Le retour des cigognes

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Quasiment disparue dans les années 70, la cigogne a fait l’objet d’une stratégie de repeuplement efficace, notamment grâce à la création de centres de réintroduction. Six couples de cigognes blanches ont été recensés en Alsace Bossue.

Cigogne blanche (Ciconia ciconia). Photo : JLS

Cigogne blanche (Ciconia ciconia). Photo : JLS

Les cigognes sont désormais présentes sur de nombreux toits d’église et autres édifices publics d’Alsace, et parfois sur le toit des maisons de particuliers. Keskastel, reconnu comme village cigogne, attire l’échassier. Actuellement, quatre couples ont été repérés sur le territoire de la commune.

L’un d’entre eux est situé dans un épicéa, un autre sur un lampadaire et deux sur des mâts disposés spécialement pour eux. « Depuis une dizaine d’années, un couple franco-allemand niche sur une cheminée de l’ancien tribunal de Sarre-Union », indique Dominique Klein, spécialiste des cigognes. Et de poursuivre : « Il y a du nouveau cette année : un couple s’est installé à Altwiller sur un lampadaire et a construit un deuxième nid sur un autre lampadaire ».

Quant à la cigogne noire, seul un couple a été aperçu en Alsace Bossue. Le lieu est tenu secret. « Si elle est dérangée, elle abandonne son nid et ses petits qu’elle laisse mourir de faim. La France n’en compte pas plus de 70 couples, mais leur population est en train de remonter. L’ONF a d’ailleurs mis en place un programme de suivi et de protection de la cigogne noire ».

À Sarralbe, commune limitrophe de l’Alsace Bossue, 24 couples ont été recensés, dont 23 autour de la collégiale. « Dans les années 90, les propriétaires du moulin ont installé un nid artificiel sur l’une des cheminées. Le premier couple s’est installé. Le biotope étant très favorable avec la confluence de la Sarre et de l’Albe, les cigognes ont été attirées par les prairies humides, car elles y trouvent toujours à manger ».

DNA-DNA/M.TH.D. (08/01/2017)

Dominique Klein, passionné de cigognes

L’activité qu’exerce Dominique Klein est entièrement bénévole. Photo : DNA

L’activité qu’exerce Dominique Klein est entièrement bénévole. Photo : DNA

Logisticien à l’ONF, Dominique Klein, domicilié à Sarreguemines, s’est spécialisé sur la cigogne. « J’ai toujours été un passionné d’oiseaux et d’animaux. Depuis quelques années, je recense toutes les cigognes en Lorraine et dans une partie du Bas-Rhin, de Verdun à Wissembourg. Grâce au baguage, j’identifie leur origine. En Moselle, elles sont françaises, mais également suisses, suédoises, allemandes, belges, espagnoles, hollandaises. Le baguage permet de connaître l’âge, le lieu de naissance et les déplacements successifs, s’ils ont été observés ».

La cigogne étant un oiseau protégé depuis 1902, il est interdit de la capturer, manipuler ou transporter. Le nid est également protégé, on ne peut l’enlever. Pour le baguage, il y a tout un protocole à respecter. « Les cigogneaux sont pesés, mesurés et bagués du plus gros au plus petit. Je prélève quelques plumes pour établir un profil génétique. Chaque bague contient un numéro ».

Bagueur diplômé pour le Museum d’histoire naturelle à Paris, Dominique Klein conseille également les communes et les particuliers qui voudraient avoir un nid chez eux. « J’essaie de trouver l’endroit idéal pour que l’oiseau puisse vivre en toute sécurité », explique celui qui envisage de créer une association, « Cigognes du grand Est ». Celle-ci recenserait également les cigognes des pays frontaliers, Allemagne, Luxembourg et Suisse. Dominique Klein projette par ailleurs de mettre en place un parrainage. La personne qui parraine une cigogne serait informée durant l’année de l’évolution de l’animal.

