Fessenheim n’est toujours pas fermé

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les deux réacteurs de la centrale nucléaire alsacienne finissent l’année à l’arrêt pour des contrôles de sûreté, mais la procédure de fermeture anticipée décidée par François Hollande a pris du retard, ravivant les espoirs de rétropédalage après la prochaine élection présidentielle.

Après une production de 12,864 milliards de kWh en 2015 - soit sa deuxième meilleure performance depuis son démarrage -, et un satisfecit de l’Autorité de sûreté, qui jugeait qu’elle « se distinguait de manière positive » au sein du parc EDF, la centrale nucléaire alsacienne a enchaîné les déboires en 2016. Photo : Archives L’Alsace

Après une production de 12,864 milliards de kWh en 2015 - soit sa deuxième meilleure performance depuis son démarrage -, et un satisfecit de l’Autorité de sûreté, qui jugeait qu’elle « se distinguait de manière positive » au sein du parc EDF, la centrale nucléaire alsacienne a enchaîné les déboires en 2016. Photo : Archives L’Alsace

Un petit homme vert qui reviendrait à Fessenheim en cette fin d’année pourrait penser que la ministre EELV du Logement, Emmanuelle Cosse, avait raison de croire François Hollande, quand celui-ci lui répétait, il y a quelques mois encore, que la centrale nucléaire alsacienne fermerait en 2016. Mais si ses deux réacteurs sont effectivement à l’arrêt, ce n’est que provisoire, et ce n’est pas la conséquence de l’engagement présidentiel…

Au moins dix mois d’arrêt forcé pour le réacteur n° 2

Si le réacteur n° 1 est à l’arrêt depuis le 10 décembre, a priori jusqu’au 3 janvier, et le réacteur n° 2 depuis le 13 juin, et au moins jusqu’en mars prochain, c’est la conséquence des irrégularités constatées dans la fabrication de pièces pour le parc nucléaire français par l’usine Areva de Creusot Forge. Ce scandale industriel dépasse le seul cas de Fessenheim, mais c’est son réacteur n° 2 qui en est le principal affecté. En juillet, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a suspendu le « certificat d’épreuve » d’un des trois générateurs de vapeur de ce réacteur, en attendant des garanties sur la résistance de sa « virole basse ». Des tests sur une pièce fabriquée expressément, à l’identique, ont dû être menés.

Sur le réacteur n° 1, ce sont les trois générateurs de vapeur qui doivent être contrôlés, leur acier présentant une concentration trop élevée en carbone. Là encore, la fiabilité doit être démontrée, mais l’ASN a autorisé, le 5 décembre, le redémarrage de réacteurs qui souffraient des mêmes malfaçons, laissant augurer d’un feu vert à la date annoncée par EDF.

L’effet, en termes d’image, est désastreux, mais les partisans de la centrale peuvent espérer un retour complet à la normale au début du printemps. Suivi d’une éventuelle sortie du cauchemar dans lequel François Hollande les a plongés ces cinq dernières années.

Le processus politico-administratif de fermeture anticipée - d’ici fin 2018 selon le scénario actuel, en tout état de cause avant le démarrage de l’EPR de Flamanville – a en effet pris un retard qui pourrait s’avérer fatal. Malgré les engagements répétés du gouvernement, EDF a réussi à imposer son calendrier.

Alors que la ministre de l’Énergie, Ségolène Royal, avait donné au PDG d’EDF jusqu’au 30 juin dernier pour déposer une « demande d’abrogation de l’autorisation d’exploiter » les deux réacteurs alsaciens, afin qu’un décret soit pris avant la fin de cette année, l’exploitant est passé outre, réclamant la négociation préalable d’un accord sur son indemnisation.

Ségolène Royal a d’abord proposé 80 à 100 millions d’euros, un montant vécu comme une provocation par l’électricien. Fin août, un accord a été trouvé sur une indemnisation de 400 millions d’euros (100 millions en 2019, 300 en 2020), auxquels s’ajouterait une part variable, en fonction de l’évolution des prix de l’électricité et du coût de production de l’énergie nucléaire.

Appelé à rendre son avis sur cet accord, le comité central d’entreprise (CCE) d’EDF a décidé, le 14 septembre, de faire réaliser trois expertises externes, puis a obtenu, le 10 novembre, un délai supplémentaire, jusqu’au 10 janvier. Le conseil d’administration d’EDF doit se réunir le 24 janvier pour se prononcer sur ce protocole d’indemnisation et la demande d’abrogation de l’autorisation d’exploiter. Le décret correspondant devant être pris dans les quatre mois suivants, cela pourrait mener au mois de… mai 2017.

Hollande hors-jeu, sa promesse enterrée ?

À cette date, un nouveau président de la République aura été élu. François Hollande n’étant pas candidat à sa propre succession, il ne se fera pas forcément un devoir d’aller au bout de sa démarche, désormais vidée de tout intérêt électoraliste. Comme tous les autres candidats à la primaire de la droite, François Fillon, qui en est sorti vainqueur, a annoncé qu’il était opposé à la fermeture anticipée de la centrale. « Je ne suis pas sûr que Valls et Macron en feront un symbole dans leur campagne, glisse Claude Brender, le maire de Fessenheim. Mais rien n’est gagné. Il faut encore que François Fillon soit élu président et que la loi de transition énergétique (NDLR : qui impose la fermeture de deux réacteurs de 900 MW avant la mise en service de l’EPR) soit changée. Nous restons vigilants, motivés. » Quelle qu’en soit l’issue, le feuilleton devrait prendre fin en 2017.

DNA-Olivier Brégeard (31/12/2016)

Publié dans Nucléaire

Commenter cet article