L'ours asiatique, victime de la médecine chinoise

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Plus de 10 000 ours noirs asiatiques sont enfermés à vie dans de minuscules cages pour y être ponctionnés deux fois par jour : leur précieuse bile –recueillies par des cathéters plantés à vif – est vendue jusqu’à 400 dollars les 100 ml pour la médecine traditionnelle. Ces ours sont enserrés dans des corsets de fer qui maintiennent le cathéter dans leur foie.

Ours noir d'Asie (Ursus thibetanus)

Ours noir d'Asie (Ursus thibetanus)

Les fermiers qui exploitent ces animaux dans l’enfer des « fermes à biles » sont eux-mêmes exploités par des industriels sans scrupules, qui diffusent leur commerce bien au-delà des frontières de l’Asie ; j’ai moi-même trouvé de la bile d’ours à vendre à…Gap (Hautes-Alpes) !

 

C’est un commerce très juteux, qui rapportent des millions de dollars à quelques industriels qui jouent de la naïveté des hommes. La légende qui entoure ce produit est tenace parce qu’ancienne et peu d’utilisateurs savent réellement ce qu’endurent les animaux.

 

La bile est consommée pour ses vertus supposées mais peut-être remplacée par des produits de synthèse déjà connus et utilisés, sans nocivité pour l’homme. La bile d’ours provoque chez certains patients de fortes allergies mettant leur vie en danger.

 

La pharmacopée de la médecine traditionnelle permet de substituer la bile d’ours à des herbes dont les vertus sont avérées. C’est le sens de l’appel de 1000 médecins chinois qui approuvent les propositions de la fondation Animals Asia dans son combat contre l’exploitation des ours asiatiques.

 

La bile est aujourd’hui répandue dans le monde entier, on la trouve sous forme de liquide en flacon ou le foie séché de l’ours est vendu entier. Cependant cet ours –appelé ours Lune pour la marque naturelle blanche sur son poitrail- est protégé par la Convention de Washington (CITES) et la vente de ses organes est prohibée mais des Asiatiques les ramènent dans leur bagage à l’insu des Douanes. On en trouve ainsi en vente –sous le manteau- dans certaines officines privées à Paris et dans d’autres grandes (ou moins grandes) villes françaises.

 

Qu’attend la fédération nationale de médecine traditionnelle française pour se positionner officiellement contre cet abject commerce ? Elle semble se reposer sur l’interdiction théorique de la Convention de Washington ; pourtant une opposition nette, franche et sans appel de cet usage permettrait de rappeler à la communauté chinoise que l’ours Lune, menacé d’extinction, n’a que trop souffert de ces pratiques hors d’âge.

 

Michèle Jung (Responsable du groupe français Animals Asia)

Vidéo : Animals Asia - End Bear Farming (3 :39)

 

La bile d'ours, un commerce toujours actif

 

Si l'ours noir d'Asie est en voie d'extinction, c'est qu'il a dramatiquement souffert de la demande en acide biliaire. Entretien avec Michèle Jung, de l'ONG Animal Asia.

Un ours noir d'Asie (ou ours lune) capturé pour son acide biliaire. © ANIMAL ASIA

Un ours noir d'Asie (ou ours lune) capturé pour son acide biliaire. © ANIMAL ASIA

Sciences et Avenir : Depuis quand le commerce de la bile d'ours existe-t-il ? Quelles sont censées être ses vertus ?

 

Michèle Jung : L'extraction de la bile d'ours est liée à la médecine traditionnelle chinoise. Depuis la convention de Washington en 1980, l'extraction est devenue illégale en Chine. Cependant, comme on a le droit de posséder un ours chez soi et que les fermes spécialisées sont également autorisées, on compte aujourd'hui plus de 10.000 ours touchés par cette pratique. On la rencontre également au Vietnam, au Japon et en Corée du Sud. La bile d'ours est utilisée en médecine traditionnelle chinoise pour stimuler la virilité et résorber les hémorroïdes. En France, on utilise un produit de synthèse de l'UCDA (*) pour lutter contre les maladies inflammatoires du foie et de la vésicule biliaire. La bile d'ours naturelle est dangereuse car, dans les conditions où elle est extraite, elle contient énormément de bactéries et le produit n'est pas du tout contrôlé. On a noté des cas de décès et de maladie chez des Chinois après ingestion de la bile d'ours. C'est une question de santé publique ! Les autorités chinoises ont récemment affirmé avoir trouvé la formule d'un produit de synthèse. Reste à voir s'ils mettront en application ce produit de substitution.

