Oiseaux rares

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Beaucoup d’observateurs des jardins auront fait le triste constat ces derniers temps : les oiseaux se font rares cet hiver autour des mangeoires. La faute aux conditions météorologiques extrêmes qui ont eu cours en 2016 sur le secteur de Saverne.

Un spécimen de plongeon arctique, espèce originaire de Scandinavie, a été confié aux soigneurs. Documents remis

Un spécimen de plongeon arctique, espèce originaire de Scandinavie, a été confié aux soigneurs. Documents remis

Il n’y a pas que les passereaux, d’ordinaire si actifs en cette période de l’année dès qu’ils trouvent où se sustenter, qui se sont absentés cet hiver. Il semble en effet que l’espèce soit particulièrement touchée, notamment par le virus Usutu ( lire ci-dessous), au grand désespoir des amis des oiseaux : « Certaines personnes inquiètes nous appellent, elles sont tellement déçues de ne pas les voir cette année qu’elles pleurent au téléphone », rapporte Coralie Le Falher, soigneur animalier.

Bien que dans une moindre mesure, un grand nombre d’espèces d’oiseaux se trouvent aussi en difficulté. Par voie de conséquence, la fréquentation du GORNA (Groupement Ornithologique du Refuge Nord Alsace) explose depuis quelques semaines.

« Dès mi-novembre, les oiseaux qui nous étaient apportés étaient déjà extrêmement maigres »

Le refuge, qui d’ordinaire fonctionne au ralenti en cette période de l’année, ne désemplit pas. « C’est une grande particularité cette année, explique le directeur Guy Marchive. Dès mi-novembre, les oiseaux qui nous étaient apportés étaient déjà extrêmement maigres. » Une situation que l’on observe d’habitude plutôt à la mi-février, en fin de période très froide. Cette année, elle prévalait alors que l’hiver n’avait même pas commencé.

Raison principale : « L’année 2016 a été très mauvaise au niveau des conditions météorologiques pour tous les animaux, en particulier les oiseaux ». Un printemps froid et pluvieux a eu pour effet de limiter la reproduction, celle des passereaux par exemple mais aussi des rapaces. Ces derniers, pour reprendre toute la vigueur nécessaire à la procréation, se nourrissent abondamment de campagnols qui, cette fois, surpris par la violence des orages, sont souvent « morts noyés dans leur terrier ». Un été très sec a suivi. Ce qui fait qu’« au début de l’hiver, les oiseaux étaient déjà maigres ».

Aucun volatile n’est épargné, même les plus grands. Un nombre important de cygnes a ainsi été apporté de Strasbourg. Des buses variables atterrissent ici en provenance des campagnes. Il y a aussi beaucoup de hérons qui « sont au bout du rouleau », précise Coralie Le Falher.

Oiseau rare au Gorna : un cygne chanteur, dont quelques individus fréquentent les abords du Rhin. Document remis

Oiseau rare au Gorna : un cygne chanteur, dont quelques individus fréquentent les abords du Rhin. Document remis

Des chouettes hulottes en quête de nourriture sont frappées par des véhicules, la nuit, alors que, gênées par la neige, elles s’approchent des routes dégagées. Alors elles ont « tellement faim qu’obnubilées par leur proie, elles ne regardent plus du tout ce qui se passe autour ».

Quant aux emblématiques cigognes, 52 ont été accueillies au Gorna en 2016 : « On n’a jamais vu ça », commente Guy Marchive. Leur population est certes en augmentation, mais elles ont connu aussi des « difficultés pour nourrir les jeunes ». Plus étonnant, deux espèces que l’on n’a pas souvent l’occasion de croiser en Alsace ont dû faire une halte au refuge récemment : un plongeon arctique, qui vit en Scandinavie mais dont quelques individus migrent le long du Rhin, ainsi qu’un cygne chanteur.

