L'œuf qui ne tue pas la poule

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Quel que soit le mode d'élevage (même bio), l'industrie mondiale de l'agroalimentaire laisse vivre les poules pondeuses au maximum 18 mois ; après quoi, elles deviennent moins productives et elles sont mises à la réforme c'est à dire à l'abattoir...

L'œuf qui ne tue pas la poule

A l’heure où l’élevage des poules en batterie est sérieusement remis en question ; y compris par la grande distribution (Carrefour, Super U, et Intermarché viennent de s’engager à ne plus commercialiser d’œufs de poules élevées en cage aux horizons 2020/2025), pour la première fois en France une initiative visant à élever des poules pondeuses « sans souffrance » voit le jour. Qu’en est-il exactement ? Que peut-on en attendre ?

 

La production d’œufs aujourd’hui

 

 

    Il existe à l’heure actuelle 3 modes d’élevage des poules pondeuses :

    • en cage (code 3 sur les oeufs, 68% de la production)
    • au sol (code 2 sur les oeufs, 6% de la production)
    • avec un accès au plein air (codes 1 ou 0 (bio) sur les oeufs, 26% de la production)

     

    Si l’élevage en cage est de loin le pire mode d’élevage (cf. tableau), dans les 3 cas :

    • les poules sont dans une situation de surpopulation, ce qui induit un phénomène de piquage (sous l’effet de l’inactivité et du stress, elles attaquent leurs congénères et les déplument) ;
    • leur bec est coupé à la naissance afin de limiter ce phénomène de piquage, opération particulièrement douloureuse pour elles, le bec étant un organe très innervé ;
    • les poussins mâles sont broyés ou gazés à la naissance car ils sont improductifs dans ce mode d’élevage ;
    • les poules sont envoyées à l’abattoir au bout d’un an de ponte (18 mois au maximum), alors que leur espérance de vie dépasse 10 ans !
    L'œuf qui ne tue pas la poule

    Ce que propose Poulehouse

     

    Pour la première fois, une entreprise se préoccupe réellement du sort des poules et invente un système « qui ne tue pas de poule » selon son slogan.

    Voilà ce qu’il en est :

    • les poules ne sont pas envoyées à l’abattoir par les éleveurs dès lors qu’elles ne pondent plus, mais dans un « centre de retraite » mis en place par Poulehouse, où elles restent jusqu’à la fin de leur vie ;
    • une technique innovante de sexage est utilisée (« in OVO »/dans l’œuf) qui a pour avantage de ne plus broyer les poussins mâles à la naissance ;
    • l’entreprise travaille avec des éthologues afin de veiller à ce que les poules bénéficient d’un environnement adapté, au sein de groupes restreints permettant des échanges sociaux.

     

    Les œufs Poulehouse sont vendus exclusivement par des abonnements en ligne de type « box », pour 1 mois, 2 mois ou 6 mois, à raison d’1 boîte de 12 œufs toutes les 2 semaines.

     

    Mes interrogations

     

    Un tel système est-il économiquement viable ?

    Si le refuge Poulehouse nécessite un travail conséquent de la part de bénévoles (et je ne vois pas comment il peut en être autrement, sinon le prix des œufs serait en toute logique au moins 10 fois plus élevé), ce n’est pas ce que j’appelle un système économiquement viable.

     

    Un tel système est-il extensible à l’ensemble de la production d’œufs ?

    La réponse est dans la question : la France comptant à l’heure actuelle 47 millions de poules pondeuses, si nous les gardions toutes pendant 10 ans, cela recouvrirait… environ la surface de la France entière à raison de 1 poule par m² ! (j’ai fait le calcul)

    Bref, bien que je salue l’initiative, la meilleure façon de développer de vraies relations avec les poules reste de réduire massivement notre consommation d’œufs, et les recettes que vous trouverez sur Sacrés Veggies seront toujours 100% végétales.

     

    Recueillir des poules chez soi ?

    Vous souhaitez accueillir ou recueillir des poules chez vous ?

    Sachez que le mode de vie qui leur est le plus adapté est la liberté totale en journée (ou un enclos de grande taille), et le poulailler la nuit (porte bien fermée pour les protéger des prédateurs !).

    Méfiez-vous des poulaillers vendus dans le commerce : ils sont généralement hors de prix et trop petits ! Une cabane de jardin aménagée (étagères + paille) fera beaucoup mieux l’affaire.

    Enfin, si vous recueillez des poules issues d’élevages industriels (même bios), attendez-vous à ce qu’elles nécessitent une période d’adaptation plus ou moins longue : acclimatation, remplumage, musculation, apprentissage de la marche… Tout cela prendra du temps, mais le résultat en vaut clairement la peine !

     

    https://poulehouse.fr/

    Vidéo : PouleHouse : la maison de retraite pour les poules (2:29)

    Publié dans Agriculture-Elevage

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