Le temps des morts-vivants

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Celui qui n’éprouve pas le doux bonheur de vivre ne peut pas s’empêcher de détruire, de souiller, de dégrader, de dénigrer, d’abaisser. Il est un mort-vivant, un chasseur, un tortionnaire, un destructeur de vies.

Photo : JLS

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Fuyez les dangereux délinquants relationnels qui méprisent la vie et célèbrent la mort.

Il y a des hommes plutôt biophiles et d’autres plutôt thanatophiles. Les seconds aiment le sang, la souffrance, l’effroi, la domination, l’exploitation d’autrui. Leurs interlocuteurs, leurs partenaires en relations sociales comme en amour ou en amitié, ne sont jamais que des objets. Leurs victimes s’appellent, selon les circonstances et les commodités du jour, enfants, femmes, animaux, ennemis désignés, impies, êtres offerts en expiation de leur sadisme ordinaire et conformiste.

Chaque société possède ses victimes expiatoires à l’encontre desquelles les morts-vivants peuvent exercer leur rancœur de frustrés. Le mal devient banal, participe du paysage et les gens ordinaires ne le voient même plus. Oui, la chasse, mort-loisir, révèle cette banalité du mal absolu et nombre de contemporains évoque cette activité avec une lâche complaisance comme si le fait d’ôter la vie, de tuer pour se distraire pouvait ne pas nous inquiéter.

« Silence : on tue » demeure une cruelle permanence, ombre infinie couvrant l’humanité. Vaincus par les armes, en 1945, les dirigeants nazis furent jugés par les vainqueurs et, pour la plupart, condamnés à mort à Nuremberg. Leurs agressions avaient généré des millions de victimes qui auraient été niées, oubliées, si le sort des armes avait été favorable aux fascismes.

En 2003, Bush, président républicain des USA, déclencha une guerre d’agression contre l’Irak, sous des prétextes parfaitement mensongers, tua son président dictateur, rompant ainsi les digues qui retenaient l’obscurantisme et les haines tribales religieuses.

Ce crime contre l’humanité a provoqué, à ce jour, plus d’un million de morts et les affrontements communautaires perdureront encore longtemps dans ces régions où les Lumières n’ont pas encore dissipé les ténèbres identitaires et superstitieuses.

Nul ne jugera le président BUSH, parce qu'on ne juge pas les vainqueurs et que l’Histoire tarde à rendre ses verdicts. Ils viendront, un jour, mais les criminels ne seront plus là pour éprouver l’opprobre que méritent leurs exactions.

En cette année 2017, un vent mauvais souffle sur la planète et les dirigeants politiques s’inscrivent dans le cercle des morts-vivants. Pour faire de l’argent, les entrepreneurs américains du pétrole, des gaz de schistes, du charbon, se réjouissent de la liberté d’entreprendre que leur promet le milliardaire affairiste, en mission à la tête de l’État fédéral, pour servir les intérêts privés au détriment de l’intérêt général.

Qu’importe, pour ces personnages, le devenir de la nature, du climat, de la santé publique ! Seul compte le profit immédiat et égoïste. Les Européens contemplent les dérapages farfelus de l’invraisemblable président des États-Unis, tout en suivant la même pente délétère, celle d’un individualisme forcené, stupide, irresponsable.

Qu’y a-t-il de commun entre la chasse, loisir d’arriéré, et le libéralisme économique exacerbé ? Ceci : ils tuent. Ne soyons pas leurs complices par une vaine pusillanimité. Faisons le choix de la vie et faisons-le clairement, courageusement, dans un esprit de Résistance. Contre la chasse, contre le culte de la liberté d’entreprendre, ne soyons pas des Munichois qui capitulent moralement en pensant, par des reniements, amadouer les morts-vivants.

Je sais, le monde est à la fois complexe et dangereux et ceux qui invitent à la réflexion, à l’analyse, puis à l’action, courent l’immense risque de l’incompréhension. Mais se taire face aux périls est un risque plus grand encore.

Gérard CHAROLLOIS

Publié dans Point de vue

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Denis la Malice 28/01/2017 13:00

Ce qui me sidère toujours c'est qu'en présence du choix entre le bien et le mal -nommé communément libre arbitre- on puisse choisir le mal.
Ce qui me désespère c'est qu'entre tuer et laisser vivre, on n'hésite pas à enlever une vie.
Ce que je constate c'est que ceux qui font ces choix ne songent jamais à s'infliger ce qu'ils infligent aux autres ni dans un élan de philanthropie à débarrasser la terre de leur présence.
Voici longtemps, un vieux monsieur me disait que la moitié de l'humanité était sans doute là pour gâcher la vie de leurs voisins.
Je crains qu'en violence et en nombre nous ayons dépassé les 50 % de gens incapables de maîtriser leurs instincts.

Voici un petit texte rédigé voici un quart de siècle :

Le pouvoir

Il est des choses
Dont il ne faut que bien user
Sans jamais en abuser
Juste à petite dose

Le pouvoir est l’une d’elles
Trop souvent dévoyé
A peu de gens il sied
Rares ceux qui y excellent

Dès qu’ils en détiennent un petit bout
La plupart se transforment en tyrans
Individus malfaisants
Au comportement de voyous

Au lieu de se monter vertueux
Oubliant les nobles servitudes
Ils prennent vite de sales habitudes
Aux effets pernicieux

Négligeant leurs devoirs
Ils dictent leur loi
Bafouent les droits
Triomphent sans gloire

De grandeur d’âme point
Pas plus que d’honneur
Ou de qualité de cœur
Dont ils auraient tant besoin

Commander diriger
Nécessite des vertus
Qu’ils n’ont jamais eues
Alors pour se soulager

Ils passent leur colère
Sur leurs subalternes
Et de la sorte gouvernent
En despotes ordinaires.