Le naturel revient au galop

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Technicien arboricole, défenseur des OGM, directeur de banque… Eric Charton a eu plusieurs vies. Aujourd’hui, c’est la promotion du jardinage naturel qui anime ce dynamique Obernois. Son discours, relayé à travers différents médias, se veut concret sans être donneur de leçon. Et ça porte ses fruits.

Eric Charton forme un réseau de bénévoles guides du jardin naturel dans le centre Alsace. Photo : DNA

Eric Charton forme un réseau de bénévoles guides du jardin naturel dans le centre Alsace. Photo : DNA

Dans l’alignement des jardins familiaux d’Obernai, celui d’Eric Charton, 52 ans, ne paye pas de mine. Il ferait presque négligé, avec son tapis de feuilles mortes et son laurier mal taillé.

Et pourtant, ce rectangle de verdure grouille de vie. Il est d’abord le creuset d’expérimentations potagères : laisser fleurir les légumes pour voir si les plantes se ressèment toutes seules. Il est aussi et surtout « un micro-écosystème » où s’épanouissent fruits, légumes et animaux – deux lézards verts sont ses compagnons de jeu.

« Un comportement joyeux »

Ce jardin, c’est un nid accueillant et nourricier, à l’image de ce qu’Eric Charton, parisien d’origine devenu Obernois il y a 26 ans à la suite d’un stage au verger expérimental, prône à longueur de conférences, animations, stammtisch, chroniques radio et formations. Un jardin vu comme un lieu de vie et non un support de culture, qui bannit pesticides et autres engrais de synthèse. « Il s’agit d’introduire de la naturalité. Il faut prendre en compte la nature du sol, ses habitants et la gestion des déchets, détaille Eric Charton. Un jardin naturel, c’est un comportement joyeux, tout le monde peut le faire, selon son style. »

Collectivités (l’Eurométropole notamment), associations, missions Eau du SDEA font appel à ses services d’animateur-spécialiste du jardin. Devenu un acteur important de la sphère environnementale, il forme également un réseau de guides jardin naturel. Il s’agit de 75 bénévoles, en Centre Alsace, qui relaient localement les principes du jardin vivant. Bref, Eric Charton sème tous azimuts. Et ça germe, de plus en plus : 800 personnes sont venues l’écouter lors de la Semaine des alternatives aux pesticides en 2016. « Pourtant, il y a une dizaine d’années, les gens n’entendaient pas. Il y a cinq ans, ils ont commencé à être plus réceptifs grâce à la communication des collectivités territoriales. Aujourd’hui, le discours passe bien. À tel point que les personnes qui utilisent des pesticides ont honte de le dire. Elles se sentent nues sans ces produits. Pourtant, s’il y a un problème, mieux vaut trouver la cause avant la solution. »

La « génération des foutus » difficile à convaincre

Son auditoire ? Plutôt les 65-85 ans et des jeunes couples – « ils ne connaissent rien au jardin mais les mamans sont inquiètes pour l’avenir de leurs enfants » –, plus rarement les 35-55 ans. Eric Charton les appellent la « génération des foutus », difficiles à convaincre car réticents à changer leurs habitudes. Pour autant, il se dit optimiste. « Je crois à un effet boule de neige sur les bonnes pratiques et un emballement sur la protection de l’environnement. Cela passe par la rencontre » et le concret, les pieds dans le jardin.

Sans aucun doute, Eric Charton a fait du chemin depuis ses jeunes années et son approche très mathématique du végétal. Mais, à l’âge de 36 ans, il a été rattrapé par la poésie de la terre et la défense de la biodiversité. Elles ne l’ont jamais plus quitté.

Le froid, l’ami du jardin

Si le froid de ces derniers jours crispe les plus frileux, Eric Charton se réjouit. C’est la première fois que le sol est gelé depuis deux hivers. Et cela fait du bien à la nature. La preuve par trois.

INSECTES. « Les compteurs sont remis à zéro pour les prédateurs et les auxiliaires. Le froid stoppe les invasions et chacun repart du bon pied. »

VÉGÉTATION. « L’hiver c’est le repos. Cela permet à la végétation de mieux redémarrer. Les graines ont besoin du froid pour germer. Le débourrage des bourgeons sera meilleur. »

SAISONNALITÉ. Elle est respectée et c’est une bonne chose après un hiver 2016 particulièrement doux. « L’an dernier à Strasbourg, les prunus étaient en fleur à cette époque. Le bourgeon est à ce stade-là le mieux armé pour faire face à un froid intense. Quand il se découvre alors qu’il fait 0-1°C, cela condamne la fleur. »

DNA-Amandine Hyver 15/01/2017)

Publié dans Initiative, Environnement

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Denis S. 26/01/2017 12:44

Tout le monde a le droit de changer d'avis...

Attitude d'autant plus louable que ce revirement va dans le bons sens.
Pourquoi alors cette nouvelle "virginité" écologique, cette "conversion tardive" de ce monsieur me font-elles tristement sourire ?

Ce néo-philanthrope a mis me semble-t-il bien trop de temps à "ouvrir les yeux" pour que je puisse lui accorder la moindre confiance.
Ce repenti tardif est soit un idiot qui n'a jamais réfléchi, soit un abonné dont la télé serait tombée en panne il y a 50 ans, soit un opportuniste, soit le miraculeux bénéficiaire d'un débouchage d'AVC !

Lui tresser des lauriers c'est faire offense à tous les défenseurs de la Nature qui depuis des décennies s'épuisent à lutter contre lui et ses semblables.
Qu'on le poursuive plutôt juridiquement pour le mal causé aux hommes et à la Terre.
Tout comme pour ses "complices" agro-chimistes, ogm-istes, pollueurs industriels, empoisonneurs agricoles, tyrans politiques ni excuse ni pardon, ni oubli !

Longue est la liste des criminels qui après avoir impunément assassiné, pillé, pollué, martyrisé redorent aujourd'hui leurs blasons à la tête de fondations vertueuses, de bonnes œuvres généreuses qui soit dit en passant ne leur coûtent rien car financées grâce à une infime partie de leurs rapines passées (ne pas oublier les déductions fiscales).
Bien naïfs tous ceux qui se laissent prendre par de telles manœuvres de façade, par cette mascarade médiatisée de faux "mea culpa".

L'Afrique, l'Inde, de nombreux pays d'Amérique Latine, la plupart des pays ruinés par le le capitalisme sauvage n'ont rien à faire de ces "repentis" qui viennent les narguer en se faisant photographier des enfant du cru pleins les bras à côté d'un puits, d'un dispensaire ou de deux panneaux solaires.

Comment qualifier ces marques de fausse "humanité" alors que des siècles durant ils ont "dépouillé" sans vergogne ?
Honorer ces "généreux salopards", c'est embrasser les mains ensanglantées de bandits qui hier encore impunément les spoliaient.
Aujourd'hui c'est à l'ombre opaque de ces "officines charitables" qu'ils continuent malheureusement à œuvrer...