Une nature à préserver

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Lors de l’élaboration du schéma de cohérence territoriale (SCoT) de la Bruche, les com’com de la vallée de la Bruche et de Molsheim-Mutzig, se sont penchées, avec l’aide des associations naturalistes, sur les espèces et espaces naturels à préserver.

Une nature à préserver

Le territoire du SCoT de la Bruche est vaste. Il comprend les communautés de communes de Molsheim-Mutzig et celle de la vallée de la Bruche, soit 44 communes et 62 000 habitants. C’est aussi un territoire extrêmement varié, comprenant des forêts (60 % du territoire) mais aussi des pelouses sèches des vignes, des prairies de montagne, des tourbières, des vergers, etc.

Afin de définir les orientations du SCoT de la Bruche qui serviront de cadre au développement du territoire, les élus ont souhaité aller plus loin dans la connaissance de ces milieux et des espèces qu’ils abritent. Le but ? « Être le plus précis possible dans la définition de ces périmètres à préserver pour orienter, et non réglementer les politiques publiques », précise Grégory Heinrich, directeur du syndicat mixte du SCoT.

« Faisons ensemble, plutôt que contre »

« Nous avions le souhait de travailler dès l’élaboration du SCoT avec les associations naturalistes de la région, s’appuyer sur leurs connaissances. Faisons ensemble, plutôt que contre », résume Gilbert Roth, président du SCoT et maire de Dorlisheim. Le syndicat mixte du SCoT a ainsi pris contact avec Odonat, l’office des données naturalistes d’Alsace.

Cette dernière s’est adressée à six associations de terrain pour compléter ses données : Bufo pour les amphibiens et les reptiles, Imago pour les insectes, Gepma pour les mammifères, LPO Alsace pour les oiseaux, SBA pour la flore et CSA pour les sites naturels en Alsace.

53000 données ont ainsi été analysées. Cette étude a permis « d’identifier et de hiérarchiser les milieux et les espèces naturelles emblématiques du territoire et ceux pour lesquels les élus avaient des responsabilités importantes », souligne Grégory Heinrich.

L’Adeus, en charge de la maîtrise d’œuvre du SCoT, a retranscrit ses données et a confronté ses résultats avec les enjeux économiques, de développement, touristiques, agricoles.

« L’étude, précise l’Adeus, a permis de remarquer que la plupart des espèces à enjeu est localisée dans des espaces déjà protégés par des mesures réglementaires (Natura 2 000, réserve biologique, etc.) ou des espaces non menacés par le développement urbain. »

Neuf espèces à enjeu majeur ont été repérées. Parmi elles, deux papillons – l’azuré des paluds et l’azuré de la sanguisorbe – que l’on retrouve dans les zones humides de la vallée et de la plaine de la Bruche, le long de la Bruche entre Dachstein et Ernolsheim par exemple, dans les prairies des zones inondables. « Les zones où ces papillons sont présents seront préservées, dans la mesure du possible, de toute constructibilité. On a essayé d’encadrer l’urbanisation, de la limiter voire de l’interdire », indique Grégory Heinrich.

Le grand hamster fait aussi partie des espèces à enjeu majeur. « On s’est appuyé sur les arrêtés de protection du grand hamster existants. » Les secteurs concernés sont situés au sud de la voie rapide D392 et au nord de la D45 vers Ernolsheim. Il s’agit de toutes les terres arables et leuciques, non occupées par des zones humides. Ces territoires sont frappés d’inconstructibilité. Seuls les projets qui ont fait l’objet de déclaration d’utilité publique comme le grand contournement ouest sont autorisés.

