La fleur, la belle et le chevalier

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le château du Landsberg est une ruine des plus attractives. Mais au-delà des pierres, elle cache une fois par an, en hiver, un extraordinaire trésor.

Cette délicate petite fleur de 4 à 5 cm de haut dégage un parfum discret. Photo : DNA

Cette délicate petite fleur de 4 à 5 cm de haut dégage un parfum discret. Photo : DNA

Si le Landsberg qui domine la plaine d’Alsace offre une architecture séduisante, que dire de son plus bel ornement ? L’ Eranthis hyemalis.

Dans quelques jours et jusqu’à la fin du mois, toute la partie plane devant le château, la lice où se déroulaient les festivités, va se couvrir d’un tapis d’or pour offrir un spectacle enchanteur.

« Cela fait trois ans que mon fils Théo, passionné d’orchidées, a découvert l’ Eranthis par des connaissances. Depuis nous ne manquons plus ce pèlerinage magnifique », confiait hier Claude, venu spécialement de Marmoutier.

Mystère

L’origine de la présence de cette fleur au Landsberg reste inconnue. D’aucuns la rattachent à une légende médiévale de retour de Terre sainte. La fleur est absente d’Orient, mais pousse dans les montagnes du bassin méditerranéen, notamment en Italie, d’où un croisé aurait pu la ramener sur le chemin du retour.

A-t-elle été amenée là par un voyageur isolé ? Autre hypothèse : du Moyen Âge à la Renaissance, les propriétaires du château auraient pu chercher à enrichir le jardin médiéval de plantes rares, médicinales ou décoratives. Or, le rhizome broyé de l’ Eranthis passait pour guérir les affections de la muqueuse nasale des chevaux, qu’on disait mortelles pour l’homme. Des historiens penchent ainsi pour des échanges entre États ou familles nobles, au gré des itinérances. Mais pourquoi alors sa seule présence historique au Landsberg (*) ?

Cette part de mystère contribue aussi à ensorceler le promeneur et le botaniste. Mais si vous-mêmes souhaitez avoir de l’ Eranthis dans votre jardin, tout grainetier professionnel vous en proposera sous forme de bulbes sans qu’il soit besoin d’en cueillir sur place… Façon de préserver le rêve d’amour courtois qui revient fugacement tous les ans : celui de ce chevalier qui aurait fait don de la fleur à sa belle, au retour d’une trop longue absence.

(*) Même si depuis, elle a été introduite en de rares stations, comme au jardin botanique de Saverne.

M.V. (16/02/2017)

 

Heiligenstein - Botanique Le trésor secret du Landsberg

Comme pour ce photographe venu de Marmoutier, la brève floraison de la délicate Eranthis hyemalis (éranthe d’hiver) fait le bonheur des botanistes amateurs. Photo : DNA

Comme pour ce photographe venu de Marmoutier, la brève floraison de la délicate Eranthis hyemalis (éranthe d’hiver) fait le bonheur des botanistes amateurs. Photo : DNA

Depuis quelques jours, une petite fleur éphémère s’épanouit au pied de la ruine du Landsberg. Haute de 5 cm, elle ressemble à une renoncule des champs mais en plus élégant : il s’agit de l’ Eranthis hyemalis de son nom scientifique, ou Schlossbliemel pour la version en dialecte.

Jusqu’à la fin du mois, formant un magnifique tapis jaune, elle va couvrir par milliers l’ancienne lice du château fort, qui est l’une des très rares stations où l’on peut l’observer en conditions naturelles, en Alsace.

Mentionnée pour la première fois en 1831 par le botaniste Kirschleger, elle aurait, selon la légende, été ramenée au Landsberg après la croisade, par un chevalier pour sa belle. Depuis, la fleur classée protégée (à ne pas cueillir, donc !) vient chaque année rappeler cette légende entre mi-février et début mars.

La période idéale pour profiter du spectacle est entre 11 h et 13 h, avant que les hellébores ne se referment avec le passage du soleil derrière les murailles.

DNA-M.V. (16/02/2017)

Publié dans Environnement

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