La première route solaire du monde est… française

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le premier kilomètre de route « à énergie positive », constitué de 2 800 m² de dalles photovoltaïques, a été inauguré et mis en service hier en Normandie

Les cellules photovoltaïques sont encapsulées dans une résine et les panneaux ainsi réalisés sont collés sur la chaussée. Photo AFP

Les cellules photovoltaïques sont encapsulées dans une résine et les panneaux ainsi réalisés sont collés sur la chaussée. Photo AFP

Cocorico ! Une première mondiale vient de voir le jour… en Normandie. La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, a inauguré hier sur la RD5, dans l’Orne, la toute première route solaire de la planète. La ministre a officiellement raccordé au réseau électrique le premier kilomètre de ce prototype de route « à énergie positive », c’est-à-dire qui transforme le rayonnement solaire en énergie. Le projet, baptisé « Wattway », est une invention 100 % française, imaginée par le leader mondial de construction de routes Colas et le CEA Tech. Les cellules photovoltaïques, elles aussi françaises, sont fabriquées à Tourouvre (Orne) par la Scop SNA.

Comment ça marche ?

Concrètement, le projet utilise, pour produire de l’électricité, des chaussées qui ne sont en moyenne occupées par les voitures que 20 % du temps. Sur la départementale normande, les automobilistes vont devoir rouler pendant un kilomètre sur 2 800m² de dalles photovoltaïques aux allures de carrelage plastifié. Les cellules photovoltaïques sont encapsulées dans une résine, et les panneaux ainsi réalisés sont collés sur la chaussée. Ce premier prototype de route solaire devrait produire une énergie suffisante pour assurer l’éclairage public d’une ville de 5 000 habitants. Ce type de revêtement peut « servir de complément d’énergie sur des aires d’autoroute, dans des centres de vacances ou dans des zones isolées non raccordées au réseau électrique ».

Combien ça coûte ?

Les principales interrogations portent sur le prix d’une telle installation. L’ensemble des travaux de la RD5 sont couverts par une subvention de l’État qui a investi 5 millions d’euros hors taxe. Pour Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), « on a un prototype à environ 17 euros par watt, alors qu’on arrive à 1 euro par watt pour des centrales photovoltaïques au sol ». « Comme tous les prototypes de recherche, au départ, le prix est élevé proportionnellement », répond Ségolène Royal qui estime que « cette route solaire est aussi un investissement qui rapporte déjà, puisqu’il génère 70 emplois. C’est un investissement qui va aussi dans les entreprises publiques, […] réinjecté dans les entreprises locales ».

Est-ce que ça fonctionne ?

Jean-Louis Bal s’interroge également sur la durée de vie et l’efficacité du prototype. Il note la position horizontale des panneaux photovoltaïques « pas optimale », et le passage de véhicules qui « diminue la production d’énergie ». Des critiques « déplacées » pour la ministre de l’Environnement : « À les écouter, il ne faut jamais innover. La France - c’est dans sa loi de transition énergétique - prévoit 40 % d’énergies renouvelables dans l’électricité à l’horizon 2030. Donc, c’est maintenant qu’il faut investir. »

DNA-23/12/2016

La première route solaire du monde est… française

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Route solaire : Ségolène Royal a tout faux

La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, inaugure ce jeudi 22 décembre un kilomètre de « route solaire », un projet expérimental intégrant des panneaux solaires. Les experts internationaux interrogés par l’auteur de cette tribune jugent ce projet non viable économiquement, voire préjudiciable à la filière solaire.

Dessin : © Tommy/Reporterre

Dessin : © Tommy/Reporterre

La construction d’une route solaire de 340 kW (kilowatts) vient de se terminer, à Tourouvre-au-Perche, dans l’Orne, en Normandie. Une route d’un kilomètre de long et d’une surface de 2.800 mètres carrés, selon Michel Salion, de l’équipe presse de Colas-Wattway, une filiale du groupe Bouygues, porteur du projet de Wattway. Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement, se rend ce jeudi 22 décembre sur place pour inaugurer ce kilomètre expérimental. Cela fera la troisième fois en moins d’un semestre que Ségolène Royal se déplace à Tourouvre. Elle y était venue le 26 juillet 2016 pour inaugurer le revêtement routier photovoltaïque, puis le 24 octobre 2016 pour inaugurer le début des travaux.

Alors que le site officiel du ministère de l’Environnement faisait la promotion de cette route en annonçant une production de 17.963 kWh (kilowatt-heure) par jour, la production quotidienne sera en fait de 767 kWh. Ségolène Royal a en outre annoncé qu’un kilomètre de route permettra de répondre à la demande électrique de 5.000 maisons. C’est également erroné. Avec 767 kWh par jour — donnée officielle provenant de Michel Salion —, elle sera juste capable d’alimenter 50 maisons. Le coût d’un kilomètre est de 5 millions d’euros, ce qui correspond donc à 100.000 euros par maison alimentée par la route.

La construction du tronçon expérimental de route solaire à Tourouvre (Orne), début décembre 2016. Photos : © Arnaud Bouissou/Terra

La construction du tronçon expérimental de route solaire à Tourouvre (Orne), début décembre 2016. Photos : © Arnaud Bouissou/Terra

« Les routes solaires en France sont bien moins efficientes et plus coûteuses que le solaire PV [photovoltaïque] en toiture, les ombrières PV de parkings et les centrales solaires au sol », a commenté Mark Jacobson, directeur du programme énergie et atmosphère à l’université Stanford et fondateur de The Solution Project.

