De l’arc et du cochon

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Dans la région de Madrid comme ailleurs, les sangliers ont tendance à s’aventurer en ville. Des archers ont été recrutés pour les éliminer : leur activité est silencieuse. Mais les défenseurs des animaux grognent.

A San Agustin del Guadalix, le chasseur Javier Sintes dans son arbre, à l’entraînement Photo : Pierre Philippe Marcou/AFP

A San Agustin del Guadalix, le chasseur Javier Sintes dans son arbre, à l’entraînement Photo : Pierre Philippe Marcou/AFP

La scène paraît tirée de l’époque médiévale : juché sur un arbre, un archer attend. Il bande son arc et tire. Sa cible : un sanglier (en carton, mais c’est un entraînement).

Depuis cinq ans, la région de Madrid a recours à cette technique pour tenter de limiter la prolifération des sangliers en zone urbaine. Dans la même période et sur le même territoire, le nombre de sangliers est passé d’environ 25 à 30.000 à 30 à 40 000 selon les estimations officielles.

Le silence est d’or

Cinquante-cinq chasseurs à l’arc se sont portés volontaires pour les éliminer dans les parcs, sur les terrains de golf…

« L’arc est une arme silencieuse, cela ne perturbe ni l’environnement, ni les gens », argumente un archer, Emilio de la Cruz, 45 ans, commerçant et chasseur à ses heures perdues. Un point de vue que ne partagent pas des défenseurs de l’environnement : selon eux, l’animal vit une longue agonie lorsque l’archer s’y prend mal.

Dans des pays tels que le Royaume-Uni, la chasse à l’arc est d’ailleurs bannie. M. De la Cruz assure que lui et les autres archers sont formés pour atteindre un organe vital et provoquer une mort rapide. Les chasseurs sortent 100 à 150 fois par an à la demande de municipalités de la région.

En cinq ans, ils affichent ainsi un tableau de chasse de 201 sangliers et 60 chèvres sauvages tués dans le massif montagneux de La Pedriza, près de Madrid, fréquenté par randonneurs et grimpeurs.

Le fait est que les sangliers prolifèrent. « Ils se sont habitués à la présence humaine, à manger dans les poubelles, des gens leur donnent même de la nourriture », explique Felipe Ruza, sous-directeur général de la Conservation du milieu naturel de la région de Madrid.

Du coup « ils envahissent les jardins, causent des accidents de la route et quand une femelle est suivie par ses petits, elle peut charger des passants ». Selon la Garde civile, les sangliers ont causé 146 accidents dans la région de Madrid cette année. Mais aucun mortel.

En manque de loups

Theo Oberhuber, d’Ecologistes en action, invoque le manque de prédateurs. Dans la région de Madrid, « le loup est protégé. Mais les populations de loups se sont énormément réduites, notamment du fait de l’utilisation de poisons et de pièges ». Il met en avant des techniques douces, comme les produits contraceptifs dans la nourriture des sangliers utilisés en Catalogne.

Le recours aux archers est rare mais n’est pas une spécificité espagnole. C’est par exemple le cas en France d’un aérodrome dans la Sarthe, celui de La Flèche. Comme son nom l’indique !

DNA-25/12/2016

Publié dans Animaux, Chasse

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Jean-Louis 25/12/2016 21:19

C'est curieux comme il y a toujours des "volontaires" dès qu'il y a des animaux à descendre... Il n'y aurait pas un brin (euphémisme !) de perversité là-dessous ?