Le Noël des écolos

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Comment les citoyens ayant un fort engagement écologiste réussissent-ils à contourner l’écueil d’un Noël qui se caractérise souvent par une profusion de déchets et de cadeaux pas très verts.

Les jouets en bois ont la faveur des protecteurs de l’environnement dans le Piémont. Dessin : DNA — Jean Risacher

Les jouets en bois ont la faveur des protecteurs de l’environnement dans le Piémont. Dessin : DNA — Jean Risacher

Bien sûr, les citoyens du Piémont des Vosges ayant une forte sensibilité environnementale fêtent Noël. Mais peut-être pas autant que la plupart de la population. De manière moins festive ? Sans doute parfois. Mais aussi de manière plus respectueuse de la planète.

« Il n’y a pas besoin d’aller dans le high-tech pour faire plaisir aux enfants »

Éric Brunissen, président de l’association Nature Ried, notamment implantée à Meistratzheim et Krautergersheim, déplore « un décalage entre l’esprit originel de Noël et l’appropriation qu’en ont fait les professionnels du marketing ». Il cite l’exemple de « ces jouets à obsolescence programmée » et le problème du suremballage.

En période de Noël, les déchets affluent. « La société de consommation prend le dessus sur les principes de respect de l’environnement. C’est peut-être le bon moment pour une prise de conscience », estime-t-il.

Oui, mais comment faire ? Ce ne sont pas des idées révolutionnaires qui sont avancées. Le cadeau qui fait l’unanimité chez les protecteurs de l’environnement, c’est le livre, même s’il n’est pas exempt de tout reproche en matière de pollution. « On bannit le cadeau de Noël gadget. Plutôt que d’offrir des trucs qu’on va retrouver dans la poubelle huit jours plus tard, on fait le choix de cadeaux pérennes, justifie André Hatz, de Gertwiller, porte-parole du réseau Sortir du Nucléaire. Des livres ou des disques de musique sont des objets de partage, dont on prolonge le geste et l’utilisation dans le temps. »

Suzel Hurstel, qui dirige le centre de soin de la Ligue de protection des oiseaux d’Alsace à Rosenwiller, milite pour « des cadeaux utiles, surtout pas futiles. Avant d’offrir l’objet, il est fortement recommandé d’en apprécier la nécessité pour celui qui en est le destinataire. Et il n’y a pas besoin d’aller dans le high-tech pour faire plaisir aux enfants. » Eric Brunissen choisi quant à lui des « produits simples, prioritairement issus du commerce équitable ».

En dehors des livres, les jouets en bois ont particulièrement la cote. « D’emblée, ils ne correspondent peut-être pas tout à fait aux standards de cadeaux auxquels nous sommes habitués, évalue Christian Braun, adjoint au maire de Bischoffsheim et engagé à la LPO Alsace. Mais c’est très bien aussi de casser les standards ».

Jusqu’à renoncer aux illuminations ?

Au-delà des cadeaux, ils insistent enfin sur le fait d’avoir le « réflexe du recyclage ». Christian Braun assure qu’il faut « être attentif aux emballages ». « Tout déchet a un coût pour la collectivité, il est donc impératif d’agir pour en réduire la quantité. Il y a un retour écologique et économique. C’est bon pour la planète, mais aussi pour le portefeuille. »

André Hatz va plus loin en pointant « le gaspillage d’électricité ». Lorsque la nuit tombe et qu’il se promène dans les rues, le porte-parole du réseau Sortir du Nucléaire a la « désagréable surprise de voir toutes ces maisons illuminées de la pelouse du jardin jusqu’à la toiture. C’est inconcevable ».

Sans aller aussi loin, faire rimer Noël, écologie et magie reste une affaire de compromis.

Pour le repas : huître et foie gras dans le viseur

Un Noël soucieux de l’environnement passe aussi par l’assiette. Le conseil : choisir d’abord des circuits courts de distribution. « Des produits régionaux, si possible bio, ou alors issus d’une agriculture raisonnée », suggère l’antinuclaire André Hatz. « Il n’y a pas besoin d’aller loin pour bien se nourrir, met en avant Suzel Hurstel, de la LPO. On peut choisir un chapon ou une dinde élevés localement et se priver d’huîtres, parce qu’on n’habite pas au bord de la mer. »

L’élu de Bischoffsheim Christian Braun invite également à ne pas choisir « le poulet nourri au Brésil grâce à des champs issus de la déforestation de l’Amazonie ».

« Le respect de l’environnement s’accompagne naturellement du souci du bien-être animal », estime aussi André Hatz. Il se privera donc de foie gras : « C’est un choix douloureux car c’est drôlement bon. Mais en manger, ce serait cautionner le gavage des oies. » De même, au rayon poissonnerie, le porte-parole de Sortir du Nucléaire privilégie « le poisson naturel au détriment du poisson d’élevage. »

Toutefois, « le dîner de réveillon ne doit pas être un lieu de confrontation idéologique » selon Eric Brunissen de Nature Ried. « On peut faire goûter sans tenter pour autant de persuader les gens qui nous entourent. » « Le repas de famille à Noël doit rester, quoiqu’il arrive, un moment de plaisir et de partage entre les proches », résume Charles Frey, d’Alsace Nature, basé à Rosheim.

DNA-T.P. (16/12/2016)

Publié dans Environnement

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Aurélie 16/12/2016 06:24

Personnellement, j’ai fait le choix de privilégier des mets d’origine locale et, bien entendu bio ! Au menu de notre réveillon il y aura :

- Toasts de pâté végétal aux herbes (pour accompagner un petit Sauternes)
- Bouchées à la reine aux champignons et au tofu
- Tourte aux légumes (poireaux, carottes, panais...) et salade de mâche

A défaut de cadavre sur notre table, il y aura en revanche des bougies pour symboliser notre empathie à l’égard de tous ceux (hommes et bêtes) qui souffrent… Nous ne faisons pas le choix d’un « Noël de fraternité » : il s’impose tout naturellement !

Jean-Louis 16/12/2016 06:12

On peut aussi et sans aucun problème ne pas consommer du tout ni viande ni poisson : la « fête » n’en sera que plus sobre et surtout, la conscience de ceux qui feront cet effort « pour les bêtes et l’environnement » n’en sera qu’allégée et, ça, ça n’a pas de prix !