années, plaçant la commune nord-alsacienne parmi les plus importantes du département ayant mis en place ce dispositif.

Mais est-ce efficace ? « Assurément !, répond Catherine Attali. Bien que les migrations interviennent lorsqu’il fait nuit, il arrive qu’elles coïncident avec un fort trafic routier (heure de pointe, week-end), ne laissant que peu de chance aux aventuriers. Or grâce aux dispositifs mis en place, après avoir longé les filets les amphibiens tombent dans les seaux équipés d’un bâton permettant aux rongeurs et insectes de s’en extraire. Au petit matin, les ramasseurs n’ont plus qu’à les identifier (sexe, espèce), les compter et les libérer de l’autre côté de la route pour qu’ils rejoignent leur milieu de reproduction. »

En parfaite défenseuse du patrimoine environnemental de Lembach, labellisé « Station verte », la jeune femme invite les usagers des routes concernées à respecter les limitations temporaires de vitesse mises en place et à ne pas toucher aux installations. « L’emblème du rond-point à Lembach n’est-il pas une grenouille ? Aidez-nous à les protéger ! », conclut Catherine Attali.

Les personnes souhaitant s’investir sur l’un des sites peuvent contacter Frédérique Weber à la communauté de communes Sauer-Pechelbronn ( 03 88 90 77 74, frederique.weber@sauer-pechelbronn.fr ) – un planning de ramassage est organisé.

DNA-DNA-Hub K (24/02/2017)

Ci-contre Les responsables des sites du Bas-Rhin vont à nouveau déployer et surveiller des kilomètres de filets de protection. Ci-dessus Chaque matin, les batraciens tombés dans les seaux sont identifiés et relâchés de l’autre côté de la route pour finir leur migration en toute sécurité. Photos : DNA

Ci-contre Les responsables des sites du Bas-Rhin vont à nouveau déployer et surveiller des kilomètres de filets de protection. Ci-dessus Chaque matin, les batraciens tombés dans les seaux sont identifiés et relâchés de l’autre côté de la route pour finir leur migration en toute sécurité. Photos : DNA

Publié dans Biodiversité

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