La biodiversité via le verger

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Alsace nature Mossig avait invité Dominique Bersuder de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), l’autre soir à l’espace Saint-Laurent. Ce dernier a présenté à un public venu nombreux les bienfaits de la préservation des vergers à hautes tiges.

La chevêche d’Athéna ou déesse aux yeux d’or est le symbole de la sagesse. Elle trouve refuge dans les vergers traditionnels à hautes tiges. Document remis

La chevêche d’Athéna ou déesse aux yeux d’or est le symbole de la sagesse. Elle trouve refuge dans les vergers traditionnels à hautes tiges. Document remis

« Quand on parle de vergers à hautes tiges, il s’agit de nos vergers traditionnels ou arbres de plein-vent, dont les troncs atteignent de 1,80 m à 2,20 m de hauteur. Ils sont exploités de manière extensive, sans traitement phytosanitaire. Ces plantations constituent dans notre environnement un patrimoine culturel, génétique, paysager et écologique et sont vecteurs de biodiversité. Plus de 2 400 espèces animales et végétales y sont recensées. » Le décor est planté. Pour l’animer, Dominique Bersuder, coordinateur du groupe sectoriel « s’Heckelànd-Marmoutier » de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), mise sur l’image. Des photos d’oiseaux prises in situ par le photographe. Avec en prime les commentaires du naturaliste qu’il est également. « En Alsace, nous recensons environ 175 espèces nicheuses, dont 45 dans les vergers. On les trouve autant dans les troncs creux que dans les houppiers des arbres », précise le conférencier en invitant l’assemblée à reconnaître quelques espèces courantes comme la mésange bleue ou charbonnière, la fauvette grisette, le gobe-mouches gris, le tarier pâtre, le chardonneret élégant, la linotte mélodieuse ou encore le pinson du nord.

La huppe fasciée est une grande consommatrice de larves

« Un couple de mésanges consomme près de 3 000 chenilles pour nourrir ses nichées », rapporte l’ornithologue pour justifier de l’utilité de ces insectivores.

Ce qui inquiète cependant notre homme, ce sont les espèces en régression : le rouge-queue, le moineau-friquet ou le bruant jaune. Mais encore : « La pie-grièche à tête rousse, qu’on ne trouve que dans les vergers à hautes tiges, est au bord de l’extinction en Alsace, alors que dans les années 1990 on recensait 40 couples dans le pays de Hanau. La huppe fasciée, grande consommatrice de larves, connaît le même sort. Autrefois courante, elle a quasiment disparu en Alsace. Heureusement elle survit encore dans le Kaiserstuhl où on peut la détecter grâce à son chant inédit : houp, houp, houp ! », continue Dominique Bersuder en citant également les autres acteurs de la biodiversité qui cohabitent avec les oiseaux : les chiroptères (chauves-souris), les micromammifères (campagnols, mulots, musaraignes, souris), les reptiles et aussi les insectes, pollinisateurs des arbres fruitiers.

Des menaces liées à l’urbanisation de la ceinture péri-village

« Les menaces qui pèsent sur nos vergers sont liées à l’urbanisation de la ceinture péri-village, aux remembrements, à la conversion des prés en cultures et au désintérêt des jeunes générations pour le verger familial traditionnel », s’alarme le défenseur de la diversité biologique.

Pour pallier le plus urgent, Dominique Bersuder consacre une grande partie de son temps à étudier la chouette chevêche dans l’arrière-Kochersberg. « C’est une bio-indicatrice. Elle était sur liste rouge en Alsace, mais depuis dix ans, l’espèce progresse à nouveau. Grâce à la plantation d’arbres fruitiers, de haies vives et de plançons de saules. Dans notre secteur, avec l’appui de treize bénévoles, nous avons mis en place, depuis 2012, environ 70 nichoirs. Ce procédé permet en premier lieu de compenser l’absence de cavités. Il rehausse le taux de réussite des couvées en limitant la prédation par la fouine et permet également de renforcer les noyaux de colonies pour plus d’échanges génétiques entre les individus », termine le conférencier en invitant le public à découvrir un modèle de cet habitat sur mesure exposée dans la salle.

DNA-CF (07/02/2017)

Publié dans Biodiversité

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