Grand-duc : une espèce sous protection rapprochée

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les grands ducs sont de plus en plus nombreux à s’installer en Lorraine. Non loin de Metz, vivent pas moins d’une cinquantaine de couples recensés. Mais d’autres se cachent sans doute encore…

Jeune grand-duc en position d’attaque… L’oiseau, sédentaire, n’hésite pas à défendre son territoire. Photo DR/Édouard LOHMER

Jeune grand-duc en position d’attaque… L’oiseau, sédentaire, n’hésite pas à défendre son territoire. Photo DR/Édouard LOHMER

L’association a commencé à s’intéresser de près au grand-duc en 2013…

Édouard LHOMER, chargé d’études (*) : « Oui, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions que des connaissances assez parcellaires sur cette espèce en Lorraine. Nous avons donc décidé de mener une étude globale. »

C’est une espèce très présente dans la région ?

« Dans les années 2000, il y avait moins d’une dizaine de couples. Aujourd’hui, nous estimons qu’ils sont environ une cinquantaine. Depuis les années 80, de nombreux grands ducs élevés en captivité en Allemagne, en Belgique et en Alsace ont été relâchés, et, petit à petit, ils ont reconquis leurs territoires. »

Ils vivent essentiellement dans les falaises…

« C’est une espèce liée au milieu rocheux, surtout en France, car ils pouvaient se mettre à l’abri des hommes qui, jusqu’en 1976, année de promulgation de la Loi de protection des rapaces, les exterminaient.

Aujourd’hui, on en trouve dans des carrières, en activité ou non, car les pentes verticales de dix à quinze mètres des fronts de taille leur offrent de bons refuges. »

C’est une espèce difficile à observer ?

« Très difficile. C’est un oiseau extrêmement discret. C’est pour cela que nous faisons des prospections pendant la période de reproduction, en février-mars. »

Quelle est votre technique ?

« Pour réaliser un comptage le plus précis possible, nous menons un protocole scientifique identique chaque année. Lors de deux sorties sur le terrain, au crépuscule, nous essayons de capter les chants nuptiaux, qui servent aussi à marquer leur territoire. Ils nous permettent de faire un comptage des individus. Nous utilisons la technique de la repasse : nous diffusons un chant à partir d’une enceinte pour susciter le comportement territorial du grand-duc, pour avoir davantage de chances de le contacter.

Ensuite, au moment de la couvaison, nous allons voir ou la femelle niche, en prenant toutes les précautions pour ne pas la déranger : nous utilisons des jumelles et des télescopes.

Nous avons aussi des scanners qui nous permettent de recenser tous les endroits qui nous semblent favorables à la nidification. »

Même s’ils ne construisent pas de nid à proprement parler…

« Effectivement, les oiseaux grattent le substrat de la roche, la poussière, et font un trou dans lequel la femelle pondra ses œufs. Deux en moyenne. »

Le tout en plein hiver…

« Le grand-duc a un plumage adapté au froid. Il craint seulement les périodes de froid prolongé, un peu comme en ce moment, car elles peuvent être fatales pour les œufs. »

Puis les petits restés au chaud naissent…

« Les premiers arrivent dès fin février-début mars. C’est une espèce précoce, car la période d’élevage des jeunes de ces gros oiseaux est très longue. Au bout de quatre semaines, ils savent voler, puis ils apprennent à chasser et à décortiquer leurs proies. L’été, leur mère reste encore non loin d’eux pour vérifier que tout va bien. Et, en septembre, ils sont autonomes. »

Ils pourront se reproduire dès l’hiver suivant ?

« Les plus précoces, oui, mais, en général, ils attendent l’année d’après. Le temps de trouver un territoire. »

Quels sont les principaux dangers qui menacent le grand-duc ?

« Cette espèce n’a pas de prédateur. Seuls les petits de moins de cinq semaines peuvent être pris pour cible. En revanche, les lignes électriques que l’oiseau risque de percuter ou sur lesquelles il peut s’électrocuter représentent un vrai danger. Tout comme les fils de fer barbelés qui peuvent se retrouver sur son chemin quand il chasse au ras du sol. Il lui arrive aussi d’être percuté par une voiture quand il cherche des cadavres d’animaux au bord des routes. »

Quelles sont les actions de protection que mène l’association ?

« Nous mettons en place des mesures de protection, notamment dans les carrières qui sont encore en activité. Nous alertons les exploitants, afin qu’ils reportent leurs travaux au niveau des fronts de taille habités, pour ne pas empêcher la reproduction. La plupart sont surpris et contents de savoir qu’un tel oiseau niche dans leur carrière, et ils sont très à l’écoute de nos recommandations. »

Une fois les petits devenus grands, où nichent les couples ?

« C’est une espèce sédentaire, mais elle peut changer de place pour se reposer. Il est alors très difficile de les observer. Mais nous pouvons chercher des indices de présence, comme des ossements, des crânes d’animaux ou des peaux de hérisson retournées sur des rochers. Des pelotes de réjection de la taille d’une main nous permettent également d’identifier leur passage dans tel ou tel lieu. Et ce, encore, sans les déranger. »

Et vous en trouvez de plus en plus ?

« Oui, la colonisation est difficile à chiffrer, mais nous notons une augmentation. Une meilleure connaissance de l’espèce et la découverte de nouveaux sites nous permettront sans doute d’en trouver plus encore. Aujourd’hui, tout le côté Est de la France a ses grands ducs, et ils arrivent vers la Picardie et l’Île-de-France. Grâce à toutes les actions de protection mises en place un peu partout dans le pays, dans quelques années, on trouvera des grands ducs partout en France. »

 

Le Républicain Lorrain/Sandra CRANÉ (30 janvier 2017)

 

(*) Edouard LHOMER, Chargé d’études à LOANA, LOrraine Association NAture

Publié dans Biodiversité

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Martina 07/02/2017 14:35

Je pensais la même chose que toi Jean-Louis et de la Ségolène, il vaut mieux s'en méfier...

Jean-Louis 07/02/2017 13:48

CHUT ! Faut pas trop le dire que l'espèce ne se porte pas (trop) mal : sinon les chasseurs vont organiser une contre-attaque !