Une BD contre le GCO

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La dessinatrice Lili Sohn, originaire de Kolbsheim, présente une BD contre le GCO, la future autoroute A 355 qui doit passer sur les terres de son enfance.

Une BD contre le GCO

C’est une bande dessinée, ou plutôt un roman graphique qui tourne sur les réseaux sociaux depuis sa publication sur le blog de Lili Sohn. Lili Sohn est cette auteure qui a connu un vif succès en 2014 en racontant comment elle a lutté contre un cancer du sein diagnostiqué à l’âge de 29 ans. Cela s’est traduit par un blog (Tchao Günther où Günther est le nom qu’elle a donné à son cancer), puis par une BD intitulée La guerre des tétons , dont le troisième tome a été publié en octobre (chez Michel Lafon). Elle vient même d’apprendre que sa BD pourrait être adaptée au cinéma.

« On nous propose une autoroute, un projet de 1972… »

Mais Lili Sohn (Aurélie est son prénom), qui vit aujourd’hui à Marseille, se souvient aussi qu’elle est née à Strasbourg et qu’elle a grandi à Kolbsheim. Kolbsheim, sa colline, sa rivière, son canal, son château et son parc.

Fin décembre, elle a publié sur son blog une BD en forme de coup de gueule contre le projet de Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO), la fameuse autoroute A 355 de Vinci, qui doit passer à Kolbsheim, au bout du parc. Le parc où elle raconte avoir beaucoup joué quand elle était petite.

« Ça fait longtemps qu’on parle du GCO, explique-t-elle. Déjà quand j’habitais à Kolbsheim, on en entendait parler. Il y a quelque temps, mon père m’a envoyé un article des DNA qui traitait de l’opposition au GCO. Alors j’ai appelé le maire de Kolbsheim Dany Karcher pour lui proposer mon aide. »

Dany Karcher est l’un des ténors du collectif GCO non merci ! Il prône d’ailleurs la désobéissance civile non violente face aux engins.

Lili Sohn dézingue le projet de l’autoroute A 355 préparé par Vinci. « On a des voitures électriques, des vélos électriques, on fait de l’énergie avec le soleil et le vent, on est capable d’aller sur la lune et là, on nous propose une autoroute, un projet de 1972… Il ne faut pas me dire que c’est la seule solution ! »

Sa touche est immédiatement reconnaissable : ce mélange de ton léger, d’ingénuité, un dessin coloré et joyeux, de l’humour aussi, pour traiter d’un sujet complexe.

« Ce n’est pas facile de faire un sujet digeste pour tout le monde, explique-t-elle. Mais en apportant un peu d’humour et une touche colorée, il est plus facile de parler de certaines histoires. »

Lili Sohn sera de passage dans la région début février à l’occasion de la parution du troisième tome de La guerre des tétons , son travail sur le cancer du sein. Elle sera à Oberhausbergen le 4 février pour une exposition et une table ronde au PréO, puis pour une séance de dédicaces à la librairie Broglie à Strasbourg.

DNA-DNA-Olivier Claudon (08/01/2017)

 

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Virage délicat pour le Grand contournement ouest

Le groupe Vinci va demander au gouvernement une prolongation de la Déclaration d’utilité publique (DUP) de l’autoroute A355. Il craint de ne pas pouvoir lancer le chantier avant la date d’échéance le 23 janvier 2018. Il propose aussi de déplacer l’aire de services de l’autoroute, attaquée devant le Conseil d’État.

Première confrontation entre le constructeur et les opposants à l’autoroute, en septembre à Kolbsheim. Photo : DNA

Première confrontation entre le constructeur et les opposants à l’autoroute, en septembre à Kolbsheim. Photo : DNA

Le décret ministériel déclarant d’utilité publique le projet d’autoroute de contournement de Strasbourg (GCO/A355) date du 23 janvier 2008. Il est valable dix ans et ses effets s’achèvent donc le 23 janvier 2018. À cette date, pour être légaux, les travaux de l’autoroute devront être commencés.

Or Vinci n’est pas du tout sûr de pouvoir le faire dans ce délai. Pourtant le concessionnaire (à travers sa filiale dénommée Arcos) annonce depuis plusieurs mois que les travaux seront engagés en décembre 2017. Pourquoi décembre 2017 ? Parce que c’est à cette date qu’il attend les arrêtés préfectoraux et décrets ministériels portant sur les mesures compensatoires en matière environne-mentale.

Ces autorisations interviendront après une enquête publique qui ne sera pas organisée avant les élections législatives de juin. Et c’est la semaine prochaine que Vinci va déposer le dossier avec toutes les mesures qu’il entend mettre en œuvre, et qui seront donc soumises à l’enquête.

« Nous allons demander une prorogation de la DUP à l’État, explique le porte-parole d’Arcos, Jean-Luc Fournier. Nous devons démarrer les travaux avant les dix ans de la DUP. Cela se joue à quelques semaines. » Un délai très serré qui ne met pas le concessionnaire à l’abri d’un impondérable. « Nous ne sommes pas à l’abri d’intempéries, de gelées, dit encore le porte-parole. Mais nous ne sommes pas en retard, c’est une mesure de bon sens, une mesure de sécurité. »

La demande sera déposée auprès des services de l’État dans la semaine qui vient.

L’impondérable n’est pas forcément météorologique, il peut être aussi juridique. C’est peut-être la plus grande menace pour Vinci.

Car le concessionnaire doit faire face à une véritable guérilla juridique engagée par les opposants : on compte au moins un recours devant le tribunal administratif, un autre auprès de la Banque européenne d’investissement pour le projet de financement et deux recours devant la Commission européenne.

Récemment, c’est un recours de trois communes devant le Conseil d’État contre le contrat de concession qui a fait bouger le concessionnaire.

Pfulgriesheim, Dingsheim et Griesheim-sur-Souffel sont en effet vent debout contre l’autoroute et plus encore, contre le projet d’aire de services sur leurs bans respectifs. « Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est l’aire de services, raconte René Wunenburger, le maire de Griesheim-sur-Souffel. L’emprise dépassait carrément l’emprise du fuseau qui avait été soumis à enquête publique. Nous avons fait un recours gracieux auprès du préfet puis déposé un recours contentieux devant le Conseil d’État début juin. »

2017, l’année de tous les possibles

De son côté, Vinci annonce désormais qu’il étudie un projet d’aire de services positionné plus au sud, à Duttlenheim, rattaché à la section gratuite de l’autoroute. De plus, pour limiter l’emprise, il propose de séparer l’aire de services et l’aire de stockage d’urgence des poids lourds imposée par la loi. « Nous proposons de mettre l’aire de stockage d’urgence sur la section courante de l’autoroute par un système d’aménagements, donc on réduit la taille de l’aire de service, indique Jean-Luc Fournier. L’emprise sera moindre, et elle sera accessible dans les deux sens. » La demande de déplacement de l’aire de services est faite auprès du ministère des Transports. « Moi je veux un écrit comme quoi le projet d’autoroute est abandonné, répond René Wunenburger. C’était dans nos programmes électoraux. Donc je considère que j’ai mandat de la population pour lutter contre ce projet nuisible. » L’année 2017 s’annonce comme celle de tous les possibles dans ce dossier hors norme.

DNA-DNA-Olivier Claudon (08/01/2017)

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