Mort de Rémi Fraisse à Sivens : l'instruction est close selon son père qui craint un non-lieu

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L'instruction est terminée dans l'enquête sur la mort du militant Rémi Fraisse, tué le 26 octobre 2014 sur le site du barrage de Sivens, dans le tarn, Tarn, selon plusieurs avocats. Le père du jeune homme, lui, craint pour sa part un non-lieu. "Un non-lieu? C'est le risque, un risque important", a réagi Jean-Pierre Fraisse, qui a été informé de la clôture de l'instruction sur la mort de son fils, alors âgé de 21 ans.

Rémi Fraisse./ Photo DR

Rémi Fraisse./ Photo DR

Rémi Fraisse a succombé à l'explosion d'une grenade tirée par un gendarme lors d'affrontements sur le chantier de la retenue d'eau controversée de Sivens, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014. Afin d'essayer de "relancer l'enquête", Jean-Pierre Fraisse a annoncé le dépôt, ce mercredi, de deux plaintes, confirmant une information du journal Le Monde. La première, à Toulouse, accuse d'homicide involontaire Thierry Gentilhomme, préfet du Tarn à l'époque de la mort de Rémi Fraisse, ainsi que son directeur de cabinet, Yves Mathis. Elle vise également, pour subornation de témoins, le gendarme responsable de l'enquête sur la mort du militant. La deuxième plainte, déposée à Paris, accuse de "faux témoignages" trois gendarmes, dont l'auteur du tir de grenade présumé responsable de la mort.

 

"Un abominable accident mais un accident"

 

Faisant part de ses "doutes" quant à la capacité de la justice à faire éclater la vérité, Jean-Pierre Fraisse a dénoncé "une proximité entre les gendarmes et la justice". Me Jean Tamalet, avocat du gendarme qui a tiré la grenade, a confirmé la clôture de l'instruction le 11 janvier, à Toulouse, estimant que "l'issue inéluctable du dossier (était) un non-lieu". Le maréchal des logis J. avait été entendu en tant que témoin assisté le 18 mars 2016 et n'avait pas été poursuivi. "La conclusion aujourd'hui est la même que lors de son audition: c'est un abominable accident mais un accident", a déclaré Me Tamalet.

 

Un rapport de l'Inspection générale de la gendarmerie (IGGN) avait déjà blanchi le gendarme en décembre 2014. Il avait estimé que les avertissements nécessaires avaient été effectués avant le lancer de la grenade. Les forces de l'ordre se trouvaient alors face à "cinq opposants agressifs qui (jetaient) constamment toutes sortes de projectiles", selon le compte-rendu de la gendarmerie. Le parquet a dorénavant trois mois pour rendre son réquisitoire définitif, un délai durant lequel les parties peuvent déposer des demandes de complément d'enquête. Puis un autre mois s'écoulera pour laisser le temps aux deux juges d'instruction toulousains de prononcer leur ordonnance.

Le père de Rémi Fraisse compte bien utiliser ce délai pour faire pression sur la justice. Sa première plainte visant le préfet argue que ce dernier était au courant que la situation était très grave et tendue sur le site du barrage juste avant les affrontements qui ont mené à la mort de Rémi, mais qu'il a malgré tout donné des ordres flous.

Un autre gendarme mis en examen pour un tir de grenade

 

Par ailleurs, un juge d'instruction de Toulouse a mis en examen le gendarme qui avait tiré une grenade en 2014 sur le site de Sivens, blessant grièvement une militante, peu avant la mort de Rémi Fraisse, a indiqué aujourd'hui le parquet. Le gendarme a été mis en examen pour "violence avec arme par personne dépositaire de l'autorité publique" pour avoir tiré la grenade de désencerclement, le 7 octobre 2014, a précisé le parquet.

 

Le tir avait été effectué à l'intérieur d'une caravane où se trouvait la militante. Cette dernière avait ramassé l'engin qui avait explosé dans sa main. La mise en examen "arrive très tardivement, plus de deux ans après les faits", a souligné Me Claire Dujardin, l'avocate d'Elsa Moulin, la militante de 25 ans victime du tir. "Dans des affaires classiques, la personne aurait déjà été jugée, d'autant plus qu'un rapport de l'inspection générale de la gendarmerie nationale avait dit qu'il s'agissait d'une faute professionnelle grave", a-t-elle ajouté. "Nous sommes à nouveau sur une justice à deux vitesses comme pour Rémi Fraisse".

 

Le gendarme avait "clairement l'intention de jeter la grenade dans la caravane", selon l'avocate, qui rappelle que l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) avait évoqué une faute professionnelle grave. Le lancer de grenade qui avait touché Elsa Moulin, vu sur une vidéo qui avait fait le tour des réseaux sociaux, avait suscité une vive controverse et démontré la forte tension qui régnait sur le chantier du barrage, alors occupée par des centaines de zadistes. Trois semaines plus tard, le 26 octobre 2014, Rémi Fraisse mourait dans l'explosion d'une grenade offensive tirée par des gendarmes dans des affrontements sur le site du barrage.

 

La Dépêche du Midi (18 janvier 2017)

Publié dans Portrait

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