Pour une forêt vivante et équilibrée

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Manque de renouvellement, dégâts : la forêt du Piémont des Vosges est souffrante. Chasseurs, forestiers et communes siègent depuis plus d’un an autour de la même table pour trouver le bon thermomètre, autrement dit l’outil d’analyse de la maladie qui sera accepté par tous. Un préalable pour soigner durablement. Les premiers résultats sont attendus pour 2019.

Les communes du Piémont des Vosges ont pris les choses en main pour restaurer l’équilibre forêt-gibier, limiter les dégâts et retrouver un milieu naturel qui se régénère. Photo : Archives DNA

Les communes du Piémont des Vosges ont pris les choses en main pour restaurer l’équilibre forêt-gibier, limiter les dégâts et retrouver un milieu naturel qui se régénère. Photo : Archives DNA

Et si le dispositif expérimenté dans le Piémont des Vosges faisait école ? Et s’il devenait la norme dans la gestion des forêts dégradées ? L’idée n’est pas surréaliste tant le projet de suivi de l’équilibre faune-flore sur le massif forestier du Piémont des Vosges semble cohérent et novateur.

Tout part d’un constat : la forêt peine à se régénérer. « On désigne comme responsable la surdensité de gibier. Sans doute, mais pas que, décrypte Christian Braun, l’adjoint de Bischoffsheim en charge de la forêt et la chasse. La fréquentation humaine, les milieux trop fermés liés à une ancienne logique sylvicole peuvent aussi l’expliquer. »

Le diagnostic n’étant ni tout blanc ni tout noir, mieux vaut fixer des outils d’évaluation incontestables pour actionner les bons leviers susceptibles de restaurer l’équilibre. C’est le sens de l’étude sylvo-cynégétique associant chasseurs, forestiers et communes, initiée l’an dernier par Bischoffsheim. Dans la foulée, 15 communes forestières du Piémont ont adhéré au dispositif (voir par ailleurs).

L’opération est aujourd’hui en phase de finalisation. Autrement dit, le budget est bouclé mais doit être encore soumis au vote des collectivités parties prenantes.

Écouter les oiseaux dans des parcelles témoins

Pour sa mise en œuvre concrète, il faudra patienter jusqu’au printemps 2017. À cette date-là, 140 parcelles vont être progressivement installées dans les forêts du Piémont. L’aménagement se fera sur trois ans.

L’idée est de comparer l’évolution de la végétation dans l’exclos à celle de l’enclos grillagé. Les premiers retours sont espérés en 2019. « Devant chaque placette, six yeux (deux de la commune, deux du chasseur, deux de l’ONF) procéderont à l’inspection à partir d’une grille d’évaluation commune et compréhensible par tous. Le but est que le diagnostic soit partagé. »

Deuxième axe d’étude : la biodiversité. Une vingtaine de parcelles témoins (dont dix grillagées) associées à des points d’écoute seront aménagées. Un ornithologue sera chargé de détecter l’avifaune : les oiseaux mâles chanteurs, notamment les nicheurs précoces et tardifs (espèces migratrices). « Il s’agit d’évaluer la multifonctionnalité de la forêt. Car avoir une forêt sans animaux ne rime à rien. Nous voulons un milieu vivant, riche et équilibré, de bonne qualité (résilient aux maladies), qui se renouvelle » et assure un approvisionnement durable en bois de qualité.

« Opérationnel d’ici la fin des baux de chasse »

Ce retour sur investissement est attendu à moyen terme par les communes engagées dans le dispositif. Christian Braun le rappelle, aucune révolution dans la gestion de la forêt n’est à attendre dans les deux-trois prochaines années. « Nous voulons que le système soit opérationnel d’ici la fin des baux des chasses dans six ans et utilisable pour élaborer le prochain plan de chasse. »

En revanche, si elle fait ses preuves, cette opération pilote pourrait bien dépasser les frontières du Piémont des Vosges et « rentrer dans la gestion classique de la forêt » sur d’autres territoires. Une belle récompense pour des élus qui ont misé sur le dialogue et la confiance mutuelle pour redonner de l’air au poumon vert du Piémont.

DNA-Amandine Hyver (20/12/2016)

En chiffres

La forêt du Piémont des Vosges concernée par l’opération couvre 9 000 ha, dont 3 500 identifiés comme vulnérables. Sur les 216 placettes préconisées par l’ONF, 140 seront finalement installées entre 2017 et 2010. Un aménagement qui coûtera 140 000 €. Les communes supporteront 40 % des frais, les 60 % restants sont subventionnés : Fonds européen, Région, Dréal (Direction régionale de l’environnement), DRAAF (Direction régionale de la forêt), association des communes forestières.

1 000 €/parcelle

L’investissement de chaque commune est estimé au prorata du nombre de placettes installées dans sa forêt. Le syndicat de “Barr et 4 communes” en compte 33, “Barr et six communes “25, Bischoffsheim 26, Rosheim 29, le syndicat Obernai-Bernardswiller 2, etc. Le coût de chaque placette pour la commune est estimé à 1 000 €, lissé sur trois ans.

Un projet partagé

Bischoffsheim a été chef de file dans la mise en place du dispositif de suivi. 15 communes forestières ont suivi : Andlau, Barr, Boersch, Grendelbruch, Ottrott, Rosenwiller, Rosheim, Saint-Nabor, Heiligenstein, Goxwiller, Gertwiller, Bourgheim, Mittelbergheim, Obernai, Bernardswiller. L’association des communes forestières d’Alsace assure le portage de l’opération, avec le soutien du commissariat de massif des Vosges.

20/12/2016

Publié dans Biodiversité

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