Tous ces pensionnaires requièrent une présence attentive et des soins réguliers. « Il faut dégeler les bassins, changer l’eau régulièrement, nourrir les oiseaux par gavage. »

Avec le redoux qui vient, l’activité devrait se stabiliser suivant la capacité des volatiles à se remplumer. Selon Guy Marchive, si tout va bien, « il leur faudra au moins quinze jours pour se rattraper tellement ils sont affaiblis. En espérant qu’il n’y ait pas une deuxième vague de froid. » Pour les oiseaux comme pour tout le monde, d’ailleurs.

DNA-Emmanuel Viau (31/01/2017)

 

 

84

C’est le nombre d’oiseaux en difficulté recueillis au GORNA en décembre et janvier, un chiffre datant de ce vendredi qui a sans doute été encore largement dépassé ce week-end. L’an dernier, le GORNA en avait accueilli 58. Seize mammifères ont également été recueillis, contre sept l’an dernier.

« Usutu », le tueur de merles…

Transmis par un moustique, un virus exotique sème la désolation dans les rangs des passereaux communs. Les ornithologues s’inquiètent. Des cas ont déjà été recensés en Alsace, en Belgique et en Lorraine.

Le merle noir est la principale victime du virus. Photo Claude Nardin

Le merle noir est la principale victime du virus. Photo Claude Nardin

Depuis quelque temps, Michel Hirtz s’étonne de l’absence d’oiseaux communs autour de sa maison de Lindre-Haute, un village du Pays des Étangs en Moselle. Chaque année, cet ornithologue approvisionne les mangeoires de son jardin de graines de tournesol à l’intention des merles, mésanges et autres pinsons qui apprécient en nombre cette provende facile. Cette année toutefois, pas ou peu de becs affamés au rendez-vous.

 

« J’ai d’abord pensé aux effets du printemps pourri qui a perturbé leur reproduction avant de soupçonner un facteur de mortalité beaucoup plus inquiétant », dit-il. Faute d’une hécatombe de volatiles qui aurait déclenché l’alerte, ce naturaliste se demande si la désaffection de ses mangeoires ne serait pas liée à l’apparition dans l’Est de la France d’un mal implacable qui cible les passereaux familiers avec une préférence marquée pour le merle noir.

 

Un fléau de plus

 

Le coupable serait le virus Usutu, du nom d’une rivière d’Afrique du Sud où il a été isolé pour la première fois à l’aube des années soixante. À l’instar de son cousin le West Nile ou fièvre du Nil, présent en Camargue depuis 2015 et de sinistre réputation car il peut gravement affecter les chevaux et l’homme, Usutu est transmis aux oiseaux sauvages par un moustique.

 

Comme un nombre croissant de maladies tropicales est véhiculé par des insectes qui jouent à saute-frontière, l’irruption d’un énième fléau sous nos latitudes n’aurait rien d’exceptionnel. Le client a déjà été repéré en Allemagne, en Belgique et récemment dans le Haut-Rhin au point d’activer le Réseau Sagir, l’organisme de surveillance épidémiologique de la faune sauvage. En Alsace, l’étude des prélèvements effectués sur une vingtaine de merles retrouvés morts a confirmé la présence d’Usutu sur deux d’entre eux. Bref, la menace rôde.

 

DNA-Patrice COSTA (29/01/2017)

 

Pas de danger pour l’homme

Cette nouvelle épidémie émergente est peu dangereuse pour l’homme, contrairement au Chikungunya ou au Zika. Mais l’agent pathogène Usutu s’ajoute à ceux que propagent les moustiques et autres insectes vecteurs. Une conquête territoriale qui prend de l’ampleur.

Merlette. Photo : Jean-Louis Schmitt

Merlette. Photo : Jean-Louis Schmitt

Publié dans Environnement

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Esther Populus 01/02/2017 10:24

Il y a 2 ans... c'était une hécatombe de merles morts au jardin.... j'ai photographié le corps d'un merle abritant une mouche plate qui d'après la LPO vide l'oiseau de son sang... donc pas le même problème cette année...