La difficile lutte contre les pesticides

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Depuis le 1er janvier, la loi interdit aux collectivités locales et à l’État d’utiliser des pesticides dans leurs espaces verts. Mais l’utilisation de produits chimiques phytosanitaires augmente dans l’agriculture.

Le ministère de l’Environnement a édité un petit guide « Jardiner nature » pour les particuliers. Julio PELAEZ

Le ministère de l’Environnement a édité un petit guide « Jardiner nature » pour les particuliers. Julio PELAEZ

La fin des pesticides chimiques n’est pas pour demain, mais la France fait des efforts afin d’en réduire l’utilisation. Pour la première fois, la consommation de produits phytosanitaires par les collectivités et les particuliers a reculé de 14 % en 2015. Une première étape vers l’objectif de zéro pesticide lancé par Ségolène Royal. La ministre de l’Environnement est en première ligne dans l’offensive contre certains produits accusés d’être dangereux, comme le glyphosate, la substance active du Roundup, le désherbant vedette de Monsanto, classé comme un « cancérigène possible » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) basé à Lyon.

L’interdiction ne porte que sur 2 % des pesticides

Depuis le 1er janvier 2017, la loi de transition énergétique pour la croissance verte interdit aux collectivités locales et à l’État d’utiliser des pesticides pour entretenir leurs espaces verts et leurs parterres de fleurs. Mais cette interdiction ne porte que sur 2 % du total des pesticides consommés en France.

Les pouvoirs publics lancent donc une campagne nationale pour inciter les particuliers à se passer des pesticides avant leur interdiction totale à partir de 2019. Les Français qui jardinent sont invités à privilégier des techniques et des produits respectueux de la nature. Depuis le début de l’année, les pesticides les plus dangereux ne sont plus vendus en libre-service (lire ci-dessous). Une mesure approuvée par plus de neuf Français sur dix, selon un sondage IFOP (*).

Une hausse de 5,8 % dans l’agriculture

L’enjeu le plus important reste de convaincre les agriculteurs qui sont et de loin les plus gros utilisateurs de pesticides (90 % du total). Après avoir diminué d’un tiers sa consommation de produits phytosanitaires entre 1997 et 2009, l’agriculture française a tendance à en utiliser davantage depuis 2010. Les statistiques lissées sur trois ans pour tenir compte des variations climatiques montrent une hausse de 5,8 % de la quantité de produits déversés dans les champs entre 2011-2013 et 2012-2014. L’objectif d’une baisse de 50 % d’ici à 2025 paraît donc difficile à atteindre.

Le gouvernement a lancé un plan Ecophyto 2 de réduction de l’usage des produits phytosanitaires et un fonds de 10 millions d’euros pour financer les alternatives aux pesticides dans l’agriculture.

L’inertie de la commission européenne

Ségolène Royal critique l’inertie de la commission européenne sur les mesures à mettre en œuvre pour limiter les risques liés à la présence de perturbateurs endocriniens dans les pesticides. « La commission a beaucoup retardé son action. Elle devait modifier la législation sur les pesticides en décembre 2013 au plus tard. Mais elle n’a présenté un projet que début 2016, après avoir été condamnée par la Cour de justice européenne », déplore la ministre. Au nom du principe de précaution, la France demande l’interdiction de certaines molécules en tenant compte de signaux d’alarme précoces, sans attendre les dégâts sanitaires importants qu’ils pourraient causer. L’exposition aux seuls perturbateurs endocriniens pourrait avoir un coût financier de plus de 150 milliards d’euros par an pour le système de santé européen.

(*) Sondage IFOP réalisé pour l’Onema (Office national de l’eau et des milieux aquatiques) auprès d’un échantillon de 1 002 personnes du 3 au 7 novembre 2016.

