L'élevage sans souffrance est-il possible ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Ce sont des images insoutenables, montrant des animaux qui souffrent dans des élevages ou des abattoirs, qui ont mis enfin sur le devant de la scène une question de de société majeure : la protection des animaux d’élevage. Comment assurer leur bien-être, de leur naissance jusqu’à leur mort ? Quelles seraient des conditions d’élevage acceptables ?

L'élevage sans souffrance est-il possible ?

Les animaux, des êtres sensibles et intelligents

 

Le « bien-être » d’un animal désigne ce qu’il ressent : non seulement l’absence de souffrance physique et psychique mais aussi un état mental positif. L’animal est en bonne santé, sans blessures, et son comportement naturel correspond à des émotions positives. Les connaissances scientifiques montrent de mieux en mieux, non seulement la sensibilité des animaux mais aussi leurs compétences souvent surprenantes. Les cochons sont capables d’apprendre des tâches à réaliser sur un écran d’ordinateur. Les poules observent les interactions entre d’autres poules et en tiennent compte dans leur propre comportement social. De nombreuses différences supposées exister entre hommes et animaux sont caduques. Les émotions des animaux fonctionnent comme les nôtres. Ils sont amis, font preuve d’empathie et d’un sens de l’équité quasi-moral. Ils savent rire, se consoler, se réconcilier, tricher et mentir, construire des alliances politiques pour monter dans la hiérarchie du groupe.

 

Les bêtes, l’élevage et l’éleveur

 

Un élevage respectueux des animaux répond à leurs besoins, à la fois d’ordre physiologique, comportemental et affectif. L’alimentation assure la pleine santé, l’eau est accessible, la zone de repos confortable, l’ambiance saine. Les animaux sont protégés des impacts climatiques extrêmes. L’accès au plein air est important, parce qu’il répond particulièrement bien à divers besoins des animaux. Ils bougent, interagissent entre eux. Le climat extérieur les stimule. L’environnement est suffisamment spacieux, structuré et équipé pour que l’animal exprime son comportement naturel : courir, sauter, battre des ailes, chercher de la nourriture en grattant, picorant, fouillant, pâturant. L’intelligence de l’animal est occupée. Frustrations et stress chroniques, peurs et douleurs sont évités. Les animaux de faible rang hiérarchique peuvent accéder aux ressources et ne pas souffrir de leurs congénères. La présence de congénères crée des liens sociaux, dans un groupe approprié. Or les liens familiaux des animaux sont rarement respectés en élevage.

Un éleveur attentif, compétent et consciencieux, est également essentiel pour le bien-être des animaux. Mais les contraintes économiques s’opposent souvent aux sentiments. Le métier est de plus en plus exigeant, souvent très mal rémunéré, avec une incertitude dramatique quant à l’avenir. Pour assurer le bien-être de l’éleveur, une rémunération décente du travail est fondamentale.

 

Les dérives du système agricole industriel

 

Depuis la préhistoire, l’élevage nourrit les hommes. Dans certaines régions du monde, vaches, moutons et chèvres, poules et cochons sont essentiels pour la survie des familles tout au long de l’année. Dans le passé, le bien-être des animaux était très variable et loin d’être assuré. Aujourd’hui, l’industrialisation des productions animales réduit les animaux à des tonnages plus ou moins compétitifs sur les marchés européens et mondiaux.

 

La concentration des animaux dans des bâtiments de plus en plus grands et la concentration des élevages dans une même région permettent des économies d’échelle. Cela va de pair avec la concentration des industries amont et aval. Alors l’impact sur l’environnement devient insoutenable, et les risques sanitaires de plus en plus aigus.

 

Les conditions d’enfermement sont incompatibles avec le bien-être des animaux : 22 poulets par m², 15 canards au m² ; et en ce qui concerne les porcs et les bovins, on n’atteint même pas 1 m² de surface au sol pour 100 kg de poids vif. L’inconfort physique et thermique est manifeste sur les sols sans litière (caillebotis). Le pire sont les cages : poules, lapins, cailles, truies en début de gestation et allaitantes, canards au gavage… Tout est bon pour réduire les coûts et augmenter la productivité par heure de travail, par mètre carré de bâtiment, par kilogramme d’aliment.