 

(*) UCDA. Un acide biliaire, nommé acide ursodésoxycholique, présent en grande abondance dans la bile d'ours et également chez l'homme, mais en petite quantité. Une légende japonaise contait que la bile d'ours desséchée pouvait exalter la virilité, la bravoure, la loyauté et toutes les valeurs nobles des anciens samouraïs du Japon féodal.

 

"En Thaïlande, on a même des bars à ours ouverts aux touristes asiatiques où le client vient choisir l'ours qui va être pompé devant lui"

 

Sciences et Avenir : Comment la bile est-elle prélevée sur l'ours ?

 

Michèle Jung : Il existe plusieurs formes de pratique mais si l'on prend la forme traditionnelle, elle consiste à mettre un corset métallique à l'ours (nommé aussi "Full Metal Jacket") qui maintient un cathéter, planté vif dans la vésicule biliaire. L'animal est pompé deux fois par jour dans une cage, où la grille compresse sa tête comme on compresserait un citron. Le corset le maintient jusqu'à ce que mort s'en suive. En Thaïlande, on a même des bars à ours ouverts aux touristes asiatiques où le client vient choisir l'ours qui va être pompé devant lui. Pour qu'un ours soit exploité, la réglementation exige que l'animal fasse au moins 100 kilos donc les oursons ne sont pas concernés. L'ours grandit dans la cage et on les nourrit très peu, parce qu'un organisme mal nourri produit beaucoup de bile. Généralement, l'espérance de vie d'un ours dans ces conditions est d'un mois. Cela dépend de plusieurs facteurs. Si l'ours a été blessé pendant sa capture, il peut faire une infection et en mourir rapidement. Mais certains ours peuvent tenir plus longtemps, comme "Pastèque", resté 15 ans dans sa cage.

L'ours asiatique, victime de la médecine chinoise

Sciences et Avenir : Y-a-t-il eu des contestations contre ce commerce ?

 

Michèle Jung : Oui, depuis 25 ans, il existent des groupes de gens qui réagissent contre cela. Beaucoup de jeunes communiquent entre eux là-dessus via les réseaux sociaux. Afin d'échapper à la censure chinoise, ils choisissent de mettre l'information à la 5e ligne de leur texte - les 4 premières lignes d'un message posté sont lues par des robots qui ne vont pas au-delà. En 2012, le webbo (réseau chinois) s'est littéralement enflammé pour les ours : on a eu une réaction nationale extraordinaire où les jeunes appelaient à faire cesser l'exploitation de la bile d'ours. À la base, beaucoup pensaient qu'on trayait les ours comme on trait les vaches. Comme quoi la campagne menée contre ce commerce les a informé. Une autre forte réaction a eu lieu lorsqu'un pharmacien cherchait à entrer en bourse pour sa vente de bile d'ours, plusieurs pétitions ont tourné et il n'y est jamais entré.

 

Sciences et Avenir : Que faites-vous pour lutter contre ces pratiques ? Notamment au Vietnam, où le commerce de la bile d'ours fait venir dans des fermes spécialisées des Sud-coréens. Avez-vous mis là-bas des actions en place ?

 

Michèle Jung : On négocie pied à pied avec les autorités chinoises et on essaie de les convaincre qu'ils nuisent à l'espèce avec ce genre de méthode. En passant un accord avec le ministre chinois de la Vie sauvage, on a réussi à obtenir la sauvegarde de 500 ours par an. Les fermiers, sur la base du volontariat, se défont de leurs ours et on s'engage à les récupérer tandis qu'ils s'engagent à ne pas ouvrir d'autres fermes. Au Vietnam, on a réussi à sauver 17 ours dans la baie d'Halong, près de la mer de Chine, qui est un lieu réputé pour les fermes spécialisées dans la bile d'ours. Notre association a aussi passé un accord avec certaines autorités locales pour qu'ils s'engagent à ne pas en prescrire : 1500 pharmacies ont arrêté d'en vendre. On a également créé deux centres pour recueillir les ours : un sanctuaire à Chengdu, ville réputée pour sa reproduction en pandas, et un sanctuaire à Tandao au nord du Vietnam. En tout, ont été recueilli 400 ours à Chengdu et 481 au Vietnam. Le but de ces centres est de faire de la pédagogie sur les ours avec les fermiers, en leur montrant l'inefficacité de ce marché et l'existence d'un produit de synthèse.

 

Sciences et Avenir

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Valélliana Schmit 06/02/2017 06:42

EST-CE QUE L'ON VA ARRÊTER D'EXPLOITER LES ANIMAUX ?????????????????????????????
SOYONS DES HUMAINS DIGNES DE CE NOMS ! RESPECTONS NOTRE TERRE ET TOUTES LES ESPÈCES QUI LA PEUPLENT ! S'IL VOUS PLAIT !!!!!