DNA-Luc Chaillot(18/02/2017)

 

Fini le libre-service

Depuis le 1er janvier 2017, les pesticides chimiques ne sont plus en libre-service dans les jardineries et les supermarchés. Julio PELAEZ

Depuis le 1er janvier 2017, les pesticides chimiques ne sont plus en libre-service dans les jardineries et les supermarchés. Julio PELAEZ

Autre point concret de l’objectif « zéro pesticides » voulu par le ministère de l’Environnement depuis le 1er janvier, les jardineries, magasins de bricolage et de grande distribution ont pour obligation de ne plus proposer des pesticides en libre-service.

Désormais, les particuliers devront demander aux vendeurs pour accéder aux pesticides chimiques. Des conseils, notamment en matière de risques et de bonne pratique, devront être donnés aux jardiniers amateurs.

Botanic, jardinerie sans chimie depuis 2008

Cette mesure est une première étape avant l’interdiction de l’utilisation des produits phytosanitaires (pesticides, mais aussi engrais) les plus dangereux pour les particuliers, prévue au 1er janvier 2019. Ces produits ne leur seront plus proposés à la vente.

Si plusieurs chaînes de jardinerie ont dû s’adapter, l’une d’entre elle, Botanic, a déjà abandonné la vente de produits chimiques (pesticides comme engrais) depuis 2008. « C’était un choix de conviction, explique Stéphane D’Halluin, responsable du développement durable de Botanic. Et pas un choix économique : on a perdu au moins deux millions d’euros de chiffre d’affaires à l’époque ! Certains clients étaient à deux doigts de nous lyncher ! Mais nous avons tenu bon : on a formé nos collaborateurs, créé un comité pour vérifier l’efficacité des produits… »

Pionnière, la chaîne de 66 magasins porte en étendard son positionnement sur le bio et le naturel, organisant des collectes de produits chimiques (la prochaine fin mars) ou la vente d’alimentation bio. Un créneau qui parle de plus en plus.

DNA-Thibault Liessi (18/02/2017)

 

C’est très compliqué pour le consommateur de s’y retrouver

Rémy Slama Directeur de recherches à l’Inserm

Photo : LC-DNA

Photo : LC-DNA

Quels sont les risques des perturbateurs endocriniens ?

Ces substances vont perturber le fonctionnement du système hormonal et entraîner un effet sur la santé. On les trouve dans un grand nombre de produits de notre quotidien : emballages alimentaires, cosmétiques, médicaments, revêtements de sol et de mur, alimentation et pesticides. Il y a encore des perturbateurs endocriniens autorisés dans notre vie de tous les jours. L’Europe est en train de proposer une définition des perturbateurs endocriniens qui devrait permettre d’interdire les pesticides qui en contiennent.

La réponse de la France est-elle à la hauteur ?

La France se bat au niveau de la commission européenne pour que la science soit respectée. Sans Ségolène Royal et la France, il est probable que le texte européen aurait été adopté avec une prise de position beaucoup moins protectrice de la santé. Mais ce n’est pas encore gagné, car il y a encore de nouvelles discussions fin février.

Y a-t-il un risque pour les femmes enceintes ?

Il y a un grand principe de toxicologie selon lequel la dose fait le poison. Mais avec les perturbateurs endocriniens, ce n’est pas que la dose qui est importante, c’est aussi la fenêtre à laquelle on est exposé. Les hormones ont un rôle crucial pour contrôler le développement du fœtus et la mise en place de tous les organes. Si une substance perturbe la machinerie endocrinienne, il peut y avoir même à des doses faibles des effets très graves sur l’organisme en développement. C’est pourquoi il faut limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens des femmes enceintes et des enfants.

Quels conseils simples pour se protéger ?

C’est aux pouvoirs publics de prendre des actions, parce qu’il y a énormément de substances concernées. C’est très compliqué pour le consommateur de s’y retrouver, surtout qu’il n’y a pas d’étiquetage obligatoire dans les produits de consommation. Sinon, l’agriculture biologique permet de limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens présents dans les pesticides. Consommer des produits frais plutôt que des produits transformés permet aussi a priori de limiter les risques.

