Fini les œufs de poules en cage

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Plusieurs enseignes se donnent trois ans pour bannir de leurs rayons les œufs de poules élevées en batterie. Les consommateurs sont de plus sensibles aux questions du bien-être animal.

Fini les œufs de poules en cage

Les œufs en batterie, c’est bientôt fini. Depuis plusieurs mois, de nombreuses enseignes de grande distribution ont arrêté de vendre des œufs de poules élevées en cage (Monoprix) ou annoncé qu’elles le feraient à moyen terme (Carrefour, Système U, Lidl, Aldi et, dernier en date, Intermarché).

La majorité de la restauration collective (Sodexo, Elior, Compass) a fait le même choix, tout comme une partie de l’industrie agroalimentaire (Cadbury, Lesieur, Amora…) et de l’hôtellerie (Accor, Hilton, Hyatt).

Le calendrier est majoritairement fixé à l’horizon 2020 ou 2025 pour donner le temps aux producteurs de gérer cette transition des œufs de « catégorie 3 » (poules élevées en cage) vers ceux de « catégorie 2 » (élevage au sol en poulailler) ou de « catégories 1 et 0 » (en plein air et plein air bio), types d’élevages plus respectueux des animaux.

Aujourd’hui en France, l’écrasante majorité des 14,7 milliards d’œufs pondus en 2015 viennent d’élevages en cages (68 %), contre 32 % pour les systèmes alternatifs (agriculture biologique, plein air et au sol).

Pression du marché

Aucune règle n’oblige les entreprises à faire ce choix. C’est la préoccupation croissante des consommateurs pour les questions de bien-être animal qui les a conduits à prendre ce tournant.

« Nous avons particulièrement constaté que nos clients, à la recherche de produits de qualité, plus sains et soucieux du bien-être animal, sollicitent de plus en plus les œufs de poules élevées en plein air. Nous constatons de belles progressions sur ces ventes », explique-t-on chez Carrefour. « C’est la première fois que le marché permet une évolution des pratiques pour la diminution de la souffrance animale. L’élevage des poules en cage est rejeté par une majorité de Français. Les entreprises sont de plus en plus sensibles à cette préoccupation de leurs clients », se réjouit Johanne Mielcarek, de L214.

Vidéos chocs

Depuis plusieurs années, l’association dénonce « la cruauté de l’élevage industriel ». Avec ses vidéos chocs, elle a imposé la question du bien-être animal dans le débat public. Elle s’est fait une réputation en obtenant une commission d’enquête sur les abattoirs. Pour les œufs, elle a accéléré le mouvement dans l’opinion avec la publication d’un film choc d’un élevage Matines dans l’Ain en mai dernier.

« Ces images montraient un élevage regroupant 200 000 poules entassées dans des cages dans un bâtiment sans fenêtres, des cadavres en décomposition, des animaux et des œufs infestés de poux, et un sol répugnant où prolifèrent les asticots. Les conditions d’élevage ne répondaient pas aux besoins comportementaux essentiels des poules. Elles avaient la place d’une feuille A4 pour vivre, évoluaient dans un stress permanent, sans pouvoir s’isoler pour pondre », dénonce Jehanne Mielcarek.

L214 ne compte pas s’arrêter là. Et envisage de cibler à l’avenir d’autres produits. Selon sa porte-parole, « il y a beaucoup à faire dans tous les domaines de la production animale. En France, 95 % des cochons sont produits dans le cadre d’élevages intensifs, et 80 % des poulets. »

C’est le consommateur qui décide

Alain Sasset Porte-parole du groupe Intermarché

Alain Sasset Porte-parole du groupe Intermarché

Pourquoi Intermarché a-t-il décidé d’arrêter de vendre des œufs de poules en cage ?

« C’est le consommateur qui décide ! Nous avons observé dans nos points de vente une forte augmentation des préoccupations de nos clients pour les questions de bien-être animal et de bio. Nous prévoyons de nous y adapter en modifiant notre offre. Pour l’instant, paradoxalement, cette attente ne s’est pas encore traduite par une baisse des ventes d’œufs de poules élevées en cage, notamment car leurs prix sont 20 à 30 % moins chers que les œufs produits en élevages alternatifs. »

Pourquoi le calendrier d’arrêt à l’horizon 2020-2025 ?

« Transformer la filière va prendre du temps. Si nous décidions d’arrêter aujourd’hui de vendre les œufs produits par des élevages en cages, nous n’aurions pas assez d’œufs pour répondre à la demande du marché !

Il faut laisser le temps aux éleveurs d’amortir les investissements qu’ils avaient faits auparavant et de se tourner vers d’autres formes d’élevages : au sol (en poulailler où les poules sont libres à condition de ne pas en sortir) ou en plein air (où elles divaguent à l’extérieur toute la journée). »

Le prix des œufs va-t-il augmenter ?

« Prendre le temps d’accompagner la transformation de la filière va limiter l’impact sur les prix. À l’horizon 2020, pour nos marques propres, Intermarché s’engage à ce qu’il n’y ait pas de hausse de prix et que la transition soit neutre pour le portefeuille du consommateur qui achète une marque de distributeur. Pour les autres marques, il est probable qu’à l’horizon 2025, le consommateur paie environ 1 % plus cher sa boîte d’œufs. »

Propos Recueillis par Élodie Bécu/DNA (13/01/2017)

Publié dans Agriculture-Elevage

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Michèle Enault 14/01/2017 05:29

Merci pour elles et… merci pour nous !

Jean-Louis 13/01/2017 06:31

"C’est le consommateur qui décide" C’est cette petite phrase qu’il faut garder à l’esprit et, inlassablement, continuer notre travail d’information. Grâce aux associations et tout particulièrement aux vidéos chocs de L214, le public –qui se voile volontiers la face il est vrai…- en sait désormais un peu plus sur la manière dont sont traités les animaux aussi bien dans les élevages qu’au stade ultime qui est l’abattoir !
On ne cesse de le marteler : ce sont nos choix de consommation qui conditionnent les diverses productions ! Si le consommateur cesse d’acheter des œufs autres que bio, les distributeurs et les producteurs n’ont d’autre choix que de s’adapter. Pareil pour la viande : si le consommateur (qui ne peut vraiment pas s’en passer…) privilégie les circuits courts et un élevage respectueux des bêtes, la situation évoluera favorablement !

Tout cela prend du temps (et beaucoup d’énergie) : il faut donc poursuivre encore et encore le combat !