« La route est le pire endroit pour les panneaux solaires »

Pour Jenny Chase, directrice des analyses solaires au sein de Bloomberg New Energy Finance (Bnef), « les routes solaires semblent être un moyen de subventionner les entreprises françaises, pas un moyen de produire de l’électricité ». Chase a réfuté catégoriquement l’idée de routes solaires surgissant sur quatre continents, ceci en twittant en réponse à un article de Bloomberg courant novembre 2016. De son côté, Michael Liebreich, fondateur de Bnef, a offert un titre alternatif, quelque peu satirique : « Une entreprise française obtient une subvention pour construire une route solaire avec un “payback” [retour sur investissement] de 170 ans. » Liebreich ajoute que la route solaire française est « une expérimentation financée par l’État avec zéro chance de devenir commercialement viable » et le « payback de 170 ans est calculé avec 0 % de finance, sans maintenance et des panneaux solaires capables de durer 170 ans ».

« Donc, ces panneaux qui actuellement coûtent 21 euros par watt auront une performance significativement dégradée et une durée de vie plus courte que les panneaux classiques à 1 €/W. Mais c’est OK, parce que… ils sont produits en France ? » a poursuivi Chase.

Photos : © Arnaud Bouissou/Terra

Photos : © Arnaud Bouissou/Terra

Colas, l’entreprise qui construit la route, a annoncé il y a un an que la route solaire coûterait 6 euros par watt. Mais c’était seulement pour les modules, sans le BoS (Balance of system) et les onduleurs. « La route solaire est un non-sens technique et économique, ajoute l’analyste solaire Pietro Radoia, contacté par téléphone. La route est le pire endroit pour les panneaux solaires. La France peut installer du PV sur les toits. Colas est dans une situation monopolistique, sans compétition pour que les prix baissent. »

Chase a aussi indiqué que, y compris pour les pistes cyclables et les parkings, la « Wattway » resterait beaucoup trop coûteuse. « Même si vous veniez à manquer d’espace, vous mettriez les panneaux au-dessus des routes, et pas sur les routes », a continué Liebreich. Cette réflexion fait écho de celle d’Éric Vidalenc, de l’Ademe, qui estime que « du solaire au-dessus des pistes cyclables protègerait les cyclistes de la pluie ».

« C’est un gag de relation publique »

L’installation de la route elle-même ne s’est pas faite sans défi inattendu. En particulier celui de la pluie, étant donné que la colle utilisée supporte mal l’eau, ce qui est problématique en Normandie, région pluvieuse. 48 tentes de cirque ont été érigées pour protéger le site de construction des précipitations normandes, mais elles ont une efficacité limitée par grand vent.

En dépit de l’ensemble de ces défis et des inquiétudes concernant la viabilité économique, Ségolène Royal a annoncé le lancement de 1.000 kilomètres de routes solaires. « La capacité de certains politiques à promouvoir des miroirs aux alouettes énergétiques est sidérante », a déclaré Thierry Salomon, le porte-parole de négaWatt.

Des barnums ont été érigés pour protéger le chantier des intempéries. Photos : © Arnaud Bouissou/Terra

Des barnums ont été érigés pour protéger le chantier des intempéries. Photos : © Arnaud Bouissou/Terra

« C’est un gag de relation publique », a résumé Philip Hiersemenzel, un conseiller allemand en « cleantech » [technologies propres]. Tandis que le président du Conseil français de l’énergie a demandé si les contribuables avaient été correctement informés concernant le coût du projet.

Le Commissariat à l’énergie atomilque et aux énergies alternatives (CEA) est le partenaire scientifique de Wattway. Cependant, Liebreich estime que « les énergies renouvelables ne sont plus des énergies alternatives ». Il souligne que le projet de route solaire pourrait donner aux vraies innovations dans les « cleantech » l’apparence de la non-viabilité et de l’excentricité.

Mais c’est probablement l’ingénieur australien Dave Jones qui offre la meilleure synthèse. Il compare le projet de route solaire à vouloir tester des éoliennes sur une planète sans atmosphère ou des panneaux solaires sous-marins entre la France et la Grande-Bretagne.


Olivier Daniélo (*)-Reporterre (22 décembre 2016)
 

 

(*) Olivier Daniélo est fondateur du blog écocitoyen Objectif Terre.

 

 

Lire aussi : La route qui produit de l’énergie solaire

 


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Publié dans Environnement

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Agnès Robert 23/12/2016 16:18

Il faut indubitablement et d'urgence sortir de ce nucléaire de m..., mais ces autoroutes solaires bien entendu privées, cela nous coûte horriblement cher avec une durabilité sans doute bien amoindrie par les passages des véhicules... Sans doute possible juste un nouveau moyen de s'en mettre plein les poches en se plaçant sous le vent fort des subventions vertes...

Jean-Louis 23/12/2016 11:01

Comme quoi : selon le média, la version -et l'analyse bien sûr- change du tout au tout !
Conclusion : encore une belle poudre aux yeux, histoire de se donner bonne conscience...