Les autres réservoirs de biodiversité concernent « des milieux qui ne présentent pas d’espèces emblématiques mais un corpus d’indices indiquant la présence d’espèces importantes », précise Grégory Heinrich. À l’instar des pelouses calcaires sèches, au-dessus des coteaux viticoles à Soultz-les-Bains, Avolsheim, Molsheim, qui sont le support d’espèces rares et sensibles : les orchidées sauvages, les papillons de type azuré du serpolet ou de la croisette, l’esparcette. Et aussi et surtout les milieux forestiers et milieux ouverts de montagne – massif du Schneeberg et les tourbières du Champ du feu –, où vivent cervidés, blaireaux, rapaces, cerfs ou lynx. « Là, la majeure partie de la zone a déjà fait l’objet d’un classement Natura 2 000 et/ou en réserve biologique domaniale et/ou zone d’inventaire Znieff (*) », précise Grégory Heinrich.

Enfin, en plus de ces réservoirs de biodiversité, des corridors écologiques – des réseaux de milieux naturels qui permettent aux espèces de circuler et d’interagir – ont été délimités : un corridor aquatique pour le passage du saumon ou d’autres poissons migrateurs sur la Bruche, quatre corridors crapauds verts. Ces derniers, déjà identifiés par le schéma régional de cohérence écologique, ont été répertoriés le long de la voie ferrée entre Dorlisheim et Rosheim, le long du contournement de Molsheim, et deux autres dans la zone de protection stricte du grand hamster, entre Altorf et Griesheim-près-Molsheim et entre Duttlenheim et Innenheim.

Des corridors crapauds verts

Par ailleurs, des axes de traversée de la faune entre deux vallées ou entre deux bourgs ont été recensés. « Le but est d’éviter la conurbation entre deux agglomérations. Et aussi d’interdire l’extension linéaire le long des routes. Il sera, en outre, impossible afin de préserver les corridors écologiques et les réservoirs de biodiversité de créer une nouvelle zone agglomérée qui ne colle pas à une agglomération », pointe le directeur du syndicat mixte.

Les ambitions du SCoT sont claires : « Développer et conserver nos paysages naturels, un avantage concurrentiel par rapport à Strasbourg, souligne Gilbert Roth. Il faut consommer moins de terres agricoles et densifier nos communes. Nous ne voulons pas que notre territoire ne soit constitué que d’une seule commune de Molsheim à Saâles. » Pour le président du SCoT, il faut aussi mettre en valeur ces espaces naturels. « Où peut-on vraiment voir la Bruche ? Comment arriver à mettre en valeur cette rivière sauvage ? Qui est déjà allé voir la source de la Bruche ? La clairière de la Hang, c’est magnifique, c’est pourquoi nous avons décidé de la protéger. »

(*) Zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique.

DNA-Sonia de Araujo (04/12/2016)

L’avis de Bruno Ulrich animateur d’Alsace Nature Bruche

« Le SCoT de la Bruche va dans le bon sens »

« Le SCoT de la Bruche va dans le bon sens. À ma connaissance, il s’agit du premier SCoT à s’appuyer dans la région sur les données naturalistes d’Odonat. On a relevé la qualité du document, la pertinence de l’analyse environnementale et paysagère. On en partage les grandes orientations et les objectifs. Toutefois pour l’association, le SCoT aurait pu aller encore plus loin, élargir le périmètre de certains réservoirs de biodiversité. Tout d’abord, les objectifs de croissance fixés par le SCoT sont trop élevés. Ils visent la construction de 300 logements par an minimum.

Pour nous, ce que le SCoT nomme un objectif minimum devrait plutôt être une valeur guide. Deuxièmement, le périmètre du réservoir de biodiversité du Champ du feu devrait être étendu et coller au périmètre du Znieff. La résistance des élus est trop faible face aux projets de développement des domaines skiables du Champ du feu. On l’avait déjà vu lors de la délimitation de la zone Natura 2000 qui est passée de 600 hectares à 169 ha.

Pour nous, le conseil départemental ne joue pas son rôle. Troisième point, nous émettons des réserves quant à l’extension de la zone d’activité Activeum, située au niveau de Duppigheim et Dachstein. Si cette zone est étendue, le corridor écologique au-dessus de la forêt d’Altorf sera réduit à 500 m. »

DNA-04/12/2016

Publié dans Environnement

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