 

Produire moins et mieux

 

France Nature Environnement se positionne pour un élevage agro-écologique lié au sol, assurant le respect des animaux, valorisant les prairies et les ressources locales, maintenant des emplois et garantissant une juste rémunération aux agriculteurs. Bien-être animal et protection de l’environnement sont intimement liés, comme l’illustre le cas des algues vertes : la concentration des animaux engendre des pollutions massives.

 

 

> Notre dossier sur l'agroécologie

 

 

Il est possible d’améliorer le bien-être animal sans augmenter les coûts de production. Pour les bovins, l’élevage sur pâturage est économiquement performant. Des animaux « bien dans leur peau » et en bonne santé produisent mieux que des animaux stressés et malades. Améliorer la qualité de l’air dans un bâtiment industriel permet de diminuer l’usage des antibiotiques.

 

Laisser les animaux vivre leur vie

 

Mais cela reste insuffisant. Il faut réduire les densités et le nombre des animaux. Il faut les laisser sortir, bouger, courir, les occuper, respecter leurs liens sociaux. On ne doit pas les pousser à une hyper-productivité néfaste. Il n’y a pas lieu d’exclure certaines catégories d’animaux de l’ambition « bien-être » : truies, veaux laitiers mâles, broutards, chevreaux. La responsabilité doit être assumée jusqu’à la mort des animaux, avec un transport court et un abattage décent. L’abattage mobile à la ferme est une solution d’avenir qu’il faut soutenir. De telles pratiques respectueuses ont un prix. Il faut une juste rémunération pour les éleveurs.

 

Les Français sont prêts

 

Changer ses habitudes d'achat contribue à l’amélioration du bien-être des animaux. Bio, plein air, Label rouge « fermier » et « plein air » ou « en liberté » : plusieurs certifications leur garantissent de meilleurs conditions de vie et rassurent les consommateurs. Parmi les amateurs de bio, 70 % d'entre eux évoquent d'ailleurs le bien-être animal comme l’un de leurs critères d’achat. C'est une tendance forte : la consommation de produits issus de l’agriculture biologique a progressé de 20 % en 2016. Les citoyens s’indignent de plus en plus de l’opacité des filières. Ils réclament des informations sur les produits qu’ils achètent, une transparence que facilitent les circuits courts et la vente directe du producteur au consommateur. Des grands chefs mettent désormais plus en avant les légumes, en réduisant les portions de viandes tout en assurant une qualité supérieure de leurs produits, avec par exemple le label « Bon pour le Climat ».

 

Pour une assiette éthique, saine et abordable

 

La responsabilité ne repose évidemment pas uniquement sur les consommateurs et les éleveurs. Elle relève aussi des acteurs économiques et des pouvoirs publics. C’est à eux de soutenir les pratiques respectueuses et économiquement viables. Les directives européennes établissent des normes minimales relatives à la protection des animaux d’élevage. Elles n’apportent que des progrès limité et sont mal appliquées, entre autres en France. Vu les lenteurs et les échecs de l’approche réglementaire et vu les résistances, l’Europe soutient la recherche et des démarches « pédagogiques ».

 

La Politique Agricole Commune (PAC) offre des outils pour subventionner un bien-être animal supérieur aux normes minimales. Puisque ce sont les Régions qui gèrent la PAC, elles détiennent une grande responsabilité. En parallèle, l’Etat français a lancé en 2016, une

 

Stratégie nationale pour le bien-être des animaux. Son impact sur l’élevage reste inconnu.

 

Jusqu’à maintenant, l’Etat a singulièrement manqué d’anticipation et de vision politique en finançant le pire sans inciter au meilleur. C’est vrai aussi pour les aides accordées lors des crises répétées, liées à la surproduction ou à des problèmes sanitaires.