Recueilli par Luc Chaillot (18/02/2017)

 

Interdictions des substances chimiques : qui fait quoi ?

Interdictions des substances chimiques : qui fait quoi ?

Perturbateur endocrinien : ce terme désigne toute molécule ou agent chimique qui agit sur les hormones des êtres vivants, humains mais aussi animaux, ou les plantes. Cela entraîne des effets indésirables sur la santé (croissance, sommeil, reproduction…). Le Bisphénol A ou la molécule du Distilbène en font partie.

Nanoparticule: il s’agit d’un objet (naturel ou artificiel) dont les dimensions sont toutes inférieures à 100 nanomètres (un nanomètre vaut un milliardième de mètre). Certaines nanoparticules, diffusées notamment par l’air ou via les eaux usées, sont suspectées d’avoir des effets négatifs sur l’environnement et sur la santé (inflammations pulmonaires).

Néonicotinoïdes : ces insecticides agissent sur les insectes nuisibles. Leur toxicité est visée notamment pour la contamination dans la nature (sol, nappes phréatiques) et des espèces vivantes qui n’étaient pas ciblées (abeilles, oiseaux, chauve-souris…). La France veut interdire l’ensemble des néonicotinoïdes au 1er juillet 2020 (avec une interdiction partielle en septembre 2018).

 

Haro sur Le bisphénol A

Déjà interdit dans les biberons et les contenants alimentaires, le bisphénol A le sera bientôt aussi dans les jouets, a annoncé cette semaine Ségolène Royal. Cette substance chimique principalement utilisée pour la fabrication de plastiques et de résines fait partie des perturbateurs endocriniens sous surveillance. À ce stade des recherches, aucun effet cancérogène n’a été démontré par les scientifiques, mais des études préconisent d’éviter d’y exposer les nourrissons, les jeunes enfants et les femmes enceintes. La ministre de l’Environnement va aussi prendre un autre arrêté pour imposer l’étiquetage des produits de consommation contenant des nanoparticules dont les effets sur la santé sont très mal connus. L’arrêté de 2006 sur les épandages agricoles de produits phytosanitaires, annulé par le Conseil d’État en raison d’un vice de forme, devrait bientôt être réactivé.

 

63200 : C’est en tonnes la quantité moyenne de produits phytosanitaires consommés en France chaque année. L’agriculture est de loin le premier utilisateur de pesticides en France avec 90 % du total, devant les particuliers (8 %) et les collectivités (2 %).

 

Publié dans Environnement, Pesticides

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Jpl 24/02/2017 07:34

Merci de vos réponses!
Je me doute bien et fort heureusement que beaucoup ont le même ressenti négatif concernant tous ces menteurs et menteuses qui prétendent œuvrer pour le pays, mais ça fait bien plaisir de vous lire!

Martina 23/02/2017 20:30

JPL et Jean-Louis, je suis entièrement d'accord avec vous et n'ai aucune confiance en nos chers politiques et la pire des pires, j'espère qu'elle disparaîtra bientôt des écrans après tout le mal qu'elle a fait...

Jpl 23/02/2017 08:55

Désolé mais pour ce qui me concerne et au vu de nombreuses actions délétères pour le monde animal menées par cette ministre je ne peux croire un seul instant qu'elle défende l'écologie, c'est du Pipo, de la poudre aux yeux et des mesurettes annulées aussi vite qu'annoncées.

Jean-Louis 23/02/2017 09:58

Ne sois pas "désolé" JPL : nous sommes nombreux à penser comme toi et n'accorder qu'une confiance (très) relative -voire aucune en ce qui me concerne- à cet "appareil" d'Etat qui s'évertue à détricoter dès le lendemain ce qu'il a fait la veille...
"Chat échaudé..." n'est-ce pas ?
Cela dit ; je suis content de voir que tu es toujours là, fidèle au blog ! A bientôt.