DNA-DNA-08/01/2017

Olivier Kirsch veut Réintroduire la cigogne à Herbitzheim

Olivier Kirsch fera installer un nid sur le transformateur VNF. Photo : DNA

Olivier Kirsch fera installer un nid sur le transformateur VNF. Photo : DNA

Olivier Kirsch, qui réside depuis quelques années dans la maison éclusière à Herbitzheim, aimerait réintroduire les cigognes dans le village. « J’ai constaté, lorsque j’étais gosse, qu’on n’en voyait quasiment plus. Or depuis quelques années, on assiste au grand retour de ces échassiers, symboles de l’Alsace. On peut les observer dans les villages alentours et dans les près de Herbitzheim où elles trouvent leur nourriture. Alors pourquoi ne s’installeraient-elles pas chez nous ? » se demande Olivier Kirsch.

Pourtant, les anciens n’ont pas le souvenir d’un nid installé quelque part dans la commune. « Je suis persuadé qu’il y en avait autrefois. Il n’y a pas de raisons géographiques ou biologiques à ce qu’elles ne viennent pas », affirme celui qui a fait appel à Dominique Klein pour le conseiller. « On s’est demandé quel site pourrait convenir. Trop près des habitations, le nid pourrait gêner. Il faut aussi pouvoir nettoyer facilement les déjections ».

Si les ancêtres utilisaient autrefois des roues de charrette pour constituer le nid, de nos jours il existe des supports métalliques, plus résistants dans la durée. Afin de réduire les frais de la commune, Olivier Kirsch a décidé de sponsoriser un nid au bord du canal. Pour Dominique Klein, le transformateur des Voies navigables de France pourrait servir de pôle d’attraction pour un couple. La commune, quant à elle, envisage de déplacer le mât qui se trouve le long de la Sarre et de l’installer sur la butte à côté du cimetière.

Même s’il n’y a aucun gage de réussite, Olivier Kirsch se montre optimiste. « Bien que la natalité soit bonne à Herbitzheim, on peut parier que le retour des cigognes favorisera la venue de nouveaux bébés ! »

DNA-08/01/2017

Photo : JLS

Photo : JLS

La cigogne est un carnivore, allié de l’agriculteur, qui se nourrit essentiellement de rongeurs...

 

La cigogne est un carnivore, allié de l’agriculteur, qui se nourrit essentiellement de rongeurs, de vers de terre et d’insectes. Elle supporte le froid et la neige, mais elle part en hiver dans le sud de la France, en Espagne ou en Afrique, car elle n’a plus assez de nourriture. On constate deux vagues de départ. Les jeunes partent seuls fin juillet. Quant aux adultes, ils s’en vont fin août, début septembre et reviennent en février, mars.

« En ce moment, 40 % de cigognes se sédentarisent. Jeudi, j’en ai aperçu 150 au centre d’enfouissement des déchets de Teting-sur-Nied, indique Dominique Klein. Elles viennent manger et repartent. Elles bougent le moins possible en hiver, car dès qu’elles se dépensent, il leur faut des calories. Si elles ne mangent que tous les deux ou trois jours, elles arrivent à survivre ».

800

C’est le nombre de couples de cigognes en Alsace en 2016 : 350 dans le Bas-Rhin et 450 dans le Haut-Rhin. Ils sont 250 en Moselle, 350 en Lorraine. Les premières traces de cigognes en Alsace datent du XIIIe siècle. En 1935, il restait 21 couples en Moselle. Dans les années 70, ils n’étaient plus que onze en France, dont neuf en Alsace. En 1990, on a observé 138 couples en France. En 2015, ils étaient 3 000, dont 800 en Alsace.

DNA-DNA-08/01/2017

La cigogne Agat à Keskastel. DR

La cigogne Agat à Keskastel. DR

Publié dans Environnement

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Michèle Enault 11/01/2017 06:15

Merci : cela fait plaisir de l’apprendre !

Mina Antico 11/01/2017 06:15

Je trouve ces animaux magiques, c'est un émerveillement à chaque fois...