France Nature Environnement réclame un cadre réglementaire et économique plus pertinent et plus juste, avec :

  • une information transparente et rigoureuse sur les conditions d’élevage
  • des aides conditionnées au bien-être animal,
  • des aides suffisantes à la conversion et au maintien de l’agriculture biologique

Le travail des associations de France Nature Environnement

Au quotidien, nos associations sont confrontées aux impacts des élevages industriels sur le terrain. Elles interviennent localement au moment des enquêtes publiques et introduisent parfois des recours. Au niveau régional, elles siègent dans des commissions traitant des questions agricoles, soutiennent l’agriculture biologique et se font les défenseurs du maintien des prairies et d’une agro-écologie fondée sur l’autonomie et la réduction des pesticides. Aussi elles appuient le rôle d’un élevage de ruminants plus extensif dans la gestion de la biodiversité. Alsace Nature est notamment en pointe sur cette question. Un collectif informel entre associations locales et fédérations membres de France Nature Environnement s’est constitué en 2013 pour échanger et coordonner des actions, c’est le Collectif Plein Air .

 

WELFARM – Protection mondiale des animaux de ferme est une association membre de FNE. Elle développe des campagnes nationales afin d’améliorer les conditions des animaux d’élevage à toutes les étapes de leur vie (élevage, transport, abattage). WELFARM intervient auprès des acteurs économiques et des professionnels du monde de l’élevage afin de faire évoluer les pratiques vers une meilleure prise en compte du bien-être animal. L’association sensibilise le consommateur sur les différents modes d’élevage à travers des campagnes grand public. Par exemple, dans le cadre de sa campagne #couic2018, WELFARM souhaite mettre un terme à la castration à vif des porcelets en élevage.

 

France Nature Environnement

L'élevage sans souffrance est-il possible ?
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Publié dans Agriculture-Elevage

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Denis 01/03/2017 20:29

Partie 1:
En mangeant de la viande j'ai souvent éprouvé de la culpabilité, parfois de la gourmandise, mais jamais de sentiment de supériorité (morale ou physique) par rapport à l'animal mangé.
Si supériorité il pourrait y avoir dans certains esprits, elle résiderait probablement dans le fait que, dans la plupart des cas, l'humain a la possibilité matérielle et légale de tuer l'animal et rarement l'inverse.
Pour la plupart d'entre nous, la distance est aujourd'hui trop grande entre le cri de l'animal qui ne veut pas mourir, du sang qui coule, des spasmes de l'agonie et l'assiette joliment dressée pour être dissuasive.
Le problème actuel de la consommation de la viande réside peut-être moins dans l'opposition végétarien / carnivore que dans la quantité de viande mondialement réclamée pour remplir les assiettes et la manière barbare employée pour la produire…
Quand j'étais jeune, la viande ne figurait pas au menu plusieurs fois par semaine et certainement pas en portions aussi généreuses qu'aujourd'hui.
En 1960, nous étions 3 milliards d'habitants sur terre et consommions 60 millions de tonnes de viande.
En 2017 nous sommes plus de 7 milliards et consommons plus de 300 millions de tonnes de viande.
Un rapide calcul nous montre immédiatement une partie du problème:
- population multipliée par 2
- consommation de viande multipliée par 5
Pour faire "simple" nos nouvelles habitudes alimentaires sont responsables du presque triplement de notre consommation de viande.
Donc deux "solutions":
- arrêtons de nous reproduire comme si de rien n'était
- allons-y mollo sur la gamelle !

Partie 2:
L'hypocrisie des hommes n'a décidément pas de limites qui si elle "s’accommode" des meurtres, tortures, viols, esclavage, emprisonnements arbitraires, crimes de sang, s'offusque devant des actes de cannibalisme.
J'ai toujours présent à l'esprit en images noir et blanc des survivants d'un crash d'avion dans les Andes.
Les quelque rares rescapés se sont longuement entendus doctement reprocher d'avoir consommé les muscles prélevés sur leurs compagnons d'infortune. Cannibalisme de dernier recours, longuement débattu, pratiqué avec humilité et déférence, sans violence, sans vice, sans brutalité, mais surtout pas choisi…

Agnès Robert 01/03/2017 20:16

Passons au maraîchage naturel ou au minimum bio... Gardons avec les animaux autres qu'humains des rapport de respect et d'amitié et non plus d'exploitation et d'assassinat...
Au jardinage, les éleveurs, au jardinage sans pesticide, allez !

Pascale 01/03/2017 12:13

Avez vous regardé l'émission hier soir sur France 5?

Jean-Louis 01/03/2017 19:13

Hé non : je n'ai pas de télé... J'essaierai de voir une redif par le net !